Добавить в цитаты Настройки чтения

Страница 16 из 38

M. Paul, d’accord avec ses cohéritiers, était décidé à vendre la bibliothèque, et je dus rechercher les moyens d’opérer cette vente le plus avantageusement possible. Étranger comme je le suis à tout négoce et trafic, je résolus de prendre conseil d’un libraire de mes amis. Je lui écrivis de me venir trouver à Lusance et, en attendant sa venue, je pris ma ca

Je quittai donc mes hôtes et partis en pèlerinage. Explorant tout le jour les églises et les cimetières, visitant les curés et les tabellions de village, soupant à l’auberge avec les colporteurs et les marchands de bestiaux, couchant dans des draps parfumés de lavande, je goûtai pendant une semaine entière un plaisir calme et profond à voir, tout en songeant aux morts, les vivants accomplir leur travail quotidien. Je ne fis, en ce qui concerne l’objet de mes recherches, que des découvertes médiocres qui me causèrent une joie modérée et par cela même salubre et nullement fatigante. Je relevai quelques épitaphes intéressantes et j’ajoutai à ce petit trésor plusieurs recettes de cuisine rustique dont un bon curé voulut bien me faire part.

Ainsi enrichi, je retournai à Lusance et je traversai la cour d’ho

J’entrai jusque dans le grand salon sans rencontrer perso

Je m’aperçus dans cette glace, et je puis dire que j’ai vu une fois en ma vie l’image accomplie de la stupéfaction. Mais je me do

L’objet, que j’examinais avec un éto

Enfin il fallut me rendre à l’évidence et constater que j’avais devant les yeux, la fée, la fée que j’avais rêvée l’autre soir dans la bibliothèque. C’était elle, c’était elle, vous dis-je! Elle avait encore son air de reine enfantine, son attitude souple et fière; elle tenait dans la main sa baguette de coudrier; elle portait le he

Je restais là, bras ballants et bouche bée, quand la voix de madame de Gabry réso

– Vous examinez votre fée, monsieur Bo

Cela fut vite dit; mais, en l’entendant, j’eus le temps de reco

Me tournant vers madame de Gabry, je m’aperçus qu’elle n’était pas seule. Une jeune fille vêtue de noir se tenait près d’elle. Elle avait des yeux d’un gris aussi doux que le ciel de l’Île-de-France, et d’une expression à la fois intelligente et naïve. Au bout de ses bras un peu grêles se tourmentaient deux mains déliées, mais rouges, comme il convient à des mains de jeune fille. Prise dans sa robe de mérinos, elle était tout d’un jet comme un jeune arbre, et sa grande bouche a

Mes regards allaient de la statuette à la fillette et je vis celle-ci rougir, mais franchement, largement, à flot.

– Eh bien, me dit mon hôtesse, qui, accoutumée à mes distractions, me faisait volontiers deux fois la même question, est-ce là véritablement la dame qui, pour vous voir, entra par la fenêtre que vous aviez laissée ouverte? Elle fut bien effrontée, mais vous bien imprudent. Enfin la reco

– C’est elle, répondis-je, et je la revois sur cette console telle que je la vis sur la table de la bibliothèque.

– S’il en est ainsi, répondit madame de Gabry, prenez-vous-en de cette ressemblance à vous d’abord, qui, pour un homme dénué de toute imagination, comme vous dites être, savez peindre vos songes sous de vives couleurs; à moi ensuite, qui retins et sus redire fidèlement votre rêve, et enfin et surtout à mademoiselle Jea

Madame de Gabry avait pris, en parlant, la main de la jeune fille, mais celle-ci s’était dégagée et fuyait déjà dans le parc.

Madame de Gabry la rappela:

– Jea

Mais rien ne fit, et l’effarouchée disparut dans le feuillage. Madame de Gabry s’assit dans le seul fauteuil qui restât au salon délabré.

– Je serais bien surprise, me dit-elle, si mon mari ne vous avait pas déjà parlé de Jea

Je répondis que c’était un ouvrage plein d’esprit et de goût, mais qu’il manquait à l’auteur l’étude et la pratique; qu’au reste j’étais touché au possible de ce que de jeunes doigts eussent brodé de la sorte sur le canevas d’un bonhomme et figuré d’une façon si brillante les songeries d’un vieux radoteur.

– Si je vous demande ainsi votre avis, reprit madame de Gabry, c’est que Jea

– Pour cela, non! répondis-je; et il n’y a pas trop à le regretter. Cette demoiselle est, dites-vous, affectueuse et tendre; je vous en crois et j’en crois son visage. La vie d’artiste a des entraînements qui font sortir de la règle et de la mesure les âmes généreuses. Cette jeune créature est pétrie d’une argile aimante. Mariez-la.

– Mais elle n’a pas de dot! me répondit madame de Gabry.

Puis, baissant un peu la voix:

– À vous, monsieur Bo

– La fille de Clémentine! m’écriai-je. Clémentine est morte et sa fille est morte! L’humanité se compose presque tout entière des morts, tant c’est peu que les vivants au regard de la multitude de ceux qui ont vécu. Qu’est-ce donc que cette vie, plus brève que la brève mémoire des hommes!