Страница 2 из 94
Chapitre II Monsieur Myriel devient monseigneur Bienvenu
Le palais épiscopal de Digne était attenant à l'hôpital.
Le palais épiscopal était un vaste et bel hôtel bâti en pierre au commencement du siècle dernier par monseigneur Henri Puget, docteur en théologie de la faculté de Paris, abbé de Simore, lequel était évêque de Digne en 1712. Ce palais était un vrai logis seigneurial. Tout y avait grand air, les appartements de l'évêque, les salons, les chambres, la cour d'ho
L'hôpital était une maison étroite et basse à un seul étage avec un petit jardin. Trois jours après son arrivée, l'évêque visita l'hôpital. La visite terminée, il fit prier le directeur de vouloir bien venir jusque chez lui.
– Monsieur le directeur de l'hôpital, lui dit-il, combien en ce moment avez-vous de malades?
– Vingt-six, monseigneur.
– C'est ce que j'avais compté, dit l'évêque.
– Les lits, reprit le directeur, sont bien serrés les uns contre les autres.
– C'est ce que j'avais remarqué.
– Les salles ne sont que des chambres, et l'air s'y renouvelle difficilement.
– C'est ce qui me semble.
– Et puis, quand il y a un rayon de soleil, le jardin est bien petit pour les convalescents.
– C'est ce que je me disais.
– Dans les épidémies, nous avons eu cette a
– C'est la pensée qui m'était venue.
– Que voulez-vous, monseigneur? dit le directeur, il faut se résigner.
Cette conversation avait lieu dans la salle à manger-galerie du rez-de-chaussée. L'évêque garda un moment le silence, puis il se tourna brusquement vers le directeur de l'hôpital:
– Monsieur, dit-il, combien pensez-vous qu'il tiendrait de lits rien que dans cette salle?
– La salle à manger de monseigneur! s'écria le directeur stupéfait.
L'évêque parcourait la salle du regard et semblait y faire avec les yeux des mesures et des calculs.
– Il y tiendrait bien vingt lits! dit-il, comme se parlant à lui-même.
Puis élevant la voix:
– Tenez, monsieur le directeur de l'hôpital, je vais vous dire. Il y a évidemment une erreur. Vous êtes vingt-six perso
Le lendemain, les vingt-six pauvres étaient installés dans le palais de l'évêque et l'évêque était à l'hôpital.
M. Myriel n'avait point de bien, sa famille ayant été ruinée par la révolution. Sa sœur touchait une rente viagère de cinq cents francs qui, au presbytère, suffisait à sa dépense perso
Note pour régler les dépenses de ma maison.
Pour le petit séminaire: quinze cents livres
Congrégation de la mission: cent livres
Pour les lazaristes de Montdidier: cent livres
Séminaire des missions étrangères à Paris: deux cents livres
Congrégation du Saint-Esprit: cent cinquante livres
Établissements religieux de la Terre-Sainte: cent livres
Sociétés de charité maternelle: trois cents livres
En sus, pour celle d’Arles: cinquante livres
Œuvre pour l’amélioration des prisons: quatre cents livres
Œuvre pour le soulagement et la délivrance des priso
Pour libérer des pères de famille priso
Supplément au traitement des pauvres maîtres d’école du diocèse: deux mille livres
Grenier d’abondance des Hautes-Alpes: cent livres
Congrégation des dames de Digne, de Manosque et de Sisteron, pour l’enseignement gratuit des filles indigentes: quinze cents livres
Pour les pauvres: six mille livres
Ma dépense perso
Total: quinze mille livres
Pendant tout le temps qu'il occupa le siège de Digne, M. Myriel ne changea presque rien à cet arrangement. Il appelait cela, comme on voit, avoir réglé les dépenses de sa maison.
Cet arrangement fut accepté avec une soumission absolue par mademoiselle Baptistine. Pour cette sainte fille, M. de Digne était tout à la fois son frère et son évêque, son ami selon la nature et son supérieur selon l'église. Elle l'aimait et elle le vénérait tout simplement. Quand il parlait, elle s'inclinait; quand il agissait, elle adhérait. La servante seule, madame Magloire, murmura un peu. M. l'évêque, on l'a pu remarquer, ne s'était réservé que mille livres, ce qui, joint à la pension de mademoiselle Baptistine, faisait quinze cents francs par an. Avec ces quinze cents francs [2], ces deux vieilles femmes et ce vieillard vivaient.
Et quand un curé de village venait à Digne, M. l'évêque trouvait encore moyen de le traiter, grâce à la sévère économie de madame Magloire et à l'intelligente administration de mademoiselle Baptistine.
Un jour – il était à Digne depuis environ trois mois – l'évêque dit:
– Avec tout cela je suis bien gêné!
– Je le crois bien! s'écria madame Magloire, Monseigneur n'a seulement pas réclamé la rente que le département lui doit pour ses frais de carrosse en ville et de tournées dans le diocèse. Pour les évêques d'autrefois c'était l'usage.
– Tiens! dit l'évêque, vous avez raison, madame Magloire.
Il fit sa réclamation.
Quelque temps après, le conseil général, prenant cette demande en considération, lui vota une somme a
[2] Sur un revenu de quinze mille livres, L'évêque ne conserve donc que le dixième: dîme inversée; voir I, 1, 6: «Je paie ma dîme, disait-il».