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La mère vocale dit à la prieure à demi-voix:

– Il répond bien.

Jean Valjean n’avait pas prononcé un mot.

La prieure regarda Cosette avec attention, et dit à demi-voix à la mère vocale:

– Elle sera laide.

Les deux mères causèrent quelques minutes très bas dans l’angle du parloir, puis la prieure se retourna et dit:

– Père Fauvent, vous aurez une autre genouillère avec grelot. Il en faut deux maintenant.

Le lendemain en effet on entendait deux grelots dans le jardin, et les religieuses ne résistaient pas à soulever un coin de leur voile. On voyait au fond sous les arbres deux hommes bêcher côte à côte, Fauvent et un autre. Événement énorme. Le silence fut rompu jusqu’à s’entre-dire: C’est un aide-jardinier.

Les mères vocales ajoutaient: C’est un frère au père Fauvent.

Jean Valjean en effet était régulièrement installé; il avait la genouillère de cuir, et le grelot; il était désormais officiel. Il s’appelait Ultime Fauchelevent.

La plus forte cause déterminante de l’admission avait été l’observation de la prieure sur Cosette: Elle sera laide.

La prieure, ce pronostic prononcé, prit immédiatement Cosette en amitié, et lui do

Ceci n’a rien que de très logique. On a beau n’avoir point de miroir au couvent, les femmes ont une conscience pour leur figure; or, les filles qui se sentent jolies se laissent malaisément faire religieuses; la vocation étant assez volontiers en proportion inverse de la beauté, on espère plus des laides que des belles. De là un goût vif pour les laiderons.

Toute cette aventure grandit le bon vieux Fauchelevent; il eut un triple succès; auprès de Jean Valjean qu’il sauva et abrita; auprès du fossoyeur Gribier qui se disait: il m’a épargné l’amende; auprès du couvent qui, grâce à lui, en gardant le cercueil de la mère Crucifixion sous l’autel, éluda César et satisfit Dieu [136]. Il y eut une bière avec cadavre au Petit-Picpus et une bière sans cadavre au cimetière Vaugirard; l’ordre public en fut sans doute profondément troublé, mais ne s’en aperçut pas. Quant au couvent, sa reco

Chapitre IX Clôture

Cosette au couvent continua de se taire.

Cosette se croyait tout naturellement la fille de Jean Valjean. Du reste, ne sachant rien, elle ne pouvait rien dire, et puis, dans tous les cas, elle n’aurait rien dit. Nous venons de le faire remarquer, rien ne dresse les enfants au silence comme le malheur. Cosette avait tant souffert qu’elle craignait tout, même de parler, même de respirer. Une parole avait si souvent fait crouler sur elle une avalanche! À peine commençait-elle à se rassurer depuis qu’elle était à Jean Valjean. Elle s’habitua assez vite au couvent. Seulement elle regrettait Catherine, mais elle n’osait pas le dire. Une fois pourtant elle dit à Jean Valjean:

– Père, si j’avais su, je l’aurais emmenée.

Cosette, en devenant pensio

Le père Fauchelevent, outre cette gloire que nous venons de raconter et qu’il ignora, fut récompensé de sa bo

Les religieuses n’adoptèrent point ce nom d’Ultime; elles appelèrent Jean Valjean l’autre Fauvent.

Si ces saintes filles avaient eu quelque chose du regard de Javert, elles auraient pu finir par remarquer que, lorsqu’il y avait quelque course à faire au dehors pour l’entretien du jardin, c’était toujours l’aîné Fauchelevent, le vieux, l’infirme, le bancal, qui sortait, et jamais l’autre; mais, soit que les yeux toujours fixés sur Dieu ne sachent pas espio

Du reste bien en prit à Jean Valjean de se tenir coi et de ne pas bouger. Javert observa le quartier plus d’un grand mois.

Ce couvent était pour Jean Valjean comme une île entourée de gouffres. Ces quatre murs étaient désormais le monde pour lui. Il y voyait le ciel assez pour être serein et Cosette assez pour être heureux.

Une vie très douce recommença pour lui.

Il habitait avec le vieux Fauchelevent la baraque du fond du jardin [138]. Cette bicoque, bâtie en plâtras, qui existait encore en 1845, était composée, comme on sait, de trois chambres, lesquelles étaient toutes nues et n’avaient que les murailles. La principale avait été cédée de force, car Jean Valjean avait résisté en vain, par le père Fauchelevent à Mr Madeleine. Le mur de cette chambre, outre les deux clous destinés à l’accrochement de la genouillère et de la hotte, avait pour ornement un papier-mo

Cet assignat vendéen avait été cloué au mur par le précédent jardinier, ancien chouan qui était mort dans le couvent et que Fauchelevent avait remplacé.

[136] Hugo démarque l'injonction évangélique: «Rendez à César (c'est-à-dire à l'Empereur) ce qui est à César, et a Dieu ce qui est à Dieu.»

[137] Le lecteur retrouvera cette valise en V, 6, 3 sous le nom de «l'inséparable». Ces reliques complètent les flambeaux, comme Cosette a succédé à Mgr Bienvenu. Hugo lui aussi avait conservé, toujours visible à Villequier, la robe que portait Léopoldine le jour de sa mort.

[138] Cette baraque, comme plus tard l'arrière-maison de la rue Plumet (IV, 3, 1), répète la chapelle où se tenait Lahorie au fond du jardin des Feuillantines. Voir Le Droit et la Loi (Actes et Paroles I, Avant l'exil au volume Politique): «Il habitait toujours la masure du fond du jardin […]» et Victor Hugo raconté…, ouv. cit., p. 138 et suiv.