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– Ça m’est bien égal, je vais mourir aussi, moi. Et dire qu’il n’y a pas dans Paris une drôlesse qui n’eût été heureuse de faire le bonheur de ce misérable! Un gredin qui, au lieu de s’amuser et de jouir de la vie, est allé se battre et s’est fait mitrailler comme une brute! Et pour qui, pourquoi? Pour la république! Au lieu d’aller danser à la Chaumière, comme c’est le devoir des jeunes gens! C’est bien la peine d’avoir vingt ans. La république, belle fichue sottise! Pauvres mères, faites donc de jolis garçons! Allons, il est mort. Ça fera deux enterrements sous la porte cochère. Tu t’es donc fait arranger comme cela pour les beaux yeux du général Lamarque! Qu’est-ce qu’il t’avait fait, ce général Lamarque! Un sabreur! un bavard! Se faire tuer pour un mort! S’il n’y a pas de quoi rendre fou! Comprenez cela! À vingt ans! Et sans retourner la tête pour regarder s’il ne laissait rien derrière lui! Voilà maintenant les pauvres vieux bonshommes qui sont forcés de mourir tout seuls. Crève dans ton coin, hibou! Eh bien, au fait, tant mieux, c’est ce que j’espérais, ça va me tuer net. Je suis trop vieux, j’ai cent ans, j’ai cent mille ans, il y a longtemps que j’ai le droit d’être mort. De ce coup-là, c’est fait. C’est donc fini, quel bonheur! À quoi bon lui faire respirer de l’ammoniaque et tout ce tas de drogues? Vous perdez votre peine, imbécile de médecin! Allez, il est mort, bien mort. Je m’y co

En ce moment, Marius ouvrit lentement les paupières, et son regard, encore voilé par l’éto

– Marius! cria le vieillard. Marius! mon petit Marius! mon enfant! mon fils bien-aimé! Tu ouvres les yeux, tu me regardes, tu es vivant, merci!

Et il tomba évanoui.

Livre quatrième – Javert déraillé

Chapitre I Javert déraillé

Javert s’était éloigné à pas lents de la rue de l’Homme-Armé.

Il marchait la tête baissée, pour la première fois de sa vie, et, pour la première fois de sa vie également, les mains derrière le dos.

Jusqu’à ce jour, Javert n’avait pris, dans les deux attitudes de Napoléon, que celle qui exprime la résolution, les bras croisés sur la poitrine, celle qui exprime l’incertitude, les mains derrière le dos, lui était inco

Il s’enfonça dans les rues silencieuses.

Cependant, il suivait une direction.

Il coupa par le plus court vers la Seine, gagna le quai des Ormes, longea le quai, dépassa la Grève, et s’arrêta, à quelque distance du poste de la place du Châtelet, à l’angle du pont Notre-Dame. La Seine fait là, entre le pont Notre-Dame et le Pont au Change d’une part, et d’autre part entre le quai de la Mégisserie et le quai aux Fleurs, une sorte de lac carré traversé par un rapide.

Ce point de la Seine est redouté des mariniers. Rien n’est plus dangereux que ce rapide, resserré à cette époque et irrité par les pilotis du moulin du pont, aujourd’hui démoli. Les deux ponts, si voisins l’un de l’autre, augmentent le péril; l’eau se hâte formidablement sous les arches. Elle y roule de larges plis terribles; elle s’y accumule et s’y entasse; le flot fait effort aux piles des ponts comme pour les arracher avec de grosses cordes liquides. Les hommes qui tombent là ne reparaissent pas; les meilleurs nageurs s’y noient.

Javert appuya ses deux coudes sur le parapet, son menton dans ses deux mains, et, pendant que ses ongles se crispaient machinalement dans l’épaisseur de ses favoris, il songea.

Une nouveauté, une révolution, une catastrophe, venait de se passer au fond de lui-même; et il y avait de quoi s’examiner.

Javert souffrait affreusement.

Depuis quelques heures Javert avait cessé d’être simple. Il était troublé; ce cerveau, si limpide dans sa cécité, avait perdu sa transparence; il y avait un nuage dans ce cristal. Javert sentait dans sa conscience le devoir se dédoubler, et il ne pouvait se le dissimuler. Quand il avait rencontré si inopinément Jean Valjean sur la berge de la Seine, il y avait eu en lui quelque chose du loup qui ressaisit sa proie et du chien qui retrouve son maître.

Il voyait devant lui deux routes également droites toutes deux, mais il en voyait deux; et cela le terrifiait, lui qui n’avait jamais co

Sa situation était inexprimable.

Devoir la vie à un malfaiteur, accepter cette dette et la rembourser, être, en dépit de soi-même, de plain-pied avec un repris de justice, et lui payer un service avec un autre service; se laisser dire: Va-t’en, et lui dire à son tour: Sois libre; sacrifier à des motifs perso

Une chose l’avait éto

Où en était-il? Il se cherchait et ne se trouvait plus.

Que faire maintenant? Livrer Jean Valjean, c’était mal; laisser Jean Valjean libre, c’était mal. Dans le premier cas, l’homme de l’autorité tombait plus bas que l’homme du bagne; dans le second, un forçat montait plus haut que la loi et mettait le pied dessus. Dans les deux cas, désho

Une de ses anxiétés, c’était d’être contraint de penser. La violence même de toutes ces émotions contradictoires l’y obligeait. La pensée, chose inusitée pour lui, et singulièrement douloureuse.

Il y a toujours dans la pensée une certaine quantité de rébellion intérieure; et il s’irritait d’avoir cela en lui.

La pensée, sur n’importe quel sujet en dehors du cercle étroit de ses fonctions, eût été pour lui, dans tous les cas, une inutilité et une fatigue; mais la pensée sur la journée qui venait de s’écouler était une torture. Il fallait bien cependant regarder dans sa conscience après de telles secousses, et se rendre compte de soi-même à soi-même.