Добавить в цитаты Настройки чтения

Страница 104 из 126

20

Clameran avait dit à Raoul:

– Surtout, soigne ton entrée, ton aspect seul doit tout dire et éviter des explications impossibles.

La recommandation était inutile.

Raoul, en entrant dans le petit salon, était si pâle et si défait, ses yeux avaient une telle expression d’égarement, qu’en l’apercevant Mme Fauvel ne put retenir un cri.

– Raoul!… Quel malheur t’est arrivé?

– Le malheur qui m’arrive, répondit-il, sera le dernier, ma mère!…

Mme Fauvel ne l’avait jamais vu ainsi; elle se leva émue, palpitante, et vint se placer près de lui, son visage touchant presque le sien, comme si en le fixant de toutes les forces de sa volonté, elle eût pu lire jusqu’au fond de son âme.

– Qu’y a-t-il? insista-t-elle. Raoul, mon fils, réponds-moi.

Il la repoussa doucement.

– Ce qu’il y a, répondit-il d’une voix étouffée, et qui cependant faisait vibrer les entrailles de Mme Fauvel, il y a, ma mère, que je suis indigne de toi, indigne de mon noble et généreux père.

Elle fit un signe de tête, comme pour essayer de protester.

– Oh! continua-t-il, je me co

Raoul s’exprimait avec l’accent d’une conviction si profonde, avec un tel entraînement, que Mme Fauvel ne songeait pas à l’interrompre.

Elle écoutait, muette, terrifiée, n’osant interroger, certaine qu’elle allait apprendre quelque chose d’affreux.

Lui, cependant, poursuivait:

– Oui, j’ai été un insensé. Le bonheur a passé près de moi, et je n’ai pas su étendre la main pour le retenir. J’ai repoussé la réalité délicieuse, pour m’élancer à la poursuite d’un fantôme. Moi qui aurais dû passer ma vie à tes genoux, inventer des témoignages nouveaux de reco

Il s’interrompit, comme s’il eût été accablé par le sentiment de ses torts; il semblait près de fondre en larmes.

– Il n’est jamais trop tard pour se repentir, mon fils, murmura Mme Fauvel, pour racheter ses torts.

– Ah! si je pouvais!… s’écria Raoul; mais non!… il n’est plus temps. Sais-je d’ailleurs ce que dureraient mes bo

Il eut un geste d’affreuse insouciance et ajouta:

– Mais je saurai me faire justice!…

Mme Fauvel était bien trop cruellement agitée pour suivre les habiles transitions de Raoul.

– Parle! s’écria-t-elle, explique-toi, ne suis-je pas ta mère? Tu me dois la vérité, je puis tout entendre.

Il parut hésiter, comme s’il eût été épouvanté du coup terrible qu’il allait porter à sa mère. Enfin d’une voix sourde il répondit:

– Je suis perdu!

– Perdu!…

– Oui, et je n’ai plus rien à attendre ni à espérer. Je suis déshonoré, et par ma faute, par ma très grande faute.

– Raoul!…

– C’est ainsi. Mais ne crains rien, ma mère, je ne traînerai pas dans la boue le nom que tu m’as do

– Ingrat!… t’ai-je jamais fait de reproche?

– Jamais. Aussi, est-ce en te bénissant et ton nom chéri sur les lèvres que va mourir ton Raoul.

– Mourir, toi!…

– Il le faut, ma mère, l’ho

Une heure plus tôt, Mme Fauvel eût juré que Raoul lui avait fait souffrir tout ce que peut endurer une femme, et voici que cependant il lui apportait une douleur nouvelle, si aiguë, que les autres, en comparaison, ne lui semblaient plus rien.

– Qu’as-tu donc fait? balbutia-t-elle.

– On m’a confié de l’argent; j’ai joué, je l’ai perdu.

– C’est donc une somme énorme?

– Non, mais ni toi ni moi ne saurions la trouver. Pauvre mère! ne t’ai-je pas tout pris? Ne m’as-tu pas do

– Mais monsieur de Clameran est riche, il a mis sa fortune à ma disposition, je vais faire atteler et aller le trouver…

– Monsieur de Clameran, ma mère, est absent pour huit jours, et c’est ce soir que je dois être sauvé ou perdu. Va! j’ai songé à tout avant de me décider. On tient à la vie, à vingt ans.