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Étourdi de ce discours plein de bonté, je cédai avec la douceur d'un enfant, et l'épicier me reconduisit chez moi. Une heure après, je vis entrer le procureur du roi et le médecin de la ville. Comme je les co
– Qu'est-ce que tout cela signifie, Monsieur? lui dis-je; je ne vous ai point appelé pour une consultation. Je me sens assez bien pour me passer désormais de soins, et je ne suis point disposé à en recevoir malgré moi.
Mais, au lieu de me répondre, il s'approcha du magistrat, et ils se retirèrent dans l'embrasure de la fenêtre pour parler bas. Ils semblaient se consulter sur mon compte, car, à chaque instant ils se retournaient pour me regarder d'un air attentif et méfiant; enfin ils s'approchèrent de moi, et le procureur du roi m'adressa plusieurs questions étranges, d'abord de quelle couleur je voyais son gilet, puis si je savais bien son nom, puis encore si je pouvais dire quel était mon âge, mon pays et ma profession.
Je répondais à ces étranges interrogatoires avec stupeur, lorsque le médecin me demanda à son tour si je ne voyais point d'autre perso
Outré de l'impertinence de ces questions, je résolus la dernière en lui appliquant un vigoureux soufflet. J'eus tort, sans doute, surtout en la présence d'un magistrat tout prêt à instruire contre le délit. Mais le sang me montait à la tête, et il ne m'était pas plus longtemps possible de me laisser traiter comme un idiot ou comme un fou sans en avoir le motif.
Grand fut l'esclandre. Le magistrat voulut prendre fait et cause pour son compère; je le saisis à la gorge et je l'eusse étranglé, si l'épicier, son gendre et une demi-douzaine de voisins ne fussent venus à son secours. Alors on s'empara de moi, on me lia les pieds et les mains comme à un furieux, on m'entoura la bouche de serviettes et l'on me conduisit à l'hospice de ville, où je fus enfermé dans la chambre destinée aux sujets frappés d'aliénation mentale.
La chambre, je dois le dire, était confortable, et j'y fus traité avec beaucoup de douceur, d'autant plus que je ne do
Je sortis enfin; mais le procureur du roi me fit mander immédiatement dans son cabinet et m'adressa cette mercuriale:
– Jeune homme, me dit-il avec ce ton capable et paternel que tout magistrat imberbe se croit le droit de prendre quand il a endossé la ratine judiciaire, vous avez, sinon de grandes erreurs, du moins de graves inconséquences à réparer. Étranger, vous avez été accueilli dans cette ville avec toutes les marques de la bienveillance et toute l'aménité de moeurs qui distingue ses habitants. Malade, vous avez été soigné par vos voisins, avec zèle et dévouement. Tous ces témoignages de confiance et d'intérêt eussent dû graver profondément en vous le sentiment des convenances et celui de la gratitude…
– Mille noms d'un sabord! Monsieur, m'écriai-je dans mon style de marin, qui, dans la colère, reprenait malgré moi le dessus, où voulez-vous en venir, et qu'ai-je fait pour mériter la prison et votre harangue?…
– Monsieur, dit-il en fronçant le sourcil, voici ce que vous avez fait: vous avez accepté l'hospitalité que chaque jour un ho
– Juste ciel! qui a dit cela? m'écriai-je avec angoisse.
– Madame Cora Gibo
– Assez, assez, pour Dieu! Monsieur, m'écriai-je, je pourrais vous dire par coeur le reste de votre phrase, tant je l'ai entendu déclamer de fois à tout propos…
– Non, jeune homme, s'écria le magistrat à son tour en élevant la voix, vous n'échapperez point à la sollicitude d'une magistrature qui doit ses conseils et sa surveillance à la jeunesse, à une magistrature qui veut le bonheur et le repos des citoyens. Profitez du reproche que vous avez encouru. Voyez vos torts, ils sont graves! vous avez porté le trouble et la crainte dans la famille de l'épicier; vous avez méco
– Cora est malade! m'écriai-je. Grand Dieu!… Et je voulais courir, échapper à l'éloquence tribunitie
– Vous ne me quitterez pas, jeune homme, me dit-il, sans avoir écouté la voix de la raison, sans m'avoir do
– Eh! Monsieur, m'écriai-je, je jure que je vais dire adieu et demander pardon à ces ho