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– Allez, dit Jean Valjean.
Javert reprit:
– Tu as dit Fauchelevent, rue de l’Homme-Armé?
– Numéro sept.
Javert répéta à demi-voix: – Numéro sept.
Il rebouto
– Vous m’e
Javert ne s’apercevait pas lui-même qu’il ne tutoyait plus Jean Valjean:
– Allez-vous-en, dit Jean Valjean.
Javert s’éloigna à pas lents. Un moment après, il tourna l’angle de la rue des Prêcheurs.
Quand Javert eut disparu, Jean Valjean déchargea le pistolet en l’air.
Puis il rentra dans la barricade et dit:
– C’est fait.
Cependant voici ce qui s’était passé:
Marius, plus occupé du dehors que du dedans, n’avait pas jusque-là regardé attentivement l’espion garrotté au fond obscur de la salle basse.
Quand il le vit au grand jour, enjambant la barricade pour aller mourir, il le reco
Ce souvenir pourtant était brumeux et trouble comme toutes ses idées. Ce ne fut pas une affirmation qu’il se fit, ce fut une question qu’il s’adressa: – Est-ce que ce n’est pas là cet inspecteur de police qui m’a dit s’appeler Javert?
Peut-être était-il encore temps d’intervenir pour cet homme? Mais il fallait d’abord savoir si c’était bien ce Javert.
Marius interpella Enjolras qui venait de se placer à l’autre bout de la barricade.
– Enjolras?
– Quoi?
– Comment s’appelle cet homme-là?
– Qui?
– L’agent de police. Sais-tu son nom?
– Sans doute. Il nous l’a dit.
– Comment s’appelle-t-il?
– Javert.
Marius se dressa.
En ce moment on entendit le coup de pistolet.
Jean Valjean reparut et cria: C’est fait.
Un froid sombre traversa le cœur de Marius.
Chapitre XX Les morts ont raison et les vivants n’ont pas tort
L’agonie de la barricade allait commencer.
Tout concourait à la majesté tragique de cette minute suprême; mille fracas mystérieux dans l’air, le souffle des masses armées mises en mouvement dans des rues qu’on ne voyait pas, le galop intermittent de la cavalerie, le lourd ébranlement des artilleries en marche, les feux de peloton et les cano
Car, depuis la veille, les deux rangées de maisons de la rue de la Chanvrerie étaient devenues deux murailles; murailles farouches. Portes fermées, fenêtres fermées, volets fermés.
Dans ces temps-là, si différents de ceux où nous sommes, quand l’heure était venue où le peuple voulait en finir avec une situation qui avait trop duré, avec une charte octroyée ou avec un pays légal, quand la colère universelle était diffuse dans l’atmosphère, quand la ville consentait au soulèvement de ses pavés, quand l’insurrection faisait sourire la bourgeoisie en lui chuchotant son mot d’ordre à l’oreille, alors l’habitant, pénétré d’émeute, pour ainsi dire, était l’auxiliaire du combattant, et la maison fraternisait avec la forteresse improvisée qui s’appuyait sur elle. Quand la situation n’était pas mûre, quand l’insurrection n’était décidément pas consentie, quand la masse désavouait le mouvement, c’en était fait des combattants, la ville se changeait en désert autour de la révolte, les âmes se glaçaient, les asiles se muraient, et la rue se faisait défilé pour aider l’armée à prendre la barricade.
On ne fait pas marcher un peuple par surprise plus vite qu’il ne veut. Malheur à qui tente de lui forcer la main! Un peuple ne se laisse pas faire. Alors il abando
Qui accuser?
Perso
Les temps incomplets où nous vivons.
C’est toujours à ses risques et périls que l’utopie se transforme en insurrection, et se fait de protestation philosophique protestation armée, et de Minerve Pallas. L’utopie qui s’impatiente et devient émeute sait ce qui l’attend; presque toujours elle arrive trop tôt. Alors elle se résigne, et accepte stoïquement, au lieu du triomphe, la catastrophe. Elle sert, sans se plaindre, et en les disculpant même, ceux qui la renient, et sa magnanimité est de consentir à l’abandon. Elle est indomptable contre l’obstacle et douce envers l’ingratitude.