Добавить в цитаты Настройки чтения

Страница 8 из 88

Les cinq hommes désignés sortirent de la barricade par la ruelle Mondétour; ils ressemblaient parfaitement à des gardes nationaux. Un d’eux s’en alla en pleurant. Avant de partir, ils embrassèrent ceux qui restaient.

Quand les cinq hommes renvoyés à la vie furent partis, Enjolras pensa au condamné à mort. Il entra dans la salle basse. Javert, lié au pilier, songeait.

– Te faut-il quelque chose? lui demanda Enjolras.

Javert répondit:

– Quand me tuerez-vous?

– Attends. Nous avons besoin de toutes nos cartouches en ce moment.

– Alors, do

Enjolras lui présenta lui-même un verre d’eau, et, comme Javert était garrotté, il l’aida à boire.

– Est-ce là tout? reprit Enjolras.

– Je suis mal à ce poteau, répondit Javert. Vous n’êtes pas tendres de m’avoir laissé passer la nuit là. Liez-moi comme il vous plaira, mais vous pouvez bien me coucher sur une table comme l’autre.

Et d’un mouvement de tête il désignait le cadavre de M. Mabeuf.

Il y avait, on s’en souvient, au fond de la salle une grande et longue table sur laquelle on avait fondu des balles et fait des cartouches. Toutes les cartouches étant faites et toute la poudre étant employée, cette table était libre.

Sur l’ordre d’Enjolras, quatre insurgés délièrent Javert du poteau. Tandis qu’on le déliait, un cinquième lui tenait une bayo

Pour plus de sûreté, au moyen d’une corde fixée au cou, on ajouta au système de ligatures qui lui rendaient toute évasion impossible cette espèce de lien, appelé dans les prisons martingale, qui part de la nuque, se bifurque sur l’estomac, et vient rejoindre les mains après avoir passé entre les jambes.

Pendant qu’on garrottait Javert, un homme, sur le seuil de la porte, le considérait avec une attention singulière. L’ombre que faisait cet homme fit tourner la tête à Javert. Il leva les yeux et reco

Chapitre VII La situation s’aggrave

Le jour croissait rapidement. Mais pas une fenêtre ne s’ouvrait, pas une porte ne s’entre-bâillait; c’était l’aurore, non le réveil. L’extrémité de la rue de la Chanvrerie opposée à la barricade avait été évacuée par les troupes, comme nous l’avons dit; elle semblait libre et s’ouvrait aux passants avec une tranquillité sinistre. La rue Saint-Denis était muette comme l’avenue des Sphinx à Thèbes. Pas un être vivant dans les carrefours que blanchissait un reflet de soleil. Rien n’est lugubre comme cette clarté des rues désertes.

On ne voyait rien, mais on entendait. Il se faisait à une certaine distance un mouvement mystérieux. Il était évident que l’instant critique arrivait. Comme la veille au soir les vedettes se replièrent; mais cette fois toutes.

La barricade était plus forte que lors de la première attaque. Depuis le départ des cinq, on l’avait exhaussée encore.

Sur l’avis de la vedette qui avait observé la région des halles, Enjolras, de peur d’une surprise par derrière, prit une résolution grave. Il fit barricader le petit boyau de la ruelle Mondétour resté libre jusqu’alors. On dépava pour cela quelques longueurs de maisons de plus. De cette façon, la barricade, murée sur trois rues, en avant sur la rue de la Chanvrerie, à gauche sur la rue du Cygne et de la Petite-Truanderie, à droite sur la rue Mondétour, était vraiment presque inexpugnable; il est vrai qu’on y était fatalement enfermé. Elle avait trois fronts, mais n’avait plus d’issue. – Forteresse, mais souricière, dit Courfeyrac en riant.

Enjolras fit entasser près de la porte du cabaret une trentaine de pavés, «arrachés de trop», disait Bossuet.

Le silence était maintenant si profond du côté d’où l’attaque devait venir qu’Enjolras fit reprendre à chacun le poste de combat.

On distribua à tous une ration d’eau-de-vie.

Rien n’est plus curieux qu’une barricade qui se prépare à un assaut. Chacun choisit sa place comme au spectacle. On s’accote, on s’accoude, on s’épaule. Il y en a qui se font des stalles avec des pavés. Voilà un coin de mur qui gêne, on s’en éloigne; voici un redan qui peut protéger, on s’y abrite. Les gauchers sont précieux; ils pre

Sitôt que le chef a commandé le branle-bas de combat, tous les mouvements désordo

Dès qu’Enjolras eut pris sa carabine à deux coups et se fut placé à une espèce de créneau qu’il s’était réservé, tous se turent. Un pétillement de petits bruits secs retentit confusément le long de la muraille de pavés. C’était les fusils qu’on armait.

Du reste, les attitudes étaient plus fières et plus confiantes que jamais; l’excès du sacrifice est un affermissement; ils n’avaient plus l’espérance, mais ils avaient le désespoir. Le désespoir, dernière arme, qui do

Comme la veille au soir, toutes les attentions étaient tournées, et on pourrait presque dire appuyées, sur le bout de la rue, maintenant éclairé et visible.

L’attente ne fut pas longue. Le remuement recommença distinctement du côté de Saint-Leu, mais cela ne ressemblait pas au mouvement de la première attaque. Un clapotement de chaînes, le cahotement inquiétant d’une masse, un cliquetis d’airain sautant sur le pavé, une sorte de fracas sole

La fixité des prunelles de tous les combattants sur l’extrémité de la rue devint farouche.

[15] Enéide, II, 354. Énée aux Troyens: «Una saius victis, nullam sperare salutem»: «Un seul salut pour les vaincus, n'espérer aucun salut.»