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Ta Mireille, ô Mistral, est une merveille!…

Si donc, comme le vent dont le nom te convient,

Fort est le souffle saint qui t’inspire, jeune homme,

Allons, au monde avide épanche les accents:

A tes flambants accords les monts vont s’émouvoir

Les arbres tressaillir, les torrents s’arrêter,

Comme aux sons modulés sur les lyres antiques.

On allait, en Avignon, à la maison d’Aubanel, dans la rue Saint-Marc (qui, aujourd’hui, porte le nom du glorieux félibre): un hôtel à tourelles, ancien palais cardinalice, qu’on a démoli depuis pour percer une rue neuve. En entrant dans le vestibule, on voyait, avec sa vis, une presse de bois semblable à un pressoir qui, depuis deux cents ans, servait pour imprimer les livres paroissiaux et scolaires du Comtat. Là, nous nous installions, un peu intimidés par le parfum d’église qui était dans les murs, mais surtout par Jea

– Les voilà encore!

Cependant, la bonhomie du père d’Aubanel, imprimeur officiel de notre Saint-Père le Pape, et la jovialité de son oncle le chanoine nous avaient bientôt mis à l’aise. Et venu le moment où l’on choque le verre, le bon vieux prêtre racontait.

– Une nuit, disait-il, quelqu’un vint m’appeler pour porter l’extrême-onction à une malheureuse de ces mauvaises maisons du préau de la Madeleine. Quand j’eus administré la pauvre agonisante, et que nous redescendions avec le sacristain, les dames, alignées le long de l’escalier, décolletées et accoutrées d’oripeaux de carnaval, me saluèrent au passage, la tête penchée, d’un air si contrit qu’on leur aurait do

– Vieille brehaigne! s’il n’y avait point de matrones, il n’y aurait pas tant de gueuses!

Chez Brunet, chez Mathieu (dont nous parlerons plus tard) nous faisions aussi nos frairies. Mais l’endroit bienheureux, l’endroit prédestiné, c’était, ensuite, Font-Ségugne, bastide de plaisance près du village de Gadagne, où nous conviait la famille Giéra: il y avait la mère, aimable et digne dame; l’aîné qu’on appelait Paul, notaire à Avignon, passio

Font-Ségugne, au penchant du plateau de Camp-Cabel; regarde le Ventoux, au loin, et la gorge de Vaucluse qui se voit à quelques lieues. Le domaine prend son nom d’une petite source qui y coule au pied du castel. Un délicieux bouquet de chênes, d’acacias et de platanes le tient abrité du vent et de l’ardeur du soleil.

«Font-Ségugne, dit Tavan (le félibre de Gadagne), est encore l’endroit où vie

Voi1à où nous venions nous récréer comme perdreaux, Roumanille Giéra, Mathieu, Brunet, Tavan, Crousillat, moi et autres, Aubanel plus que tous, retenu sous le charme par les yeux de Zani (Je

«Avec sa taille mince et sa robe de laine, – couleur de la grenade, – avec son front si lisse et ses grands yeux si beaux, – avec ses longs cheveux noirs et son brun visage, – je la verrai tantôt, la jeune vierge, – qui me dira: «Bonsoir.» O Zani, venez vite!»

C’est le portrait qu’Aubanel, dans son Livre de l’Amour, en fit lui-même… Mais, à présent, écoutons-le, lorsque, après que Zani eut pris le voile, il se rappelle Font-Ségugne:

«Voici l’été, les nuits sont claires. – A Châteauneuf, le soir est beau. – Dans les bosquets la lune encore- monte la nuit sur Camp-Cabel. – T’en souvient-il? Parmi les pierres, – avec ta face d’Espagnole, – quand tu courais comme une folle, – quand nous courions comme des fous – au plus sombre et qu’on avait peur?

«Et par ta taille déliée – je te prenais: que c’était doux! – Au chant des bêtes du bocage, – nous dansions alors tous les deux. – Grillons, rossignols et rainettes – disaient, chacun, leurs chanso

«Mais, à la fin? las de courir, – las de rire, las de danser, – nous nous asseyions sous les chênes – un moment pour nous reposer; – tes longs cheveux qui s’épandaient. – mon amoureuse main aimait – à les reprendre; et toi, bo

Et les vers écrits par lui, au châtelet de Font-Ségugne, sur les murs de la chambre où sa Zani couchait.

«O chambrette, chambrette, – bien sûr que tu es petite, mais que de souvenirs! – Quand je passe ton seuil, je me dis: «Elles vie

Vouliez-vous, pour berceau d’un rêve glorieux, pour l’épanouissement d’une fleur d’idéal, un lieu plus favorable que cette cour d’amour discrète, au belvédère d’un coteau, au milieu des lointains azurés et sereins, avec une volée de jeunes qui adoraient le Beau sous les trois espèces: Poésie, Amour, Provence, identiques pour eux, et quelques demoiselles gracieuses, rieuses, pour leur faire compagnie!

Il fut écrit au ciel qu’un dimanche fleuri, le 21 mai 1854, en pleine primevère de la vie et de l’an, sept poètes devaient se rencontrer au castel de Font-Ségugne: Paul Giéra, un esprit railleur qui signait Glaup (par anagramme de Paul G.); Roumanille, un propagandiste qui, sans en avoir l’air, attisait incessamment le feu sacré autour de lui; Aubanel, que Roumanille avait conquis à notre langue et qui, au soleil d’amour, ouvrait en ce moment le frais corail de sa grenade; Mathieu, e

A table, on reparla, comme c’était l’habitude, de ce qu’il faudrait pour tirer notre idiome de l’abandon où il gisait depuis que, trahissant l’ho