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Tout en parlant ainsi, il semblait que Thénardier, la prunelle attachée sur M. Leblanc, cherchât à enfoncer les pointes aiguës qui sortaient de ses yeux jusque dans la conscience de son priso
Le silence qu’avait gardé le priso
L’observation si fondée de Thénardier obscurcissait encore pour Marius les épaisseurs mystérieuses sous lesquelles se dérobait cette figure grave et étrange à laquelle Courfeyrac avait jeté le sobriquet de monsieur Leblanc. Mais, quel qu’il fût, lié de cordes, entouré de bourreaux, à demi plongé, pour ainsi dire, dans une fosse qui s’enfonçait sous lui d’un degré à chaque instant, devant la fureur comme devant la douceur de Thénardier, cet homme demeurait impassible; et Marius ne pouvait s’empêcher d’admirer en un pareil moment ce visage superbement mélancolique.
C’était évidemment une âme inaccessible à l’épouvante et ne sachant pas ce que c’est que d’être éperdue. C’était un de ces hommes qui dominent l’éto
Thénardier se leva sans affectation, alla à la cheminée, déplaça le paravent qu’il appuya au grabat voisin, et démasqua ainsi le réchaud plein de braise ardente dans laquelle le priso
Puis Thénardier vint se rasseoir près de M. Leblanc.
– Je continue, dit-il. Nous pouvons nous entendre. Arrangeons ceci à l’amiable. J’ai eu tort de m’emporter tout à l’heure, je ne sais où j’avais l’esprit, j’ai été beaucoup trop loin, j’ai dit des extravagances. Par exemple, parce que vous êtes millio
M. Leblanc ne souffla pas un mot. Thénardier poursuivit:
– Vous voyez que je ne mets pas mal d’eau dans mon vin. Je ne co
Ici Thénardier s’interrompit, puis il ajouta en appuyant sur les mots et en jetant un sourire du côté du réchaud:
– Je vous préviens que je n’admettrais pas que vous ne sachiez pas écrire.
Un grand inquisiteur eût pu envier ce sourire.
Thénardier poussa la table tout près de M. Leblanc, et prit l’encrier, une plume et une feuille de papier dans le tiroir qu’il laissa entr’ouvert et où luisait la longue lame du couteau.
Il posa la feuille de papier devant M. Leblanc.
– Écrivez, dit-il.
Le priso
– Comment voulez-vous que j’écrive? je suis attaché.
– C’est vrai, pardon! fit Thénardier, vous avez bien raison.
Et se tournant vers Bigrenaille:
– Déliez le bras droit de monsieur.
Panchaud, dit Printanier, dit Bigrenaille, exécuta l’ordre de Thénardier. Quand la main droite du priso
– Remarquez bien, monsieur, que vous êtes en notre pouvoir, à notre discrétion, absolument à notre discrétion, qu’aucune puissance humaine ne peut vous tirer d’ici, et que nous serions vraiment désolés d’être contraints d’en venir à des extrémités désagréables. Je ne sais ni votre nom, ni votre adresse; mais je vous préviens que vous resterez attaché jusqu’à ce que la perso
– Quoi? demanda le priso
– Je dicte.
M. Leblanc prit la plume. Thénardier commença à dicter:
– «Ma fille…»
Le priso
– Mettez «ma chère fille», dit Thénardier. M. Leblanc obéit. Thénardier continua:
– «Viens sur-le-champ…»
Il s’interrompit:
– Vous la tutoyez, n’est-ce pas?
– Qui? demanda M. Leblanc.
– Parbleu! dit Thénardier, la petite, l’Alouette.
M. Leblanc répondit sans la moindre émotion apparente:
– Je ne sais ce que vous voulez dire.
– Allez toujours, fit Thénardier; et il se remit à dicter:
– «Viens sur-le-champ. J’ai absolument besoin de toi. La perso
M. Leblanc avait tout écrit. Thénardier reprit:
– Ah! effacez viens avec confiance ; cela pourrait faire supposer que la chose n’est pas toute simple et que la défiance est possible.
M. Leblanc ratura les trois mots.
– À présent, poursuivit Thénardier, signez. Comment vous appelez-vous?
Le priso
– Pour qui est cette lettre?
– Vous le savez bien, répondit Thénardier. Pour la petite. Je viens de vous le dire.