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Quand aux negoces, il m'est eschappé plusieurs bo
La force de tout conseil gist au temps: les occasions et les matieres roulent et changent sans cesse. J'ay encouru quelques lourdes erreurs en ma vie, et importantes: non par faute de bon advis, mais par faute de bon heur. Il y a des parties secrettes aux objects, qu'on manie, et indivinables: signamment en la nature des hommes: des conditions muettes, sans montre, incognues par fois du possesseur mesme: qui se produisent et esveillent par des occasions survenantes. Si ma prudence ne les a peu penetrer et profetizer, je ne luy en sçay nul mauvais gré: sa charge se contient en ses limites. Si l'evenement me bat, et s'il favorise le party que j'ay refusé: il n'y a remede, je ne m'en prens pas à moy, j'accuse ma fortune, non pas mon ouvrage: cela ne s'appelle pas repentir.
Phocion avoit do
Je n'ay guere à me prendre de mes fautes ou infortunes, à autre qu'à moy. Car en effect, je me sers rarement des advis d'autruy, si ce n'est par ho
En tous affaires quand ils sont passés, comment que ce soit, j'y ay peu de regret: Car cette imagination me met hors de peine, qu'ils devoyent ainsi passer: les voyla dans le grand cours de l'univers, et dans l'encheineure des causes Stoïques. Vostre fantasie n'en peut, par souhait et imagination, remuer un poinct, que tout l'ordre des choses ne renverse et le passé et l'advenir.
Au demeurant, je hay cet accidental repentir que l'aage apporte. Celuy qui disoit ancie
Miserable sorte de remede, devoir à la maladie sa santé. Ce n'est pas à nostre malheur de faire cet office: c'est au bon heur de nostre jugement. On ne me fait rien faire par les offenses et afflictions, que les maudire. C'est aux gents, qui ne s'esveillent qu'à coups de fouët. Ma raison a bien son cours plus delivre en la prosperité: elle est bien plus distraitte et occupee à digerer les maux, que les plaisirs. Je voy bien plus clair en temps serain. La santé m'advertit, comme plus alaigrement, aussi plus utilement, que la maladie. Je me suis avancé le plus que j'ay peu, vers ma reparation et reiglement, lors que javoy à en jouïr. Je seroy honteux et envieux, que la misere et l'infortune de ma vieillesse eust à se preferer à mes bo
Pareillement, ma sagesse peut bien estre de mesme taille, en l'un et en l'autre temps: mais elle estoit bien de plus d'exploit, et de meilleure grace, verte, gaye, naïve, qu'elle n'est à present, cassee, grondeuse, laborieuse. Je renonce donc à ces reformations casuelles et douloureuses.
Il faut que Dieu nous touche le courage: il faut que nostre conscience s'amende d'elle mesme, par renforcement de nostre raison, non par l'affoiblissement de nos appetits. La volupté n'en est en soy, ny pasle ny descoulouree, pour estre apperceuë par des yeux chassieux et troubles. On doibt aymer la temperance par elle mesme, et pour le respect de Dieu qui nous l'a ordo
A voir la sagesse de Socrates, et plusieurs circonstances de sa condamnation, j'oseroy croire, qu'il s'y presta aucunement luy mesme, par prevarication, à dessein: ayant de si prés, aagé de soixante et dix ans, à souffrir l'engourdissement des riches allures de son esprit, et l'esblouïssement de sa clairté accoustumee.
Quelles Metamorphoses luy voy-je faire tous les jours, en plusieurs de mes cognoissans? c'est une puissante maladie, et qui se coule naturellement et imperceptiblement: il y faut grande provision d'estude, et grande precaution, pour eviter les imperfections qu'elle nous charge: ou aumoins affoiblir leur progrez. Je sens que nonobstant tous mes retranchemens, elle gaigne pied à pied sur moy: Je soustien tant que je puis, mais je ne sçay en fin, où elle me menera moy-mesme: A toutes avantures, je suis content qu'on sçache d'où je seray tombé.