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Le vent grandissait. Il était tout hérissé et grenu d'une approche de neige; je regagnais la grand'rue et sautais dans le petit tramway où de la plate-forme un officier qui semblait ne pas les voir répondait aux saluts des soldats balourds qui passaient sur le trottoir, la face peinturlurée par le froid; et elle faisait penser, dans cette cité que le brusque saut de l'automne dans ce commencement d'hiver semblait avoir entraînée plus avant dans le nord, à la face rubiconde que Breughel do
Et précisément à l'hôtel où j'avais rendez-vous avec Saint-Loup et ses amis et où les fêtes qui commençaient attiraient beaucoup de gens du voisinage et d'étrangers, c'était, pendant que je traversais directement la cour qui s'ouvrait sur de rougeoyantes cuisines où tournaient des poulets embrochés, où grillaient des porcs, où des homards encore vivants étaient jetés dans ce que l'hôtelier appelait le «feu éternel», une affluence (digne de quelque «Dénombrement devant Bethléem» comme en peignaient les vieux maîtres flamands) d'arrivants qui s'assemblaient par groupes dans la cour, demandant au patron ou à l'un de ses aides (qui leur indiquaient de préférence un logement dans la ville quand ils ne les trouvaient pas d'assez bo
– Robert, le moment et l'endroit sont mal choisis pour vous dire cela, mais cela ne durera qu'une seconde. Toujours j'oublie de vous le demander au quartier; est-ce que ce n'est pas Mme de Guermantes dont vous avez la photographie sur la table?
– Mais si, c'est ma bo
– Tiens, mais c'est vrai, je suis fou, je l'avais su autrefois, je n'y avais jamais songé; mon Dieu, vos amis doivent s'impatienter, parlons vite, ils nous regardent, ou bien une autre fois, cela n'a aucune importance.
– Mais si, marchez toujours, ils sont là pour attendre.
– Pas du tout, je tiens à être poli; ils sont si gentils; vous savez, du reste, je n'y tiens pas autrement.
– Vous la co
Cette «brave Oriane», comme il eût dit cette «bo
– Je ne peux pas vous dire comme cela m'amuse que ce soit sa photographie, parce que nous habitons maintenant dans sa maison et j'ai appris sur elle des choses inouïes (j'aurais été bien embarrassé de dire lesquelles) qui font qu'elle m'intéresse beaucoup, à un point de vue littéraire, vous comprenez, comment dirai-je, à un point de vue balzacien, vous qui êtes tellement intelligent, vous comprenez cela à demi-mot; mais finissons vite, qu'est-ce que vos amis doivent penser de mon éducation!
– Mais ils ne pensent rien du tout; je leur ai dit que vous êtes sublime et ils sont beaucoup plus intimidés que vous.
– Vous êtes trop gentil. Mais justement, voilà: Mme de Guermantes ne se doute pas que je vous co
– Je n'en sais rien; je ne l'ai pas vue depuis l'été dernier puisque je ne suis pas venu en permission depuis qu'elle est rentrée.
– C'est que je vais vous dire, on m'a assuré qu'elle me croit tout à fait idiot.
– Cela, je ne le crois pas: Oriane n'est pas un aigle, mais elle n'est tout de même pas stupide.
– Vous savez que je ne tiens pas du tout en général à ce que vous publiez les bons sentiments que vous avez pour moi, car je n'ai pas d'amour-propre. Aussi je regrette que vous ayez dit des choses aimables sur mon compte à vos amis (que nous allons rejoindre dans deux secondes). Mais pour Mme de Guermantes, si vous pouviez lui faire savoir, même avec un peu d'exagération, ce que vous pensez de moi, vous me feriez un grand plaisir.
– Mais très volontiers, si vous n'avez que cela à me demander, ce n'est pas trop difficile, mais quelle importance cela peut-il avoir ce qu'elle peut penser de vous? Je suppose que vous vous en moquez bien; en tout cas si ce n'est que cela, nous pourrons en parler devant tout le monde ou quand nous serons seuls, car j'ai peur que vous vous fatiguiez à parler debout et d'une façon si incommode, quand nous avons tant d'occasions d'être en tête à tête.