Страница 37 из 69
Et, disant cela, Mathieu m’exhibait une fleur fanée et, faisant les yeux tendres, lançait à la volée un baiser dans l’azur. Un mois, deux mois passèrent, je ne rencontrais plus Mathieu. Je dis:
– Allons le voir.
Je monte donc à sa chambrette – et qu’est-ce que je trouve? Mon Anselme, qui, le pied sur une chaise, me fait:
– Arrive vite, que je te conte mon accident… Figure-t-on, mon bon, que j’avais trouvé le joint, une nuit sur les onze heures, pour entrer dans le jardin de ma divine baro
Vous pouvez penser si nous rîmes à nous démonter la mâchoire!
– Mais, au moins, tu as fait venir un médecin?
– Oh! ça ne vaut pas la peine, dit-il… La mère de Lélette se trouve une conjuratrice (tu les co
Et, maintenant, j’attends, en lisant les Pâquerettes de l’ami Roumanille, que Dieu y mette sa sainte main… Mais le temps ne me dure pas: car Lélette m’apporte, deux fois par jour, mon ordinaire; et, à défaut de grives, comme dit le proverbe, on mange des merlettes.
Or ça, l’ami Mathieu, futur (et bien nommé) Félibre des Baisers, qui fut toute sa vie le plus beau songe-fêtes que j’aie jamais co
CHAPITRE XI: LA RENTRÉE AU MAS
L’éclosion de Mireille. – L’origine de ce nom. – Le cousin Tourette. – Le moulin à l’huile. – Le bûcheron Siboul. – L’herborisateur Xavier. – Le coup d’État (1851). – L’excursion dans les astres, – Le Congrès des Trouvères: Jean Reboul. – Le Romévage d’Aix: Brizeux, Zola.
Une fois «licencié», ma foi, comme tant d’autres (et, vous avez pu le voir, je ne me surmenai pas trop), fier comme un jeune coq qui a trouvé un ver de terre, j’arrivai au Mas à l’heure où on allait souper sur la table de pierre, au frais, sous la to
– Bonsoir toute la compagnie!
– Dieu te le do
– Père, mère tout va bien… A ce coup, c’est bien fini!
– Et belle délivrance! ajouta Madeleine, la jeune Piémontaise qui était servante au Mas.
Et lorsque, encore debout, devant tous les laboureurs, j’eus rendu compte de ma dernière suée, mon vénérable père, sans autre observation, me dit seulement ceci:
– Maintenant, mon beau gars, moi j’ai fait mon devoir. Tu en sais beaucoup plus que ce qu’on m’en a appris… C’est à toi de choisir la voie qui te convient: je te laisse libre.
– Grand merci! répondis-je.
Et là même, – à cette heure, j’avais mes vingt et un ans, – le pied sur le seuil du Mas paternel, les yeux vers les Alpilles, en moi et de moi-même, je pris la résolution: premièrement, de relever, de raviver en Provence le sentiment de race que je voyais s’a
Tout cela, vaguement, bourdo
Ce poème, enfant d’amour, fit son éclosion paisible, peu à peu, à loisir, au souffle du vent large, à la chaleur du soleil ou aux rafales du mistral, en même temps que je prenais la surveillance de la ferme, sous la direction de mon père qui, à quatre-vingts ans, était devenu aveugle.
Me plaire à moi, d’abord, puis à quelques amis de ma première jeunesse, – comme je l’ai rappelé dans un des chants de Mireille:
O doux amis de ma jeunesse,
Aérez mon chemin de votre sainte haleine,
c’était tout ce que je voulais. Nous ne pensions pas à Paris, dans ces temps d’i
Nous ne chantons que pour vous, pâtres et gens des Mas.
De plan, en vérité, je n’en avais qu’un à grands traits, et seulement dans ma tête. Voici:
Je m’étais proposé de faire naître une passion entre deux beaux enfants de la nature provençale, de conditions différentes, puis de laisser à terre courir le peloton, comme dans l’imprévu de la vie réelle, au gré des vents!
Mireille, ce nom fortuné qui porte en lui sa poésie, devait fatalement être celui de mon héroïne: car je l’avais, depuis le berceau, entendu dans la maison, mais rien que dans notre maison. Quand la pauvre Nanon, mon aïeule maternelle, voulait gracieuser quelqu’une de ses filles:
– C’est Mireille, disait-elle, c’est la belle Mireille, c’est Mireille, mes amours.
Et ma mère, en plaisantant, disait parfois de quelque fillette:
– Tenez! la voyez-vous, Mireille mes amours!
Mais, quand je questio
Le Mas du Juge, à cette époque, était un vrai foyer de poésie limpide, biblique et idyllique. N’était-il pas vivant, chantant autour de moi, ce poème de Provence avec son fond d’azur et son encadrement d’Alpille? L’on n’avait qu’à sortir pour s’en trouver tout ébloui. Ne voyais-je pas Mireille passer, non seulement dans mes rêves de jeune homme, mais encore en perso