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CHAPITRE VI Des Coches

IL est bien aisé à verifier, que les grands autheurs, escrivans des causes, ne se servent pas seulement de celles qu'ils estiment estre vrayes, mais de celles encores qu'ils ne croient pas, pourveu qu'elles ayent quelque invention et beauté. Ils disent assez veritablement et utilement, s'ils disent ingenieusement. Nous ne pouvons nous asseurer de la maistresse cause, nous en entassons plusieurs, voir pour si par rencontre elle se trouvera en ce nombre,

Namque unam dicere causam,

Non satis est, verùm plures unde una tamen sit .

Me demandez vous d'où vient cette coustume, de benire ceux qui esternuent? Nous produisons trois sortes de vent; celuy qui sort par embas est trop sale: celuy qui sort par la bouche, porte quelque reproche de gourmandise: le troisiesme est l'esternuement: et parce qu'il vient de la teste, et est sans blasme, nous luy faisons cet ho

Il me semble avoir veu en Plutarque (qui est de tous les autheurs que je cognoisse, celuy qui a mieux meslé l'art à la nature, et le jugement à la science) rendant la cause du souslevement d'estomach, qui advient à ceux qui voyagent en mer, que cela leur arrive de crainte: ayant trouvé quelque raison, par laquelle il prouve, que la crainte peut produire un tel effect. Moy qui y suis fort subject, sçay bien, que cette cause ne me touche pas. Et le sçay, non par argument, mais par necessaire experience. Sans alleguer ce qu'on m'a dict, qu'il en arrive de mesme souvent aux bestes, specialement aux pourceaux, hors de toute apprehension de danger: et ce qu'un mien cognoissant, m'a tesmoigné de soy, qu'y estant fort subjet, l'envie de vomir luy estoit passee, deux ou trois fois, se trouvant pressé de frayeur, en grande tourmente: Comme à cet ancien: Pejus vexabar quam ut periculum mihi succurreret . Je n'euz jamais peur sur l'eau: comme je n'ay aussi ailleurs (et s'en est assez souvent offert de justes, si la mort l'est) qui m'ait troublé ou esblouy. Elle naist par fois de faute de jugement, comme de faute de coeur. Tous les dangers que j'ay veu, ç'a esté les yeux ouverts, la veuë libre, saine, et entiere: Encore faut-il du courage à craindre. Il me servit autrefois au prix d'autres, pour conduire et tenir en ordre, ma fuite, qu'elle fust sinon sans crainte, toutesfois sans effroy, et sans esto

Les grandes ames vont bien plus outre, et representent des fuites, non rassises seulement, et saines, mes fieres. Disons celle qu'Alcibiades recite de Socrates, son compagnon d'armes: Je le trouvay (dit-il) apres la route de nostre armee, luy et Làchez, des derniers entre les fuyans: et le consideray tout à mon aise, et en seureté, car j'estois sur un bon cheval, et luy à pied, et avions ainsi combatu. Je remarquay premierement, combien il montroit d'avisement et de resolution, au prix de Lachez: et puis la braverie de son marcher, nullement different du sien ordinaire: sa veue ferme et reglee, considerant et jugeant ce qui se passoit autour de luy: regardant tantost les uns, tantost les autres, amis et e

Je ne me sens pas assez fort pour soustenir le coup, et l'impetuosité, de cette passion de la peur, ny d'autre vehemente. Si j'en estois un coup vaincu, et atterré, je ne m'en releverois jamais bien entier. Qui auroit faict perdre pied à mon ame, ne la remettroit jamais droicte en sa place. Elle se retaste et recherche trop vifvement et profondement: Et pourtant, ne lairroit jamais ressoudre et consolider la playe qui l'auroit percee. Il m'a bien pris qu'aucune maladie ne me l'ayt encore desmise. A chasque charge qui me vient, je me presente et oppose, en mon haut appareil. Ainsi la premiere qui m'emporteroit, me mettroit sans resource. Je n'en fais point à deux. Par quelque endroict que le ravage fauçast ma levee, me voyla ouvert, et noyé sans remede. Epicurus dit, que le sage ne peut jamais passer à un estat contraire. J'ay quelque opinion de l'envers de cette sentence; que qui aura esté une fois bien fol, ne sera nulle autre fois bien sage.

