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Je suis obligé à la fortune, dequoi elle m'assaut si souvent de mesme sorte d'armes: Elle m'y faço

Mais est-il rien doux, au prix de cette soudaine mutation; quand d'une douleur extreme, je viens par le vuidange de ma pierre, à recouvrer, comme d'un esclair, la belle lumiere de la santé: si libre, et si pleine: comme il advient en noz soudaines et plus aspres coliques? Y a il rien en cette douleur soufferte, qu'on puisse contrepoiser au plaisir d'un si prompt amendement? De combien la santé me semble plus belle apres la maladie, si voisine et si contigue, que je les puis recognoistre en presence l'une de l'autre, en leur plus hault appareil: où elles se mettent à l'envy, comme pour se faire teste et contrecarre! Tout ainsi que les Stoïciens disent, que les vices sont utilement introduicts, pour do

Le pis que je voye aux autres maladies, c'est qu'elles ne sont pas si griefves en leur effect, comme elles sont en leur yssue. On est un an à se ravoir, tousjours plein de foiblesse, et de crainte. Il y a tant de hazard, et tant de degrez, à se reconduire à sauveté, que ce n'est jamais faict. Avant qu'on vous aye deffublé d'un couvrechef, et puis d'une calote, avant qu'on vous aye rendu l'usage de l'air, et du vin, et de vostre femme, et des melons, c'est grand cas si vous n'estes recheu en quelque nouvelle misere. Cette-cy a ce privilege, qu'elle s'emporte tout net. Là où les autres laissent tousjours quelque impression, et alteration, qui rend le corps susceptible de nouveau mal, et se prestent la main les uns aux autres. Ceux la sont excusables, qui se contentent de leur possession sur nous, sans l'estendre, et sans introduire leur sequele: Mais courtois et gratieux sont ceux, de qui le passage nous apporte quelque utile consequence. Depuis ma colique, je me trouve deschargé d'autres accidens: plus ce me semble que je n'estois auparavant, et n'ay point eu de fiebvre depuis. J'argumente, que les vomissemens extremes et frequents que je souffre, me purgent: et d'autre costé, mes degoustemens, et les jeusnes estranges, que je passe, digerent mes humeurs peccantes: et nature vuide en ces pierres, ce qu'elle a de superflu et nuysible. Qu'on ne me die point, que c'est une medecine trop cher vendue. Car quoy tant de puans breuvages, cauteres, incisions, suées, sedons, dietes, et tant de formes de guarir, qui nous apportent souvent la mort, pour ne pouvoir soustenir leur violence, et importunité? Par ainsi, quand je suis attaint, je le prens à medecine: quand je suis exempt, je le prens à constante et entiere delivrance.

Voicy encore une faveur de mon mal, particuliere. C'est qu'à peu pres, il faict son jeu à part, et me laisse faire le mien; où il ne tient qu'à faute de courage: En sa plus grande esmotion, je l'ay tenu dix heures à cheval: Souffrez seulement, vous n'avez que faire d'autre regime: Jouez, disnez, courez, faictes cecy, et faictes encore cela, si vous pouvez; vostre desbauche y servira plus, qu'elle n'y nuira. Dictes en autant à un verolé, à un goutteux, à un hernieux. Les autres maladies, ont des obligations plus universelles; gehe

Je remarque encore cette particuliere commodité; que c'est un mal, auquel nous avons peu à deviner. Nous sommes dispensez du trouble, auquel les autres maux nous jettent, par l'incertitude de leurs causes, et conditions, et progrez. Trouble infiniement penible. Nous n'avons que faire de consultations et interpretations doctorales: les sens nous montrent que c'est, et où c'est.

Par tels argumens, et forts et foibles, comme Cicero le mal de sa vieillesse, j'essaye d'endormir et amuser mon imagination, et graisser ses playes. Si elles s'empirent demain, demain nous y pourvoyrons d'autres eschappatoires.

Qu'il soit vray. Voicy depuis de nouveau, que les plus legers mouvements espreignent le pur sang de mes reins. Quoy pour cela? je ne laisse de me mouvoir comme devant, et picquer apres mes chiens, d'une juvenile ardeur, et insolente. Et trouve que j'ay grand raison, d'un si important accident: qui ne me couste qu'une sourde poisanteur, et alteration en cette partie. C'est quelque grosse pierre, qui foulle et consomme la substance de mes roignons: et ma vie, que je vuide peu à peu: non sans quelque naturelle douceur, comme un excrement hormais superflu et empeschant. Or sens-je quelque chose qui crousle; ne vous attendez pas que j'aille m'amusant à recognoistre mon poux, et mes urines, pour y prendre quelque prevoyance e

Je ne me juge que par vray sentiment, non par discours: A quoy faire? puisque je n'y veux apporter que l'attente et la patience. Voulez vous sçavoir combien je gaigne à celà? Regardez ceux qui font autrement, et qui dependent de tant de diverses persuasions et conseils: combien souvent l'imagination les presse sans le corps. J'ay maintesfois prins plaisir estant en seurté, et delivre de ces accidens dangereux, de les communiquer aux medecins, comme naissans lors en moy: Je souffrois l'arrest de leurs horribles conclusions, bien à mon aise; et en demeurois de tant plus obligé à Dieu de sa grace, et mieux instruict de la vanité de cet art.

Il n'est rien qu'on doive tant recommander à la jeunesse, que l'activeté et la vigilance. Nostre vie, n'est que mouvement. Je m'esbransle difficilement, et suis tardif par tout: à me lever, à me coucher, et à mes repas. C'est matin pour moy que sept heures: et où je gouverne; je ne disne, ny avant onze, ny ne souppe, qu'apres six heures. J'ay autrefois attribué la cause des fiebvres, et maladies où je suis tombé, à la pesanteur et assoupissement, que le long sommeil m'avoit apporté. Et me suis tousjours repenty de me rendormir le matin. Platon veut plus de mal à l'excés du dormir, qu'à l'excés du boire. J'ayme à coucher dur, et seul; voire sans femme, à la royalle: un peu bien couvert. On ne bassine jamais mon lict; mais depuis la vieillesse, on me do