Страница 20 из 69
Me trouvant à Paris, en 1889, et ayant eu l’ho
– Qu’il est joli! qu’il est galant!
Ce vieil Avignon est pétri de tant de gloires qu’on n’y peut faire un pas sans fouler quelque souvenir. Ne se trouve-t-il pas que, dans l’île de maisons où était notre pensio
Nous étions aussi tout près de la rue des Études, qui, encore à cette époque, avait, dans le bas peuple, une réputation lugubre. Nous n’avions jamais pu décider les petits Savoyards, soit ramoneurs, soit décrotteurs, à venir ramoner dans notre pensio
Il n’en était pas moins intéressant pour nous, enfants de villages pour la plupart, de rôder, quand nous sortions, dans ce labyrinthe de ruelles qui nous avoisinaient, comme le Petit Paradis, qui avait été jadis une «rue chaude» et qui s’en tenait encore; la rue de l’Eau-de-Vie, la rue du Chat, la rue du Coq, la rue du Diable. Mais quelle différence avec nos beaux vallons tout fleuris d’asphodèles, avec notre bon air, notre paix, notre liberté, de Saint-Michel-de-Frigolet!
J’en avais, à certains jours, le cœur serré de nostalgie, et cependant, M. Millet, qui était fort bon diable au fond, avait quelque chose en lui qui finit par m’apprivoiser. Comme il était de Caderousse, fils, comme moi, d’agriculteur, et qu’il avait dans sa famille toujours parlé provençal, il professait, pour le poème du Siège de Caderousse, une admiration extraordinaire; il le savait tout par cœur, et à la classe, quelquefois, en pleine explication de quelque beau combat des Grecs et des Troyens, remuant tout à coup, par un mouvement de front qui lui était particulier, le toupet gris de ses cheveux:
– Eh bien! disait-il, tenez! c’est là l’un des morceaux les plus beaux de Virgile, n’est-ce pas? Écoutez, pourtant, mes enfants, le fragment que je vais vous citer, et vous reco
Un nommé Pergori Latrousse,
Le plus ventru de Caderousse,
S’était rué contre un tailleur…
Ayant bronché contre une motte,
Il fut rouler comme un to
Si elles nous allaient, ces citations de notre langue, si pleine de saveur! Le gros Millet riait aux éclats, et, pour moi qui, dans le sang, avais, comme nul autre, gardé l’âcre douceur du miel de mon enfance, rien de plus appétissant que ces hors-d’œuvre du pays.
M. Millet, tous les jours, par là, vers les cinq heures, allait lire la gazette au café Baretta, – qu’il appelait le «Café des Animaux parlants», – et qui, si je ne me trompe, était, tenu par l’oncle ou, peut-être, par l’aïeul de Mlle Baretta, du Théâtre-Français; ensuite, le lendemain, lorsqu’il était de bo
Je fis, cette a
Ce que c’est que les enfants: attendu que, tous les jours, on se rencontrait ensemble, assis l’un près de l’autre; que, sans penser à rien, nous nous touchions le coude, et que nous nous communiquions, dans la moiteur de notre haleine, à l’oreille, en chuchotant, nos petits sujets de rire, ne finîmes-nous pas (le bon Dieu me pardo
Mais c’était un amour d’une telle i
Voici mon souvenir de Mlle Praxède, telle que je la vis pour la dernière fois: tout de blanc vêtue, couro
Notre communion faite, la chose finit là. C’est en vain que longtemps, quand nous passions dans sa rue (elle habitait rue de la Lice), je portais mes regards avides sous les abat-jour verts de la maison de Praxède. Je ne pus jamais la revoir. On l’avait mise au couvent et, alors, de songer que ma charmante amie avec le vermillon et le sourire de son visage, m’était enlevée pour toujours, soit de cela, soit d’autre chose, je tombai dans une langueur à me dégoûter de tout.
Aussi les vacances venues, quand je retournai au Mas, ma mère en me voyant tout pâle, avec, de temps en temps, des atteintes de fièvre, décida dans sa foi, autant pour me guérir que pour me récréer, de me conduire à saint Gent, qui est le patron des fiévreux.
Saint Gent, qui a pareillement la vertu de faire pleuvoir, est une sorte de demi-dieu pour les paysans des deux côtés de la Durance.
– Moi, nous disait mon père, j’ai été à Saint-Gent avant la Révolution. Nous y allâmes les pieds nus, avec ma pauvre mère, je n’avais pas plus de dix ans. Mais, en ce temps, il y avait plus de foi.
Nous, avec l’oncle Bénoni qui conduisait le voyage et que vous co