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Ce fut la première pensée de Jacques quand il eut compris ce qui venait de se passer et de quelle façon on venait de le débarrasser d’un adversaire qu’il n’avait pas réussi à tuer de sa main.
– Ne le tuez pas! cria-t-il en secouant la porte que les autres avaient refermée derrière eux au verrou.
– Non! non! Ils ne lui feront aucun mal! il est notre priso
– Ah! vous ne les co
Et il appelait:
– Jean-Jean! Jean-Jean! Liez-le! Ne lui faites pas de mal! Bâillo
Elle lui montra l’heure à une petite pendule de Boulle sur la cheminée… C’était peut-être le seul objet qui fût resté debout dans le tumulte de la bataille…
– Quatre heures et demie!
Elle l’entraîna dans un cabinet de toilette, chercha la blessure sur sa poitrine; l’épée avait glissé le long des côtes; beaucoup de sang répandu pour une plaie sans gravité.
Elle procéda à un rapide pansement qu’il laissa faire sans dire un mot, car il rassemblait ses idées, tendait à nouveau les cordes de son piège un instant relâchées par un incident imbécile.
La blessure du front résultait d’un coup de «fouet». Il y colla du diachylum, ramena sa mèche dessus en bataille, ne s’occupa même pas du coup qu’il avait reçu au bras, remit son vêtement et courut à la petite porte secrète, suivi de Sonia qui lui do
XII LES TREIZE CACAHUÈTES DU BARON D’ASKOF
Nous n’avons pas encore pénétré dans le charmant intérieur du baron et de la baro
Le plus bel ornement de la famille était incontestablement Marie-Thérèse, l’amie de Lydie, une brune au teint ambré et rose, au profil très légèrement aquilin, au jeune front de volonté et aux grands yeux sombres singulièrement beaux, mais qui manquaient de douceur.
La mère de Marie-Thérèse était jalouse de sa fille. Elle trouvait insupportable d’avoir à ses côtés cette belle enfant qui lui volait des hommages. C’est surtout le second mariage de la baro
Marie-Thérèse n’avait jamais pu voir Askof sans lui dire quelque chose de désagréable. Elle le trouvait bellâtre, vaniteux, inquiétant, sournois, redoutable.
Elle ne comprenait point que sa mère se fût laissée influencer par une «nature» aussi hostile; elle ne lui pardo
Et, à propos de cet accident, Marie-Thérèse osait à peine s’avouer à elle-même que d’Askof, qui avait été du nombre des chasseurs, était capable de tout!
Cependant, il y avait eu une sorte de trêve entre la mère et la fille depuis quelques mois.
En fait, Marie-Thérèse était maintenant uniquement occupée de ses affaires à elle qui se résumaient toutes dans son amour pour Frédéric Héloni.
Les deux jeunes gens s’étaient rencontrés chez des amis communs et comme Marie-Thérèse fréquentait les mêmes cours que Lydie, les deux jeunes filles n’avaient bientôt plus eu de secrets l’une pour l’autre.
Cette nuit-là, Marie-Thérèse venait d’être surprise par la baro
La dispute avait atteint aussitôt un diapason élevé.
– Vous me dites que Frédéric n’a pas le sou, mais Askof n’était pas riche non plus quand vous avez consenti à l’épouser! Vous dites qu’il n’en veut qu’à ma fortune… Askof a pris la vôtre et peut-être un peu de la mie
– Je sais depuis longtemps que je n’ai pas de plus cruelle e
– En vérité! ma chère mère, je m’en échapperai, je vous le jure, pour crier partout que votre Askof a assassiné mon père à la chasse!
Véra reçut le coup et en fut si étourdie qu’il lui fut impossible d’abord de répondre. Elle jeta à sa fille un regard égaré et une teinte livide se répandit sur ses traits tout à l’heure enflammés. Enfin, elle reprit quelque force et quelque souffle pour s’écrier:
– Malheureuse! Comment oses-tu?
… Mais il était trop tard! Et sa fille ne le lui envoya pas dire:
– Trop tard, maman! Tu as avoué! Tu le savais, tu le savais! Mais moi, je ne le savais pas! Je m’en doutais tout simplement, et tu viens de me l’avouer!
– Je te jure, balbutia la mère éperdue.
– Ne jure pas! Papa t’entend! Papa t’entend! Sur ta part de paradis, ne jure pas! Tu comprends, maman, que je ne t’accuse pas! Non! Non! Ça non… Mais c’est lui qui l’a tué! Tu en es sûre comme j’en suis sûre maintenant! Et tu… Oh! je ne veux plus te voir!
– Et moi, gémit la baro
– Ton Askof est un assassin et Frédéric est un ho
– Laisse-moi te dire… laisse-moi te dire que tu l’épouseras demain si tu veux! Tu feras tout ce que tu voudras!
À ce moment on frappa à la porte de la chambre de la jeune fille et une servante polonaise appela sa maîtresse. Le baron était rentré et demandait à voir à l’instant même la baro
Véra poussa un soupir, tourna vers sa fille une figure désespérée et, d’un pas traînant, elle sortit.
La porte se referma durement derrière elle. Elle eut la sensation qu’elle venait d’être jetée dehors comme une chie
Askof l’attendait dans sa chambre à lui.
Quand ils se virent, ils ne se reco
– Qu’est-ce que tu as?
– Écoute, Véra, sais-tu ce qui m’arrive?
– Non! dis vite!
– Eh bien, ma petite… J’ai reçu treize cacahuètes!
Elle le regardait d’abord comme si elle n’avait pas bien entendu… et puis elle répéta d’un air hébété: treize? qu’est-ce que tu me dis? Treize?
– C’est lui-même qui me les a comptées! fit-il en se laissant glisser à côté d’elle sur un canapé qui reçut leur mutuelle, incroyable, extraordinaire terreur.