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Cette leçon do

– À nous deux, chère enfant, dit-il; qu’avez-vous appris?

– Eh! monsieur, rien de positif, malheureusement, rien qui puisse vous fixer, et j’en suis bien désolée, croyez-le!

– Cependant, mon enfant, vous m’a

Mme Gypsy eut un geste découragé.

– C’est-à-dire, monsieur, reprit-elle, que je soupço

– Et monsieur Fauvel?

– J’allais vous en parler, monsieur. Il lui est arrivé un malheur, j’en mettrais ma main au feu. Depuis hier, il n’est plus le même homme. Il va, il vient, il ne tient pas en place, on dirait un fou. Sa voix est tout altérée, si changée que mademoiselle s’en est aperçue et me l’a dit, et que monsieur Lucien, lui aussi, l’a remarqué. Monsieur, que j’ai vu si indulgent, si bon, est devenu brusque, irritable, nerveux. Il a l’air de quelqu’un qui est près d’éclater et qui se contient. Enfin, ses yeux, que j’ai bien observés, ont une expression étrange, indéfinissable, et qui devient terrible quand il regarde madame. Hier soir, dès que monsieur de Clameran est arrivé, monsieur est sorti brusquement en disant qu’il avait à travailler.

Une triomphante exclamation de M. Verduret interrompit Mme Gypsy. Il était radieux.

– Hein! dit-il à Prosper, oubliant sa mauvaise humeur de tout à l’heure; hein! qu’avais-je a

– Il est certain, monsieur…

– Ce malheureux homme s’est défié de son premier mouvement, je l’avais prévu. Il cherche maintenant, il guette des preuves à l’appui de votre lettre. Et quand je dis des preuves… il doit en avoir déjà. Ces dames sont-elles sorties hier?

– Oui, une partie de la journée.

– Qu’a fait monsieur Fauvel?

– Il est resté seul; ces dames m’avaient emmenée.

– Plus de doute! s’écria le gros homme. Il aura cherché et trouvé, pardieu! des indices bien décisifs après votre lettre. Ah! Prosper, malheureux jeune homme! votre lettre anonyme nous fait bien du mal.

Les réflexions de M. Verduret éclairèrent d’une lumière soudaine l’esprit de Mme Gypsy.

– J’y suis! dit-elle, monsieur Fauvel sait tout.

– C’est-à-dire qu’il croit tout savoir, et ce qu’on lui a appris est plus affreux encore que la vérité.

– Alors, je m’explique l’ordre que monsieur Cavaillon prétend avoir surpris.

– Quel ordre?

– Monsieur Cavaillon soutient avoir entendu monsieur Fauvel commander à son valet de chambre, monsieur Évariste, sous peine de renvoi immédiat, de ne remettre qu’à lui seul toutes les lettres qu’on apporterait à la maison, d’où qu’elles arrivassent et quelle que fut leur adresse.

– Si c’est ainsi, observa Prosper – dominé par son égoïsme fort compréhensible – si c’est ainsi, tout va être découvert, et il vaudrait mieux avouer…

Une fois encore, un regard foudroyant de M. Verduret l’arrêta net.

– À quel moment, demandait-il, le jeune Cavaillon a-t-il entendu do

– Hier, dans l’après-midi.

– Voilà ce que je redoutais! s’écria M. Verduret, il est clair qu’à cette heure son parti est pris, et que s’il dissimule, c’est qu’il veut se venger sûrement. Arriverons-nous à temps pour contrecarrer ses projets? Est-il encore possible de nouer sur ses yeux un bandeau assez épais pour qu’il puisse croire à la fausseté de la lettre anonyme?

Il se tut. La folie – excusable, d’ailleurs – de Prosper renversait le plan si simple que tout d’abord il avait conçu, et maintenant il demandait à son esprit alerte un suprême expédient.

– Merci de vos renseignements, ma chère enfant, prononça-t-il enfin, je vais aviser, car l’inaction serait horriblement dangereuse en ce moment. Vous, rentrez bien vite. Ne vous abusez pas, monsieur Fauvel suppose que vous êtes dans le secret. Ainsi, de la prudence, au moindre fait, si insignifiant qu’il soit, un mot.

Mais Nina, ainsi congédiée, ne se retirait pas.

– Et Caldas, monsieur? demanda-t-elle bien timidement.

C’était la troisième fois, depuis quinze jours, que Prosper entendait prononcer ce nom.

La première fois, c’était dans les couloirs de la préfecture de police: un homme d’un certain âge, à figure respectable, l’avait murmuré à son oreille en lui promettant aide et protection.

Une autre fois, le juge d’instruction le lui avait jeté à la face à propos de Gypsy.

Ce nom, il l’avait cherché parmi les noms de tous les individus qu’il avait co

M. Verduret, lui, l’homme impassible, avait eu à ce nom un tressaillement nerveux aussitôt réprimé.

– Je vous ai promis de vous le faire retrouver, prononça-t-il; je tiendrai ma promesse… au revoir.

Il était midi, M. Verduret s’aperçut qu’il avait faim. Il appela Mme Alexandre, et la puissante souveraine du Grand-Archange eut bientôt disposé devant la fenêtre une petite table où prirent place Prosper et son protecteur.

Mais, ni un petit déjeuner fin cuisiné avec amour, ni les huîtres d’Ostende dignes du baron Brisse [9], ni l’excellent vin pris derrière les fagots ne purent dérider M. Verduret.

Aux questions empressées et câlines de Mme Alexandre, il ne savait que répondre:

– Chut! chut! laissez-moi.

Pour la première fois depuis qu’il co

L’anxiété de Prosper en redoubla au point qu’il osa questio

– Je vous ai mis dans un terrible embarras, monsieur? hasarda-t-il.

– Oui, répondit M. Verduret, terrible est le mot. Que faire? précipiter les événements, ou les attendre? Et je suis lié par des engagements sacrés… Allons, je ne sortirai pas de là sans le juge d’instruction; il faut aller lui demander secours… Venez avec moi.

[9] Chroniqueur gastronome, auteur de guides culinaires. (N. d. E.)