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JARJAYE AU PARADIS

Jarjaye, un portefaix de Tarascon, vient à mourir et, les yeux fermés, tombe dans l’autre monde. Et de rouler et de rouler! L’éternité est vaste, noire comme la poix, démesurée, lugubre à do

Jarjaye frappe: pan! pan! à la porte.

– Qui est là? crie saint Pierre.

– C’est moi.

– Qui, toi?

– Jarjaye.

– Jarjaye de Tarascon?

– C’est ça, lui-même.

– Mais, garnement, lui fait saint Pierre, comment as-tu le front de vouloir entrer au saint paradis, toi qui jamais depuis vingt ans n’as récité tes prières; toi qui, lorsqu’on te disait: «Jarjaye, viens à la messe» répondais: «Je ne vais qu’à celle de l’après-midi»; toi qui, par moquerie, appelais le to

Le pauvre Jarjaye répliqua:

– Je ne dis pas le contraire, je suis un pécheur. Mais qui savait qu’après la mort il y eût tant de mystères! Enfin, oui, j’ai failli, et la piquette est tirée; s’il faut la boire, on la boira. Mais au moins, grand saint Pierre, laissez-moi voir un peu mon oncle, pour lui conter ce qui se passe à Tarascon.

– Quel oncle?

– Mon oncle Matéry, qui était pénitent blanc.

– Ton oncle Matéry? Il a pour cent ans de purgatoire.

– Malédiction! pour cent ans! et qu’avait-il fait?

– Tu te rappelles qu’il portait la croix aux processions. Un jour, des mauvais plaisants se do

– Alors, faites-moi voir ma tante Dorothée, qui était tant, tant dévote.

– Fi! elle doit être au diable, je ne la co

– Que celle-là soit au diable, cela ne m’éto

– Jarjaye, je n’ai pas loisir; il me faut aller ouvrir à un pauvre balayeur que son âne vient d’envoyer au paradis d’un coup de pied.

– O grand saint Pierre, puisque vous avez tant fait et que la vue ne coûte rien, laissez-moi voir un peu le paradis, qu’on dit si beau!

– Oui, parbleu! tout de suite, vilain huguenot que tu es!

– Allons, saint Pierre, souvenez-vous que par là-bas mon père, qui est pêcheur, porte votre ba

– Soit, dit le saint, pour ton père, je te l’accorde; mais vois, canaille, c’est entendu, tu n’y mettras que le bout du nez.

– Ça suffit.

Donc le céleste portier entrebâille sans bruit la porte et dit à Jarjaye: «Tiens, regarde.»

Mais celui-ci, tournant soudainement le dos, entre à reculons dans le paradis.

– Que fais-tu? lui demande saint Pierre.

– La grande clarté m’offusque, répond le Tarasco

– Oh! dit-il, comme on est bien! comme c’est beau! quelle musique.

Au bout d’un certain moment, le porte-clefs lui fait:

– Quand tu auras assez bayé, voyons, tu sortiras, parce que je n’ai pas le temps de te do

– Ne vous gênez pas, dit Jarjaye, si vous avez quelque chose à faire, allez à vos occupations… Moi je sortirai quand je sortirai… Je ne suis pas pressé du tout.

– Mais tels ne sont pas nos accords.

– Mon Dieu, saint homme, vous voilà bien ému! Ce serait différent s’il n’y avait point de large; mais, grâce à Dieu, la place ne manque pas.

– Et moi je te prie de sortir, car si le bon Dieu passait…

– Ho! puis, arrangez-vous comme vous voudrez. J’ai toujours ouï dire: qui se trouve bien, qu’il ne bouge. Je suis ici, j’y reste.

Saint Pierre hochait la tête, frappait du pied. Il va trouver Saint Yves.

– Yves, lui fait-il, toi qui es avocat, tu vas me do

– Deux, s’il t’en faut, répond saint Yves.

– Sais-tu que je suis bien campé? Je me trouve dans tel cas, comme ceci, comme cela… Maintenant que dois-je faire?

– Il te faut, lui dit saint Yves, prendre un bon avoué et citer par huissier le dit Jarjaye pardevant Dieu.

Ils cherchent un bon avoué; mais d’avoué en paradis, jamais perso

Vient à passer saint Luc:

– Pierre, tu es bien sourcilleux! Notre-Seigneur t’aurait-il fait quelque nouvelle semonce?

– Oh! mon cher, ne m’en parle pas! Il m’arrive un embarras, vois-tu, de tous les diables. Un certain nommé Jarjaye est entré par une ruse dans le paradis et je ne sais plus comment le mettre dehors.

– Et d’où est-il, ce Jarjaye?

– De Tarascon.

– Un Tarasco

A ce moment voletait par là une volée d’anges bouffis.