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«Si, dit-il au bout d’un moment; cette histoire vous a certainement do
– Mais non, cela ne peut pas se reproduire, dit-elle à son tour en souriant à K. d’un air presque mélancolique.
– Le pensez-vous sérieusement? demanda K.
– Oui, dit-elle plus bas, mais il ne faut surtout pas prendre la chose trop au tragique. Il s’en passe tellement dans le monde! Puisque vous me parlez avec tant de confiance, monsieur K., je peux bien vous avouer que j’ai écouté un peu derrière la porte et que les deux inspecteurs m’ont fait quelques confidences. Il s’agit de votre bonheur, et c’est une question qui me tient vraiment à cœur, peut-être plus qu’il ne convient, car je ne suis que votre propriétaire. J’ai donc entendu quelques petites choses, mais rien de bien grave, on ne peut pas dire. Je sais bien que vous êtes arrêté, mais ce n’est pas comme on arrête les voleurs. Quand on est arrêté comme un voleur, c’est grave, tandis que votre arrestation… elle me fait l’impression de quelque chose de savant – excusez-moi si je dis des bêtises – elle me fait l’impression de quelque chose de savant que je ne comprends pas, c’est vrai, mais qu’on n’est pas non plus obligé de comprendre.
– Ce n’est pas bête du tout, ce que vous dites là, madame Grubach, répondit K. Je suis du moins de votre avis en grande partie, mais je vais encore plus loin que vous; ce n’est pas seulement quelque chose de savant, c’est un néant ridicule. J’ai été victime d’une agression, voilà le fait. Si je m’étais levé à mon réveil, sans me laisser déconcerter par l’absence d’A
«Me tendra-t-elle la main? pensait-il; le brigadier ne l’a pas fait.» Il prit un regard scrutateur pour observer Mme Grubach. Comme il s’était levé, elle se leva aussi, un peu gênée, car elle n’avait pas compris tout ce que K. lui avait expliqué. Et cette gêne lui fit dire une chose qu’elle n’aurait pas voulu et qui venait au mauvais moment:
«Ne le prenez pas si fort, monsieur K.»
Elle avait des larmes dans la voix et elle en oublia la poignée de main.
«Je ne le prends pas fort, que je sache», dit K. soudain lassé, en se rendant compte de l’inutilité des encouragements de cette femme.
À la porte, il demanda encore:
«Mlle Bürstner est-elle là?
– Non», dit Mme Grubach en souriant avec une sympathie en retard, tandis qu’elle do
– Je ne voulais lui dire que quelques mots.
– Je ne sais malheureusement pas quand elle reviendra; quand elle est au théâtre elle ne revient en général qu’assez tard.
– C’est sans importance, dit K., qui se dirigeait déjà vers la porte, la tête baissée, pour s’en aller; je voulais simplement m’excuser auprès d’elle de lui avoir emprunté sa chambre ce matin.
– Ce n’est pas nécessaire, monsieur K., vous avez trop d’égards, la demoiselle n’en sait rien, elle avait quitté la maison de très bo
Et elle alla ouvrir la porte de la chambre de Mlle Bürstner.
«Merci, je vous crois sur parole» dit K. en allant voir quand même.
La lune éclairait paisiblement la pièce obscure. Autant qu’on pût s’en rendre compte, tout était vraiment à sa place; la blouse ne pendait plus à la poignée de la fenêtre, les oreillers du lit semblaient extrêmement hauts; ils étaient baignés en partie par la lumière de la lune.
«La demoiselle revient souvent très tard, dit K. en regardant Mme Grubach comme si elle en était responsable.
– C’est la jeunesse, dit Mme Grubach sur un ton d’excuse.
– Certainement, certainement, dit K., mais cela peut aller trop loin.
– Eh oui! dit Mme Grubach, comme vous avez raison, monsieur! Et c’est peut-être même le cas! Je ne veux pas dire de mal de Mlle Bürstner, c’est une brave petite, bien gentille, bien aimable, bien convenable, et ponctuelle, et travailleuse; j’apprécie beaucoup tout cela; mais il y a une chose de vraie, elle devrait être plus fière, elle devrait avoir plus de retenue; je l’ai déjà vue deux fois ce mois-ci dans des petites rues, et chaque fois avec quelqu’un de différent; cela me fait beaucoup de peine. Je ne le raconte qu’à vous, monsieur K. Mais je ne pourrai pas éviter de lui en parler à elle-même. Ce n’est d’ailleurs pas la seule chose qui me la fasse suspecter.
– Vous faites complètement fausse route, dit K. furieux et presque incapable de dissimuler sa colère; d’ailleurs, vous vous êtes visiblement méprise sur le sens de ma réflexion au sujet de cette demoiselle. Je ne voulais pas dire ce que vous avez pensé; je vous conseille même franchement de ne pas lui parler du tout; je la co
– Mais, monsieur K., dit Mme Grubach, en le suivant jusqu’à la porte qu’il avait déjà ouverte, je n’ai pas du tout l’intention de parler encore à la demoiselle; il faut d’abord naturellement que je l’observe davantage; il n’y a qu’à vous que j’aie confié ce que je savais. Après tout, c’est dans l’intérêt de tous les pensio
– Propre! jeta encore K. par l’entrebâillement de la porte; si vous voulez tenir la pension propre, il vous faut commencer par me do
Puis il referma brutalement; on frappa encore légèrement, mais il ne s’en inquiéta pas.
Pourtant, comme il n’avait aucune envie de dormir, il décida de ne pas se coucher; cela lui fournirait en même temps l’occasion de constater l’heure à laquelle rentrerait Mlle Bürstner. Peut-être pourrait-il alors échanger encore quelques mots avec elle, si déplacé que ce pût être. Tout en regardant par la fenêtre, il pensa même un moment dans sa fatigue à punir Mme Grubach en décidant Mlle Bürstner à do
[5] Passage supprimé par l’auteur - Devant la maison un militaire allait et venait du pas bruyant et régulier des sentinelles. Il y avait donc aussi, maintenant, un homme de garde devant l’immeuble. K. dut se pencher fortement pour le voir, car le soldat se tenait près du mur. «Hep là-bas!» cria-t-il, mais non pas assez fort pour que le soldat pût l’entendre. Il apparut d’ailleurs bientôt que le soldat n’attendait qu’une bo