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J’ai fait pieusement agenouiller l’orgueil,

J’ai rouvert la fenêtre où me vint la lumière,

Et j’ai rempli de chants la couche de ma mère.

Mais allons, dites-moi, puisque poème il y a, dites-moi quelque chose de votre poème provençal.

Et je lui lus alors un morceau de Mireille, je ne me souviens plus lequel.

– Ah! si vous parlez comme cela, met fit Dumas après ma lecture, je vous tire mon chapeau, et je salue la source d’une poésie neuve, d’une poésie indigène dont perso

L’histoire d’Adolphe Dumas était un vrai conte de fées. Enfant du peuple, ses parents tenaient une petite auberge entre Orgon et Cabane, à la Pierre-Plantée. Et Dumas avait une sœur appelée Laure, belle comme le jour et i

– Belle enfant, mais qu’avez-vous à tant pleurer?

Laure naïvement conta son équipée. Le monsieur, qui était riche, ému, épris soudain, la fit monter dans sa voiture, la conduisit dans un couvent, lui fit do

A quarante ans passés, quand tout le monde pêche

– dans la soupe des gueux on y trempe son pain,

– Nous devons être heureux d’avoir

– L’âme en repos, le cœur net et la main lavée.

– Et qu’a-t-il? dira-t-on.

– Il a la tête haute.

– Que fait-il? Il fait son devoir.

Seulement, s’il n’était pas devenu capitaine, il avait conquis l’estime de ses plus fiers compagnons d’armes; et Hugo, Lamartine, Béranger, de Vigny, le grand Dumas, Jules Janin, Mignet, Barbey d’Aurevilly, étaient de ses amis.

Adolphe Dumas, avec son tempérament ardent, avec on expérience de vieux lutteur parisien et tous ses souvenirs d’enfant de la Durance, arrivait donc à point nommé pour do

Mon poème provençal étant terminé enfin, mais non imprimé encore, un jeune Marseillais qui fréquentait Font-Ségugne, mon ami Ludovic Segré, me dit, un jour:

– Je vais à Paris… Veux-tu venir avec moi?

J’acceptai l’invitation, et c’est ainsi qu’à l’improviste, et pour la première fois, je fis le voyage de Paris, où je passai une semaine. J’avais, bien entendu, porté mon manuscrit, et, quand nous eûmes quelques jours couru et admiré, de Notre-Dame au Louvre, de la place Vendôme au grand Arc de Triomphe, nous vînmes, comme de juste, saluer le bon Dumas.

– Eh bien! cette Mireille, me fit-il, est-elle achevée?

– Elle est achevée, lui dis-je, et la voici… en manuscrit.

– Voyons donc; puisque nous y sommes, vous allez m’en lire un chant.

Et quand j’eus lu le premier chant:

– Continuez, me dit Dumas.

Et je lus le second, puis le troisième, puis le quatrième.

– C’est assez pour aujourd’hui, me dit l’excellent homme. Venez demain à la même heure, nous continuerons la lecture; mais je puis, dès maintenant, vous assurer que, si votre œuvre s’en va toujours avec ce souffle, vous pourriez gagner une palme plus blle que vous ne pensez.

Je retournai, le lendemain, en lire encore quatre chants, et le surlendemain, nous achevâmes le poème.

Le même jour (26 août 1856), Adolphe Dumas adressa au directeur de la Gazette de France la lettre que voici:

«La Gazette du Midi a déjà fait co

«L’Académie française viendra dans dix ans consacrer une gloire de plus, quand tout le monde l’aura faite. L’horloge de l’Institut a souvent de ces retards d’une heure avec les siècles; mais je veux être le premier qui aura découvert ce qu’on peut appeler, aujourd’hui, le Virgile de la Provence, le pâtre de Mantoue arrivant à Rome avec des chants dignes de Gallus et des Scipion…

«On a souvent demandé, pour notre beau pays du Midi, deux fois romain, romain latin et romain catholique, le poème de sa langue éternelle, de ses croyances saintes et de ses mœurs pures. J’ai le poème dans les mains, il a douze chants. Il est signé Frédéric Mistral, du village de Maillane, et je le contresigne de ma parole d’ho