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«Non, c’est vrai, mon enfant.» Et ils restèrent sans paroles, l’un devant l’autre. Pendant quelques instants encore elle suffoqua, tendant la gorge, en renversant la tête pour respirer, puis elle se vainquit de nouveau, et reprit:

«C’est vrai, mon enfant. Pourquoi mentir? C’est vrai. Tu ne me croirais pas, si je mentais.» Elle avait l’air d’une folle. Saisi de terreur, il tomba à genoux près du lit en murmurant:

«Tais-toi, maman, tais-toi.» Elle s’était levée, avec une résolution et une énergie effrayantes:

«Mais je n’ai plus rien à te dire, mon enfant, adieu.» Et elle marcha vers la porte.

Il la saisit à pleins bras, criant:

«Qu’est-ce que tu fais, maman, où vas-tu?

– Je ne sais pas… est-ce que je sais… je n’ai plus rien à faire… puisque je suis toute seule.» Elle se débattait pour s’échapper. La retenant, il ne trouvait qu’un mot à lui répéter:

«Maman… maman… maman…» Et elle disait dans ses efforts pour rompre cette étreinte:

«Mais non, mais non, je ne suis plus ta mère maintenant, je ne suis plus rien pour toi, pour perso

«Tu ne sortiras point d’ici, maman; moi je t’aime et je te garde. Je te garde toujours, tu es à moi.» Elle murmura d’une voix accablée:

«Non, mon pauvre garçon, ça n’est plus possible. Ce soir tu pleures, et demain tu me jetterais dehors. Tu ne me pardo

Puis elle demeura immobile, la joue contre la joue de son fils, sentant, à travers sa barbe, la chaleur de sa chair; et elle lui dit, tout bas, dans l’oreille:

«Non, mon petit Jean. Tu ne me pardo

Tu le crois et tu te trompes. Tu m’as pardo

«Maman, ne dis pas ça!

– Si, mon petit, il faut que je m’en aille. Je ne sais pas où, ni comment je m’y prendrai, ni ce que je dirai, mais il le faut.

Je n’oserais plus te retarder, ni t’embrasser, comprends-tu?» Alors, à son tour, il lui dit, tout bas, dans l’oreille:

«Ma petite mère, tu resteras, parce que je le veux, parce que j’ai besoin de toi. Et tu vas me jurer de m’obéir, tout de suite.

– Non, mon enfant.

– Oh! maman, il le faut, tu entends. Il le faut.

– Non, mon enfant, c’est impossible. Ce serait nous condamner tous à l’enfer. Je sais ce que c’est, moi, que ce supplice-là, depuis un mois. Tu es attendri, mais quand ce sera passé, quand tu me regarderas comme me regarde Pierre, quand tu te rappelleras ce que je t’ai dit!… Oh!… mon petit Jean, songe… songe que je suis ta mère!…

– Je ne veux pas que tu me quittes, maman, je n’ai que toi.

– Mais pense, mon fils, que nous ne pourrons plus nous voir sans rougir tous les deux, sans que je me sente mourir de honte et sans que tes yeux fassent baisser les miens.

– Ça n’est pas vrai, maman.

– Oui, oui, oui, c’est vrai! Oh! j’ai compris, va, toutes les luttes de ton pauvre frère, toutes, depuis le premier jour. Maintenant, lorsque je devine son pas dans la maison, mon cœur saute à briser ma poitrine, lorsque j’entends sa voix, je sens que je vais m’évanouir. Je t’avais encore, toi! Maintenant, je ne t’ai plus. Oh! mon petit Jean, crois-tu que je pourrais vivre entre vous deux?

– Oui, maman. Je t’aimerai tant que tu n’y penseras plus.

– Oh! oh! comme si c’était possible!

– Oui, c’est possible.

– Comment veux-tu que je n’y pense plus entre ton frère et toi? Est-ce que vous n’y penserez plus, vous?

– Moi, je te le jure!

– Mais tu y penseras à toutes les heures du jour.

– Non, je te le jure. Et puis, écoute: si tu pars, je m’engage et je me fais tuer.» Elle fut bouleversée par cette menace puérile et étreignit Jean en le caressant avec une tendresse passio

«Je t’aime plus que tu ne crois, va, bien plus, bien plus.

Voyons, sois raiso

«Mon enfant… tâchons d’être calmes et de ne pas nous attendrir. Laisse-moi te parler d’abord. Si je devais une seule fois entendre sur tes lèvres ce que j’entends depuis un mois dans la bouche de ton frère, si je devais une seule fois voir dans tes yeux ce que je lis dans les siens, si je devais deviner rien que par un mot ou par un regard que je te suis odieuse comme à lui… une heure après, tu entends, une heure après…

je serais partie pour toujours.

– Maman, je te le jure…

– Laisse-moi parler… Depuis un mois j’ai souffert tout ce qu’une créature peut souffrir. À partir du moment où j’ai compris que ton frère, que mon autre fils me soupço

Il voulut l’embrasser, mais elle le repoussa:

«Laisse-moi… écoute… j’ai encore tant de choses à te dire pour que tu compre

– Dis, maman, dis.

– Eh bien! oui. Au moins je ne t’aurais pas trompé… Tu veux que je reste avec toi, n’est-ce pas? Pour cela, pour que nous puissions nous voir encore, nous parler, nous rencontrer toute la journée dans la maison, car je n’ose plus ouvrir une porte dans la peur de trouver ton frère derrière elle, pour cela il faut, non pas que tu me pardo

«Reste, maman.» Elle le serra dans ses bras et se remit à pleurer; puis elle reprit, la joue contre sa joue:

«Oui, mais Pierre? Qu’allons-nous devenir avec lui?» Jean murmura: