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Il fallut encore qu'André se résignât. Son père le tint à la chasse toute la journée, lui fit faire dix lieues à pied, et l'écrasa tellement de fatigue, qu'il eut une courbature le lendemain, et que le marquis eut un prétexte excellent pour lui défendre de sortir. Le jour suivant, il l'emmena dans sa chambre, et, ouvrant le livre de ses domaines sur une table, il le força de faire des additions jusqu'à l'heure du dîner. Vers le soir, André espérait être libre: son père le mena voir tondre des moutons.

Le quatrième jour, Geneviève, ne pouvant résister à son inquiétude, lui écrivit quelques lignes, les confia à un enfant du voisinage, qu'elle chargea d'aller les lui remettre. Le message arriva à bon port, quoique Geneviève, ne prévoyant pas la situation de son amant, n'eût pris aucune précaution contre la surveillance du marquis. Le hasard protégea le petit page aux pieds nus de Geneviève, et André lut ces mots, qui le transportèrent d'amour et de douleur.

«Ou votre père est dangereusement malade, ou vous l'êtes vous-même, mon ami. Je m'arrête à cette dernière supposition avec raison et avec désespoir. Si vous étiez bien portant, vous m'écririez pour me do

André sentit renaître son courage. Il viola sans hésitation la consigne de son père, et courut à travers champs jusqu'à la ville. Il arriva plus fatigué par les terres labourées, les haies et les fossés qu'il avait franchis, qu'il ne l'eût été par le plus long chemin. Poudreux et haletant, il se jeta aux pieds de Geneviève et lui demanda pardon en la serrant contre son coeur.

«Pardo

– Je n'ai rien à vous pardo

XIII.

Cette sainte confiance do

Jusque-là il avait réussi à faire accepter à Geneviève toutes les mauvaises raisons qu'il avait pu inventer pour excuser l'irrégularité et la brièveté de ses visites. Il éprouva une sorte de satisfaction paresseuse et mélancolique à se sentir malade; c'était une excuse irrécusable à lui do

Un soir, comme Joseph Marteau, en attendant quelqu'un, fumait un cigare à sa fenêtre, il vit une robe blanche traverser furtivement l'obscurité de la ruelle et s'arrêter, comme incertaine, à la petite porte de la maison. Joseph se pencha vers cette ombre mystérieuse; et, le feu de son cigare l'ayant signalé dans les ténèbres, une petite voix tremblante l'appela par son nom.

«Oh! dit Joseph, ce n'est point la voix d'Henriette. Que signifie cela?»

En deux secondes il franchit l'escalier; et, s'élançant dans la rue, il saisit une taille délicate, et, à tout hasard, voulut embrasser sa nouvelle conquête.

«Par amitié et par charité, monsieur Marteau, lui dit-elle en se dégageant, épargnez-moi, reco

– Geneviève! Au nom du diable! comment cela se fait-il?

– Au nom de Dieu! ne faites pas de bruit et écoutez-moi. André est sérieusement malade. Il y a trois jours que je n'ai reçu de ses nouvelles, et je viens d'apprendre qu'il est au lit avec la fièvre et le délire. J'ai cherché Henriette sans pouvoir la rencontrer. Je ne sais où m'informer de ce qui se passe au château de Morand. D'heure en heure mon inquiétude augmente; je me sens tour à tour devenir folle et mourir. Il faut que vous ayez pitié de moi et que vous alliez savoir des nouvelles d'André. Vous êtes son ami, vous devez être inquiet aussi… Il peut avoir besoin de vous…

– Parbleu! j'y vais sur-le-champ, répondit Joseph en prenant le chemin de son écurie. Diable! diable! qu'est-ce que tout cela?

Préoccupé de cette fâcheuse nouvelle, et partageant autant qu'il était en lui l'inquiétude de Geneviève, il se mit à seller son cheval tout en grommelant entre ses dents et jurant contre son domestique et contre lui-même à chaque courroie qu'il attachait. En mettant enfin le pied sur l'étrier, il s'aperçut, à la lueur d'une vieille lanterne de fer suspendue au plafond de l'écurie, que Geneviève était là et suivait tous ses mouvements avec anxiété. Elle était si pâle et si brisée que, contre sa coutume, Joseph fut attendri.

«Soyez tranquille, lui dit-il, je serai bientôt arrivé.

– Et revenu? lui demanda Geneviève d'un air suppliant.

– Ah! diable! cela est une autre affaire. Six lieues ne se font pas en un quart d'heure. Et puis, si André est vraiment mal, je ne pourrai pas le quitter!

– Oh! mon Dieu! que vais-je devenir? dit-elle en croisant ses mains sur sa poitrine. Joseph! Joseph! s'écria-t-elle avec effusion en se rapprochant de lui, sauvez-le, et laissez-moi mourir d'inquiétude.

– Ma chère demoiselle, reprit Joseph, tranquillisez-vous; le mal n'est peut-être pas si grand que vous croyez.

– Je ne me tranquilliserai pas; j'attendrai, je souffrirai, je prierai Dieu. Allez vite… Attendez, Joseph, ajouta-t-elle en posant sa petite main sur la main rude du cavalier; s'il meurt, parlez-lui de moi, faites-lui entendre mon nom, dites-lui que je ne lui survivrai pas d'un jour!

Geneviève fondit en larmes; les yeux de Joseph s'humectèrent malgré lui.

«Écoutez, dit-il: si vous restez à m'attendre, vous souffrirez trop. Venez avec moi.

– Oui! s'écria Geneviève; mais comment faire?

– Montez en croupe derrière moi. Il fait une nuit du diable: perso

– Oui, oui, mon bon Joseph! s'écria Geneviève.

– Eh, bien! dépêchons-nous, dit Joseph; car j'attends Henriette d'un moment à l'autre, et, si elle nous voit partir ensemble, elle nous tourmentera pour venir avec nous, ou elle me fera quelque scène de jalousie absurde.

– Partons, partons vite, dit Geneviève.

Joseph plia son manteau et l'attacha derrière sa selle pour faire un siège à Geneviève. Puis il la prit dans ses bras et l'assit avec soin sur la croupe de son cheval; ensuite il monta adroitement sans la déranger, et piquant des deux, il gagna la campagne; mais, en traversant une petite place, son malheur le força de passer sous un des six réverbères dont la ville est éclairée; le rayon tombant d'aplomb sur son visage, il fut reco