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II. Le château de Saint-Germain
J’ai parcouru les quartiers de Paris qui correspondent à mes relations, et n’ai rien trouvé qu’à des prix impossibles, augmentés par les conditions que formulent les concierges. Ayant rencontré un seul logement au-dessous de trois cents francs, on m’a demandé si j’avais un état pour lequel il fallût du jour. – J’ai répondu, je crois, qu’il m’en fallait pour l’état de ma santé.
– C’est, m’a dit le concierge, que la fenêtre de la chambre s’ouvre sur un corridor qui n’est pas bien clair.
Je n’ai pas voulu en savoir davantage, et j’ai même négligé de visiter une cave à louer, me souvenant d’avoir vu à Londres cette même inscription, suivie de ces mots: «Pour un gentleman seul.»
Je me suis dit:
– Pourquoi ne pas aller demeurer à Versailles ou à Saint-Germain? La banlieue est encore plus chère que Paris; mais, en prenant un abo
Je me suis trouvé très heureux de cette idée, et j’ai choisi Saint-Germain, qui est pour moi une ville de souvenirs. Quel voyage charmant! Asnières, Chatou, Nanterre et le Pecq; la Seine trois fois repliée, des points de vue d’îles vertes, de plaines, de bois, de chalets et de villas; à droite, les coteaux de Colombes, d’Argenteuil et de Carrières; à gauche, le mont Valérien, Bougival, Lucie
J’ai toujours aimé ce château bizarre, qui, sur le plan, a la forme d’un D gothique, en l’ho
Je revenais là, comme Ravenswood au château de ses pères; j’avais eu des parents parmi les hôtes de ce château, – il y a vingt ans déjà; – d’autres, habitants de la ville; en tout, quatre tombeaux… Il se mêlait encore à ces impressions de souvenir d’amour et de fêtes remontant à l’époque des Bourbons; – de sorte que je fus tout à tour heureux et triste tout un soir!
Un incident vulgaire vint m’arracher à la poésie de ces rêves de jeunesse. La nuit étant venue, après avoir parcouru les rues et les places, et salué des demeures aimées jadis, do
– Garçon! dis-je, il est possible que j’aime les cloportes; mais, une autre fois, si j’en demande, je désirerais qu’on me les servît à part.
Le mot n’était pas neuf, s’étant déjà appliqué à des cheveux servis sur une omelette; mais il pouvait encore être goûté à Saint-Germain. Les habitués, bouchers ou conducteurs de bestiaux, le trouvèrent agréable.
Le garçon me répondit imperturbablement:
– Monsieur, cela ne doit pas vous éto
– Garçon, lui dis-je, vous êtes plus beau que nature; et votre conversation me séduit… Mais est-il vrai que l’on fasse des réparations au château?
– Monsieur vient d’en être convaincu.
– Convaincu, grâce à votre raiso
– Les journaux en ont parlé.
Absent de France pendant longtemps, je ne pouvais contester ce témoignage. Le lendemain, je me rendis au château pour voir où en était la restauration. Le sergent-concierge me dit, avec un sourire qui n’appartient qu’à un militaire de ce grade:
– Monsieur, seulement pour raffermir les fondations du château, il faudrait neuf millions; les apportez-vous?
Je suis habitué à ne m’éto
– Je ne les ai pas sur moi, observai-je; mais cela pourrait encore se trouver!
– Eh bien, dit-il, quand vous les apporterez, nous vous ferons voir le château.
J’étais piqué; ce qui me fit retourner à Saint-Germain deux jours après. J’avais trouvé l’idée.
– Pourquoi, me disais-je, ne pas faire une souscription? La France est pauvre; mais il viendra beaucoup d’Anglais l’a
Fort de cette combinaison, je suis allé la soumettre aux habitués du Café du Marché. Ils l’ont accueillie avec enthousiasme, et, quand j’ai demandé une chope de bière sans cloportes, le garçon m’a dit:
– Oh! non, monsieur, plus aujourd’hui!
Au château, je me suis présenté la tête haute. Le sergent m’a introduit au corps de garde, où j’ai développé mon idée avec succès, et le commandant, qu’on a averti, a bien voulu permettre que l’on me fît voir la chapelle et les appartements des Stuarts, fermés aux simples curieux. Ces derniers sont dans un triste état, et, quant aux galeries, aux salles antiques et aux chambres des Médicis, il est impossible de les reco
Que la cour est belle, pourtant! ces profils sculptés, ces arceaux, ces galeries chevaleresques, l’irrégularité même du plan, la teinte rouge des façades, tout cela fait rêver aux châteaux d’Écosse et d’Irlande, à Walter Scott et à Byron. On a tant fait pour Versailles et tant pour Fontainebleau. Pourquoi donc ne pas relever ce débris précieux de notre histoire? La malédiction de Catherine de Médicis, jalouse du monument construit en l’ho