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Roland s’élança.

«Bonjour, cher maître.» Il do

Mme Rosémilly se leva:

«Je m’en vais, je suis très fatiguée.» On tenta faiblement de la retenir; mais elle n’y consentit point et elle s’en alla sans qu’un des trois hommes la reconduisît, comme on le faisait toujours.

Mme Roland s’empressa près du nouveau venu:

«Une tasse de café, Monsieur?

– Non, merci, je sors de table.

– Une tasse de thé, alors?

– Je ne dis pas non, mais un peu plus tard, nous allons d’abord parler affaires.» Dans le profond silence qui suivit ces mots on n’entendit plus que le mouvement rythmé de la pendule, et à l’étage au-dessous, le bruit des casseroles lavées par la bo

Le notaire reprit:

«Avez-vous co

M. et Mme Roland poussèrent la même exclamation.

«Je crois bien!

– C’était un de vos amis?» Roland déclara:

«Le meilleur, Monsieur, mais un Parisien enragé; il ne quitte pas le boulevard. Il est chef de bureau aux finances. Je ne l’ai plus revu depuis mon départ de la capitale. Et puis nous avons cessé de nous écrire. Vous savez, quand on vit loin l’un de l’autre…» Le notaire reprit gravement:

«M. Maréchal est décédé.» L’homme et la femme eurent ensemble ce petit mouvement de surprise triste, feint ou vrai, mais toujours prompt, dont on accueille ces nouvelles.

M. Lecanu continua:

«Mon confrère de Paris vient de me communiquer la principale disposition de son testament par laquelle il institue votre fils Jean, M. Jean Roland, son légataire universel.» L’éto

Mme Roland, la première, dominant son émotion, balbutia:

«Mon Dieu, ce pauvre Léon… notre pauvre ami… mon Dieu… mon Dieu… mort!…» Des larmes apparurent dans ses yeux, ces larmes silencieuses des femmes, gouttes de chagrin venues de l’âme qui coulent sur les joues et semblent si douloureuses, étant si claires.

Mais Roland songeait moins à la tristesse de cette perte qu’à l’espérance a

«De quoi est-il mort, ce pauvre Maréchal?»

M. Lecanu l’ignorait parfaitement.

«Je sais seulement, disait-il, que, décédé sans héritiers directs, il laisse toute sa fortune, une vingtaine de mille francs de rentes en obligations trois pour cent, à votre second fils, qu’il a vu naître, grandir, et qu’il juge digne de ce legs. À défaut d’acceptation de la part de M. Jean, l’héritage irait aux enfants abando

«Sacristi! voilà une bo

«J’ai été bien aise, dit-il, de vous a

Seuls, Mme Roland et ses fils gardaient une physionomie triste. Elle pleurait toujours un peu, essuyant ses yeux avec un mouchoir qu’elle appuyait ensuite sur sa bouche pour comprimer de gros soupirs.

Le docteur murmura:

«C’était un brave homme, bien affectueux. Il nous invitait souvent à dîner, mon frère et moi.» Jean, les yeux grands ouverts et brillants, prenait d’un geste familier sa belle barbe blonde dans sa main droite, et l’y faisait glisser, jusqu’aux derniers poils, comme pour l’allonger et l’amincir.

Il remua deux fois les lèvres pour prononcer aussi une phrase convenable, et, après avoir longtemps cherché, il ne trouva que ceci:

«Il m’aimait bien, en effet, il m’embrassait toujours quand j’allais le voir.» Mais la pensée du père galopait; elle galopait autour de cet héritage a

Il demanda:

«Il n’y a pas de difficultés possibles?… pas de procès?… pas de contestations?…» M. Lecanu semblait tranquille:

«Non, mon confrère de Paris me signale la situation comme très nette. Il ne nous faut que l’acceptation de M. Jean.

– Parfait, alors… et la fortune est bien claire?

– Très claire.

– Toutes les formalités ont été remplies?

– Toutes.» Soudain, l’ancien bijoutier eut un peu honte, une honte vague, instinctive et passagère de sa hâte à se renseigner, et il reprit:

«Vous comprenez bien que si je vous demande immédiatement toutes ces choses, c’est pour éviter à mon fils des désagréments qu’il pourrait ne pas prévoir. Quelquefois il y a des dettes, une situation embarrassée, est-ce que je sais, moi? et on se fourre dans un roncier inextricable. En somme, ce n’est pas moi qui hérite, mais je pense au petit avant tout.» Dans la famille on appelait toujours Jean «le petit», bien qu’il fût beaucoup plus grand que Pierre.

Mme Roland, tout à coup, parut sortir d’un rêve, se rappeler une chose lointaine, presque oubliée, qu’elle avait entendue autrefois, dont elle n’était pas sûre d’ailleurs, et elle balbutia:

«Ne disiez-vous point que notre pauvre Maréchal avait laissé sa fortune à mon petit Jean?

– Oui, Madame.» Elle reprit alors simplement:

«Cela me fait grand plaisir, car cela prouve qu’il nous aimait.» Roland s’était levé:

«Voulez-vous, cher maître, que mon fils signe tout de suite l’acceptation?

– Non… non… monsieur Roland. Demain, demain, à mon étude, à deux heures, si cela vous convient.

– Mais oui, mais oui, je crois bien!» Alors, Mme Roland qui s’était levée aussi, et qui souriait après les larmes, fit deux pas vers le notaire, posa sa main sur le dos de son fauteuil, et le couvrant d’un regard attendri de mère reco

«Et cette tasse de thé, monsieur Lecanu?

– Maintenant, je veux bien, Madame, avec plaisir.» La bo

Perso

«Charmante, charmante», répétait le notaire.

Roland, les reins appuyés au marbre de la cheminée, comme en hiver, quand le feu brille, les mains dans ses poches et les lèvres remuantes comme pour siffler, ne pouvait plus tenir en place, torturé du désir impérieux de laisser sortir toute sa joie.

Les deux frères, en deux fauteuils pareils, les jambes croisées de la même façon, à droite et à gauche du guéridon central, regardaient fixement devant eux, en des attitudes semblables, pleines d’expressions différentes.

Le thé parut enfin. Le notaire prit, sucra et but sa tasse, après avoir émietté dedans une petite galette trop dure pour être croquée; puis il se leva, serra les mains et sortit.

«C’est entendu, répétait Roland, demain, chez vous, à deux heures.

– C’est entendu, demain, deux heures.» Jean n’avait pas dit un mot.

Après ce départ, il y eut encore un silence, puis le père Roland vint taper de ses deux mains ouvertes sur les eux épaules de son jeune fils en criant:

«Eh bien, sacré veinard, tu ne m’embrasses pas?» Alors Jean eut un sourire, et il embrassa son père en disant:

«Cela ne m’apparaissait pas comme indispensable.» Mais le bonhomme ne se possédait plus d’allégresse. Il marchait, jouait du piano sur les meubles avec ses ongles maladroits, pivotait sur ses talons, et répétait:

«Quelle chance! quelle chance! En voilà une, de chance!» Pierre demanda:

«Vous le co