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– Pour le prince de Guermantes, dis-je, il est vrai, on m'avait dit qu'il était antisémite.

– Oh! celui-là, je n'en parle même pas. C'est au point que, quand il était officier, ayant une rage de dents épouvantable, il a préféré rester à souffrir plutôt que de consulter le seul dentiste de la région, qui était juif, et que plus tard il a laissé brûler une aile de son château, où le feu avait pris, parce qu'il aurait fallu demander des pompes au château voisin qui est aux Rothschild.

– Est-ce que vous allez par hasard ce soir chez lui?

– Oui, me répondit-il, quoique je me trouve bien fatigué: Mais il m'a envoyé un pneumatique pour me prévenir qu'il avait quelque chose à me dire. Je sens que je serai trop souffrant ces jours-ci pour y aller ou pour le recevoir; cela m'agitera, j'aime mieux être débarrassé tout de suite de cela.

– Mais le duc de Guermantes n'est pas antisémite.

– Vous voyez bien que si puisqu'il est antidreyfusard, me répondit Swa

– Mais enfin, repris-je en revenant à l'affaire Dreyfus, la duchesse, elle, est intelligente.

– Oui, elle est charmante. A mon avis, du reste, elle l'a été encore davantage quand elle s'appelait encore la princesse des Laumes. Son esprit a pris quelque chose de plus anguleux, tout cela était plus tendre dans la grande dame juvénile, mais enfin, plus ou moins jeunes, hommes ou femmes, qu'est-ce que vous voulez, tous ces gens-là sont d'une autre race, on n'a pas impunément mille ans de féodalité dans le sang. Naturellement ils croient que cela n'est pour rien dans leur opinion.

– Mais Robert de Saint-Loup pourtant est dreyfusard?

– Ah! tant mieux, d'autant plus que vous savez que sa mère est très contre. On m'avait dit qu'il l'était, mais je n'en étais pas sûr. Cela me fait grand plaisir. Cela ne m'éto

Le dreyfusisme avait rendu Swa

– Non, jamais. Il m'a écrit l'autre jour pour que je demande au duc de Mouchy et à quelques autres de voter pour lui au Jockey, où il a du reste passé comme une lettre à la poste.

– Malgré l'Affaire!

– On n'a pas soulevé la question. Du reste je vous dirai que, depuis tout ça, je ne mets plus les pieds dans cet endroit.

M. de Guermantes rentra, et bientôt sa femme, toute prête, haute et superbe dans une robe de satin rouge dont la jupe était bordée de paillettes. Elle avait dans les cheveux une grande plume d'autruche teinte de pourpre et sur les épaules une écharpe de tulle du même rouge. «Comme c'est bien de faire doubler son chapeau de vert, dit la duchesse à qui rien n'échappait. D'ailleurs, en vous, Charles, tout est joli, aussi bien ce que vous portez que ce que vous dites, ce que vous lisez et ce que vous faites.» Swa

– Quels magnifiques rubis!

– Ah! mon petit Charles, au moins on voit que vous vous y co

– Qu'est-ce qu'il y a chez la princesse? demanda Swa

– Presque rien, se hâta de répondre le duc à qui la question de Swa

– Mais comment, Basin? C'est-à-dire que tout le ban et l'arrière-ban sont convoqués. Ce sera une tuerie à s'assommer. Ce qui sera joli, ajouta-t-elle en regardant Swa

– Quel genre de femme est la princesse? demandai-je.

– Mais vous savez déjà, puisque vous l'avez vue ici, qu'elle est belle comme le jour, qu'elle est aussi un peu idiote, très gentille malgré toute sa hauteur germanique, pleine de cœur et de gaffes. Swa