Dieu me do

Or je ne puis souffrir long temps (et les souffrois plus difficilement en jeunesse) ny coche, ny littiere, ny bateau, et hay toute autre voiture que de cheval, et en la ville, et aux champs: Mais je puis souffrir la lictiere, moins qu'un coche: et par mesme raison, plus aisement une agitation rude sur l'eau, d'où se produict la peur, que le mouvement qui se senten temps calme. Par cette legere secousse, que les avirons do

Si j'en avoy la memoire suffisamment informee, je ne pleindroy mon temps à dire icy l'infinie varieté, que les histoires nous presentent de l'usage des coches, au service de la guerre: divers selon les nations, selon les siecles: de grand effect, ce me semble, et necessité. Si que c'est merveille, que nous en ayons perdu toute cognoissance. J'en diray seulement cecy, que tout freschement, du temps de nos peres, les Hongres les mirent tres-utilement en besongne contre les Turcs: en chacun y ayant un rondellier et un mousquetaire, et nombre de harquebuzes rengees, prestes et chargees: le tout couvert d'une pavesade, à la mode d'une galliotte. Ils faisoient front à leur bataille de trois mille tels coches: et apres que le canon avoit joué, les faisoient tirer, et avaller aux e

Marc Antoine fut le premier, qui se fit trainer à Rome, et une garse menestriere quand et luy, par des lyons attelez à un coche. Heliogabalus en fit dépuis autant, se disant Cibelé la mere des Dieux: et aussi par des tigres, contrefaisant le Dieu Bacchus: il attela aussi par fois deux cerfs à son coche: et une autrefois quatre chiens: et encore quatre garses nues, se faisant trainer par elles, en pompe, tout nud. L'Empereur Firmus fit mener son coche, à des Autruches de merveilleuse grandeur, de maniere qu'il sembloit plus voler que rouler. L'estrangeté de ces inventions, me met en teste cett'autre fantasie: Que c'est une espece de pusillanimité, aux monarques, et un tesmoignage de ne sentir point assez, ce qu'ils sont, de travailler à se faire valloir et paroistre, par despences excessives. Ce seroit chose excusable en pays estranger: mais parmy ses subjects, où il peut tout, il tire de sa dignité, le plus extreme degré d'ho

Le conseil qu'Isocrates do

J'aymois à me parer quand j'estoy cadet, à faute d'autre parure: et me seoit bien: Il en est sur qui les belles robes pleurent Nous avons des comtes merveilleux de la frugalité de nos Roys au tour de leurs perso

Et a lon raison d'accuser Theophrastus, qui establit en son livre Des richesses , un advis contraire: et maintient telle nature de despense, estre le vray fruit de l'opulence. Ce sont plaisirs, dit Aristote, qui ne touchent que la plus basse commune: qui s'evanouissent de la souvenance aussi tost qu'on en est rassasié: et desquels nul homme judicieux et grave ne peut faire estime. L'emploitte me sembleroit bien plus royale, comme plus utile, juste et durable, en ports, en haures, fortifications et murs: en bastiment sumptueux, en Eglises, hospitaux, colleges, reformation de ruës et chemins: en quoy le Pape Gregoire treziesme lairra sa memoire recommandable à long temps: et en quoy nostre Royne Catherine tesmoigneroit à longues a

Outre ce, il semble aux subjects spectateurs de ces triomphes, qu'on leur fait montre de leurs propres richesses, et qu'on les festoye à leurs despens. Car les peuples presument volontiers des Roys, comme nous faisons de nos valets: qu'ils doivent prendre soing de nous apprester en abondance tout ce qu'il nous faut, mais qu'ils n'y doivent aucunement toucher de leur part. Et pourtant L'Empereur Galba, ayant pris plaisir à un musicien pendant son souper, se fit porter sa boëte, et luy do