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Chapitre V Déposez plutôt votre argent dans telle forêt que chez tel notaire
On a sans doute compris, sans qu’il soit nécessaire de l’expliquer longuement, que Jean Valjean, après l’affaire Champmathieu, avait pu, grâce à sa première évasion de quelques jours, venir à Paris, et retirer à temps de chez Laffitte la somme gagnée par lui, sous le nom de monsieur Madeleine, à Montreuil-sur-Mer; et que, craignant d’être repris, ce qui lui arriva en effet peu de temps après, il avait caché et enfoui cette somme dans la forêt de Montfermeil au lieu dit le fonds Blaru. La somme, six cent trente mille francs, toute en billets de banque, avait peu de volume et tenait dans une boîte; seulement, pour préserver la boîte de l’humidité, il l’avait placée dans un coffret en chêne plein de copeaux de châtaignier. Dans le même coffret, il avait mis son autre trésor, les chandeliers de l’évêque. On se souvient qu’il avait emporté ces chandeliers en s’évadant de Montreuil-sur-mer. L’homme aperçu un soir une première fois par Boulatruelle, c’était Jean Valjean. Plus tard, chaque fois que Jean Valjean avait besoin d’argent, il venait en chercher à la clairière Blaru. De là les absences dont nous avons parlé. Il avait une pioche quelque part dans les bruyères, dans une cachette co
La somme réelle était cinq cent quatre-vingt-quatre mille cinq cents francs. Jean Valjean retira les cinq cents francs pour lui. – Nous verrons après [74], pensa-t-il.
La différence entre cette somme et les six cent trente mille francs retirés de chez Laffitte représentait la dépense de dix a
Jean Valjean mit les deux flambeaux d’argent sur la cheminée où ils resplendirent à la grande admiration de Toussaint.
Du reste, Jean Valjean se savait délivré de Javert. On avait raconté devant lui, et il avait vérifié le fait dans le Moniteur, qui l’avait publié, qu’un inspecteur de police nommé Javert avait été trouvé noyé sous un bateau de blanchisseuses entre le Pont au Change et le Pont-Neuf, et qu’un écrit laissé par cet homme, d’ailleurs irréprochable et fort estimé de ses chefs, faisait croire à un accès d’aliénation mentale et à un suicide. – Au fait, pensa Jean Valjean, puisque, me tenant, il m’a laissé en liberté, c’est qu’il fallait qu’il fût déjà fou.
Chapitre VI Les deux vieillards font tout, chacun à leur façon, pour que Cosette soit heureuse
On prépara tout pour le mariage. Le médecin consulté déclara qu’il pourrait avoir lieu en février. On était en décembre. Quelques ravissantes semaines de bonheur parfait s’écoulèrent.
Le moins heureux n’était pas le grand-père. Il restait des quarts d’heure en contemplation devant Cosette.
– L’admirable jolie fille! s’écriait-il. Et elle a l’air si douce et si bo
Cosette et Marius étaient passés brusquement du sépulcre au paradis. La transition avait été peu ménagée, et ils en auraient été étourdis s’ils n’en avaient été éblouis.
– Comprends-tu quelque chose à cela? disait Marius à Cosette.
– Non, répondait Cosette, mais il me semble que le bon Dieu nous regarde.
Jean Valjean fit tout, aplanit tout, concilia tout, rendit tout facile. Il se hâtait vers le bonheur de Cosette avec autant d’empressement, et, en apparence, de joie, que Cosette elle-même.
Comme il avait été maire, il sut résoudre un problème délicat, dans le secret duquel il était seul, l’état civil de Cosette. Dire crûment l’origine, qui sait? cela eût pu empêcher le mariage. Il tira Cosette de toutes les difficultés. Il lui arrangea une famille de gens morts, moyen sûr de n’encourir aucune réclamation. Cosette était ce qui restait d’une famille éteinte. Cosette n’était pas sa fille à lui, mais la fille d’un autre Fauchelevent. Deux frères Fauchelevent avaient été jardiniers au couvent du Petit-Picpus. On alla à ce couvent; les meilleurs renseignements et les plus respectables témoignages abondèrent; les bo
Quant aux cinq cent quatre-vingt-quatre mille francs, c’était un legs fait à Cosette par une perso
Cosette apprit qu’elle n’était pas la fille de ce vieux homme qu’elle avait si longtemps appelé père. Ce n’était qu’un parent; un autre Fauchelevent était son père véritable. Dans tout autre moment, cela l’eût navrée. Mais à l’heure ineffable où elle était, ce ne fut qu’un peu d’ombre, un rembrunissement, et elle avait tant de joie que ce nuage dura peu. Elle avait Marius. Le jeune homme arrivait, le bonhomme s’effaçait; la vie est ainsi.
Et puis, Cosette était habituée depuis de longues a
Elle continua pourtant de dire à Jean Valjean: Père.
Cosette, aux anges, était enthousiasmée du père Gillenormand. Il est vrai qu’il la comblait de madrigaux et de cadeaux. Pendant que Jean Valjean construisait à Cosette une situation normale dans la société et une possession d’état inattaquable, M. Gillenormand veillait à la corbeille de noces. Rien ne l’amusait comme d’être magnifique. Il avait do
Il dévalisait ses respectables commodes de laque de Coromandel à panse bombée qui n’avaient pas été ouvertes depuis des ans. – Confessons ces douairières, disait-il; voyons ce qu’elles ont dans la bedaine. Il violait bruyamment des tiroirs ventrus pleins des toilettes de toutes ses femmes, de toutes ses maîtresses [75], et de toutes ses aïeules. Pékins, damas, lampas, moires peintes, robes de gros de Tours flambé, mouchoirs des Indes brodés d’un or qui peut se laver, dauphines sans envers en pièces, points de Gênes et d’Alençon, parures en vieille orfèvrerie, bonbo
[74] Cela ne sera pas nécessaire: Jean Valjean ne touchera pas à ces cinq cents Francs – voir V, 9, 5.
[75] La robe de première communion de Léopoldine avait été taillée dans une robe de Juliette.