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– Ce qui ne l’empêche pas de la défendre, répondit Enjolras.
– L’héroïsme a ses originaux, reprit Combeferre.
Et Courfeyrac, qui avait entendu, ajouta:
– C’est un autre genre que le père Mabeuf.
Chose qu’il faut noter, le feu qui battait la barricade en troublait à peine l’intérieur. Ceux qui n’ont jamais traversé le tourbillon de ces sortes de guerre, ne peuvent se faire aucune idée des singuliers moments de tranquillité mêlés à ces convulsions. On va et vient, on cause, on plaisante, on flâne. Quelqu’un que nous co
Combeferre, le tablier sur le ventre, pansait les blessés; Bossuet et Feuilly faisaient des cartouches avec la poire à poudre cueillie par Gavroche sur le caporal mort, et Bossuet disait à Feuilly: Nous allons bientôt prendre la diligence pour une autre planète ; Courfeyrac, sur les quelques pavés qu’il s’était réservés près d’Enjolras, disposait et rangeait tout un arsenal, sa ca
Chapitre XVIII Le vautour devenu proie
Insistons sur un fait psychologique propre aux barricades. Rien de ce qui caractérise cette surprenante guerre des rues ne doit être omis.
Quelle que soit cette étrange tranquillité intérieure dont nous venons de parler, la barricade, pour ceux qui sont dedans, n’en reste pas moins vision.
Il y a de l’apocalypse dans la guerre civile, toutes les brumes de l’inco
Ce qu’on ressent dans ces lieux-là, nous l’avons indiqué à propos de Marius, et nous en verrons les conséquences, c’est plus et c’est moins que de la vie. Sorti d’une barricade, on ne sait plus ce qu’on y a vu. On a été terrible, on l’ignore. On a été entouré d’idées combattantes qui avaient des faces humaines; on a eu la tête dans de la lumière d’avenir. Il y avait des cadavres couchés et des fantômes debout. Les heures étaient colossales et semblaient des heures d’éternité. On a vécu dans la mort. Des ombres ont passé. Qu’était-ce? On a vu des mains où il y avait du sang; c’était un assourdissement épouvantable, c’était aussi un affreux silence; il y avait des bouches ouvertes qui criaient, et d’autres bouches ouvertes qui se taisaient; on était dans de la fumée, dans de la nuit peut-être. On croit avoir touché au suintement sinistre des profondeurs inco
Revenons à la rue de la Chanvrerie.
Tout à coup, entre deux décharges, on entendit le son lointain d’une heure qui so
– C’est midi, dit Combeferre.
Les douze coups n’étaient pas so
– Montez des pavés dans la maison. Garnissez-en le rebord de la fenêtre et des mansardes. La moitié des hommes aux fusils, l’autre moitié aux pavés. Pas une minute à perdre.
Un peloton de sapeurs-pompiers, la hache à l’épaule, venait d’apparaître en ordre de bataille à l’extrémité de la rue.
Ceci ne pouvait être qu’une tête de colo
On touchait évidemment à l’instant que M. de Clermont-To
L’ordre d’Enjolras fut exécuté avec la hâte correcte propre aux navires et aux barricades, les deux seuls lieux de combat d’où l’évasion soit impossible. En moins d’une minute, les deux tiers des pavés qu’Enjolras avait fait entasser à la porte de Corinthe furent montés au premier étage et au grenier, et, avant qu’une deuxième minute fût écoulée, ces pavés, artistement posés l’un sur l’autre, muraient jusqu’à moitié de la hauteur la fenêtre du premier et les lucarnes des mansardes. Quelques intervalles, ménagés soigneusement par Feuilly, principal constructeur, pouvaient laisser passer des canons de fusil. Cet armement des fenêtres put se faire d’autant plus facilement que la mitraille avait cessé. Les deux pièces tiraient maintenant à boulet sur le centre du barrage afin d’y faire une trouée, et, s’il était possible, une brèche, pour l’assaut.
Quand les pavés, destinés à la défense suprême, furent en place, Enjolras fit porter au premier étage les bouteilles qu’il avait placées sous la table où était Mabeuf.
– Qui donc boira cela? lui demanda Bossuet.
– Eux, répondit Enjolras.
Puis on barricada la fenêtre d’en bas, et l’on tint toutes prêtes les traverses de fer qui servaient à barrer intérieurement la nuit la porte du cabaret.
La forteresse était complète. La barricade était le rempart, le cabaret était le donjon.
Des pavés qui restaient, on boucha la coupure.
Comme les défenseurs d’une barricade sont toujours obligés de ménager les munitions, et que les assiégeants le savent, les assiégeants combinent leurs arrangements avec une sorte de loisir irritant, s’exposent avant l’heure au feu, mais en apparence plus qu’en réalité, et pre
Cette lenteur permit à Enjolras de tout revoir et de tout perfectio
Il dit à Marius: – Nous sommes les deux chefs. Je vais do
Marius se posta en observation sur la crête de la barricade.
[27] Expression déjà utilisée par Hugo dans le récit de la mort de Denis Dussoubs (voir IV, 1, note 24). «Pendant ce temps-là, les généraux préparaient la dernière attaque, ce que le marquis de Clermont-To