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– Où sont donc les enfants?

Tantôt le long d’un gradin soutenant un terrain en pente, nous étions à réparer quelque mur en pierres sèches. Tantôt nous étions par les vignes où à notre grande joie, nous glanions des grappillons ou cherchions des morilles. Tout cela n’amenait pas la confiance à notre maître. De plus, le malheur était que, pour grossir le pensio

Nous avions pour cuisinier, je l’ai déjà dit, un nègre et pour domestique femme, une Tarasconaise, qui était, dans la maison, la seule de son sexe. (Je ne compte pas la mère de notre principal, qui avait au moins soixante-dix ans.) Or, on sait que le diable ne perd jamais son temps, – notre fille de service, un jour, comme on dit ici, se trouva «embarrassée», et ce fut, dans le pensio

Qui disait que la maritorne était grosse du fait de M. Do

Bref, en fin de compte, la charge fut mise sur le dos du nègre. Celui-ci, qui se sentait peut-être suspect à bon droit, soit par colère, soit par peur, fit son sac, et parfit; et la Tarasconaise, qui avait gardé son secret, déguerpit, à son tour, pour aller déposer son faix.

Ce fut le signal de la débandade; plus de cuisinier, plus de brouet pour nous; les professeurs, l’un après l’autre, nous laissèrent sur nos dents. M. Do

– Mes enfants, il n’y a plus rien pour vous faire manger: il faut retourner chez vous.

Et soudain, comme un troupeau de cabris en sevrage qu’on élargit du bercail, nous allâmes, en courant, avant de nous séparer, arracher des touffes de thym sur la colline, pour emporter un souvenir de notre beau quartier du ‘Thym (1). Puis, avec nos petits paquets, quatre à quatre, six à six, qui en amont, qui en aval, nous nous éparpillâmes dans les vallons et les sentiers, mais non sans retourner la tête, ni sans regret à la descente.

(1) Frigo1et, en provençal Ferigoulet, signifie «lieu où le thym abonde»

Pauvre M. Do

Mais, avant de quitter Saint-Michel-de-Frigolet, il faut dire un mot, pourtant, de ce que l’antique abbaye devint après nous autres. Retombée de nouveau à l’abandon pendant douze ans, un moine blanc, le Père Edmond, à son tour, l’acheta (1854) et y restaura, sous la loi de saint Norbert, l’ordre de Prémontré, – qui n’existait plus en France. Grâce à l’activité, aux prédications, aux quêtes de ce zélateur ardent, le petit monastère prit des proportions grandioses. De nombreuses constructions, avec un couro

Il me souvient que le matin, tant que dura l’investissement, – et il dura toute une semaine, – les gens partaient avec leurs vivres et allaient se poster sur les coteaux et les mamelons qui dominent l’abbaye pour épier, de loin, le mouvement de la journée. Le plus joli, c’étaient les filles de Barbentane, de Boulbon, de Saint-Remy ou de Maillane, qui, pour encourager les assiégés de Saint-Michel, chantaient avec passion, et en agitant leurs mouchoirs:

Provençaux et catholiques,

Notre foi, notre foi, n’a pas failli:

Chantons, tous tressaillants,

Provençaux et catholiques.

Tout cela, mêlé d’invectives, de railleries et de huées à l’adresse des fonctio

A part l’indignation qui soulevait dans les cœurs l’iniquité de ces choses, le Siège de Caderousse, par le vice-légat Sinibaldi Doria, – qui a fourni à l’abbé Favre le sujet d’une héroïde extrêmement comique, était, certes, moins burlesque que celui de Frigolet; et aussi un autre abbé en tira-t-il un poème qui se vendit en France à des milliers d’exemplaires. Enfin, à son tour, Daudet, qui avait déjà placé dans le couvent des Pères Blancs son conte intitulé l’Élixir du Frère Gaucher, Daudet, dans son dernier roman sur Tarascon, nous montre Tartarin s’enfermant bravement dans l’abbaye de Saint-Michel.

CHAPITRE VI: CHEZ MONSIEUR MILLET

L’oncle Bénoni – La farandole au cimetière. – Le voyage en Avignon. – Avignon il y a cinquante ans. – Le maître de pension. – Le siège de Caderousse. – La première communion. – Mlle Praxède. – Pélerinage de Saint-Gent. – Au collège Royal. – Le poète Jasmin. – La nostalgie de mes quatorze ans.

Et, alors, il fallut me chercher une autre école pas trop éloignée de Maillane, ni de trop haute condition, car nous autres campagnards, nous n’étions pas orgueilleux et l’on me mit en Avignon chez un M. Millet, qui tenait pensio

Cette fois, c’est l’oncle Bénoni qui conduisit la voiture. Bien que Maillane ne soit qu’à trois lieues d’Avignon, à cette époque où le chemin de fer n’existait pas, où les routes étaient abîmées par le roulage et où il fallait passer avec un bac le large lit de la Durance, le voyage d’Avignon était encore une affaire.

Trois de mes tantes, avec ma mère, l’oncle Bénoni et moi, tous gîtés sur un long drap plein de paille d’avoine qui rembourrait la charrette, nous partîmes en caravane après le lever du soleil.

J’ai dit «trois de mes tantes». Il en est peu, en effet, qui se soient vu, à la fois, autant de tantes que moi; j’en avais bien une douzaine; d’abord, la grand’Mistrale, puis la tante Jea