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– Pour parler le langage que tu adoptes, je te répondrai qu’entre la co

– Et c’est sur la définition de ce sentiment que précisément je t’interroge en m’interrogeant moi-même. C’est lui qui est chargé de la manifestation qui m’embarrasse; c’est lui qui est l’art, l’artiste, si tu veux, chargé de traduire cette candeur, cette grâce, ce charme de la vie primitive, à ceux qui ne vivent que de la vie factice et qui sont, permets-moi de le dire, en face de la nature et de ses secrets divins, les plus grands crétins du monde.

– Tu ne me demandes rien moins que le secret de l’art: cherche-le dans le sein de Dieu, car aucun artiste ne pourra te le révéler. Il ne le sait pas lui-même et ne pourrait rendre compte des causes de son inspiration ou de son impuissance. Comment faut-il s’y prendre pour exprimer le beau, le simple et le vrai? Est-ce que je le sais? Et qui pourrait nous l’apprendre? les plus grands artistes ne le pourraient pas non plus, parce que s’ils cherchaient à le faire ils cesseraient d’être artistes, ils deviendraient critiques; et la critique…!

«Et la critique, reprit mon ami, tourne depuis des siècles autour du mystère sans y rien comprendre. Mais pardo

– Cela me va, et je ne demanderais pas mieux, répondis-je.

– Ah! s’écria-t-il, tu vas trop loin, et tu entres trop dans mon paradoxe. Je plaide; réplique.

– Je répliquerai donc qu’un so

– Oui, c’est une œuvre de transformation! mais si elle ne me satisfait pas? quand même tu aurais mille fois raison de par les arrêts du goût et de l’esthétique, si je trouve les vers de Pétrarque moins harmonieux que le bruit de la cascade; et ainsi du reste? Si je soutiens qu’il y a dans la soirée que voici un charme que perso

– Je n’y vois rien à répondre, en effet, sinon que l’art est une démonstration dont la nature est la preuve; que le fait préexistant de cette preuve est toujours là pour justifier et contredire la démonstration, et qu’on n’en peut pas faire de bo

– Ainsi la démonstration ne pourrait se passer de la preuve; mais la preuve ne pourrait-elle se passer de la démonstration?

– Dieu pourrait s’en passer sans doute; mais, toi qui parles comme si tu n’étais pas des nôtres, je parie bien que tu ne comprendrais rien à la preuve si tu n’avais trouvé dans la tradition de l’art la démonstration sous mille formes, et si tu n’étais toi-même une démonstration toujours agissant sur la preuve.

– Eh! voilà ce dont je me plains. Je voudrais me débarrasser de cette éternelle démonstration qui m’irrite; anéantir dans ma mémoire les enseignements et les formes de l’art; ne jamais penser à la peinture quand je regarde le paysage, à la musique quand j’écoute le vent, à la poésie quand j’admire et goûte l’ensemble. Je voudrais jouir de tout par l’instinct, parce que ce grillon qui chante me paraît plus joyeux et plus enivré que moi.

– Tu te plains d’être homme, en un mot?

– Non; je me plains de n’être plus l’homme primitif.

– Reste à savoir si, ne comprenant pas, il jouissait.

– Je ne le suppose pas semblable à la brute. Du moment qu’il fut homme, il comprit et sentit autrement. Mais je ne peux pas me faire une idée nette de ses émotions, et c’est là ce qui me tourmente. Je voudrais être, du moins, ce que la société actuelle permet à un grand nombre d’hommes d’être, du berceau à la tombe, je voudrais être paysan; le paysan qui ne sait pas lire, celui à qui Dieu a do

– Et moi aussi, je fais souvent ce rêve; qui ne l’a fait? Mais il ne do

– Donc, je triomphe? reprit mon ami. Cet art-là est le plus pur et le meilleur, parce qu’il s’inspire davantage de la nature, qu’il est en contact plus direct avec elle. Je veux bien avoir poussé les choses à l’extrême en disant que l’art n’était bon à rien; mais j’ai dit aussi que je voudrais sentir à la manière du paysan, et je ne m’en dédis pas. Il y a certaines complaintes breto

– J’en conviens, répondis-je; et quant à ce dernier point surtout, c’est pour moi une cause de désespoir que d’être forcé d’écrire la langue de l’Académie, quand j’en sais beaucoup mieux une autre qui est si supérieure pour rendre tout un ordre d’émotions, de sentiments et de pensées.

– Oui, oui, le monde naïf! dit-il, le monde inco