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Le manchon de Francine

I

Parmi les vrais bohémiens de la vraie bohème, j’ai co

J’ai co

La sœur novice qui assistait à ce monstrueux débat jeta un regard sur le cadavre et laissa échapper cette tendre et naïve parole:

– Oh! monsieur, on ne peut pas l’enterrer comme cela, ce pauvre garçon: il fait si froid, do

Le père do

– Cela coûtera moins cher, ajouta-t-il. Cette cruauté du père de Jacques me fut expliquée plus tard; il était furieux que son fils eût embrassé la carrière des arts, et sa colère ne s’était pas apaisée, même devant un cercueil. Mais je suis bien loin de mademoiselle Francine et de son manchon. J’y reviens: mademoiselle Francine avait été la première et unique maîtresse de Jacques, qui n’était pourtant pas mort vieux, car il avait à peine vingt-trois ans à l’époque où son père voulait le laisser mettre tout nu dans la terre. Cet amour m’a été conté par Jacques lui-même, alors qu’il était le numéro 14 et moi le numéro 16 de la salle Sainte-Victoire, un vilain endroit pour mourir. Ah! tenez, lecteur, avant de commencer ce récit, qui serait une belle chose si je pouvais le raconter tel qu’il m’a été fait par mon ami Jacques, laissez-moi fumer une pipe dans la vieille pipe de terre qu’il m’a do

– Rien qu’une ou deux bouffées, me disait-il, et je le laissais faire, et la sœur Sainte-Geneviève n’avait point l’air de sentir la fumée lorsqu’elle passait faire sa ronde. Ah! bo

UN LECTEUR. Eh bien, et le manchon? je ne vois pas le manchon, moi.

AUTRE LECTEUR. Et mademoiselle Francine? où est-elle donc?

PREMIER LECTEUR. Ce n’est point très gai, cette histoire!

DEUXIÈME LECTEUR. Nous allons voir la fin.

– Je vous demande bien pardon, messieurs, c’est la pipe de mon ami Jacques qui m’a entraîné dans ces digressions. Mais d’ailleurs je n’ai point juré de vous faire rire absolument. Ce n’est point gai tous les jours, la bohème.

Jacques et Francine s’étaient rencontrés dans une maison de la rue de la Tour-d’Auvergne, où ils étaient emménagés en même temps au terme d’avril.

L’artiste et la jeune fille restèrent huit jours avant d’entamer ces relations de voisinage qui sont presque toujours forcées lorsqu’on habite sur le même carré; cependant, sans avoir échangé une seule parole, ils se co

– Heureusement que j’ai encore assez de tabac pour cacher le pistolet, murmura-t-il, et il se mit à fumer.

Il fallait qu’il fût bien triste ce soir-là, mon ami Jacques, pour qu’il songeât à cacher le pistolet. C’était sa ressource suprême dans les grandes crises, et elle lui réussissait assez ordinairement. Voici en quoi consistait ce moyen: Jacques fumait du tabac sur lequel il répandait quelques gouttes de laudanum, et il fumait jusqu’à ce que le nuage de fumée qui sortait de sa pipe fût devenu assez épais pour lui dérober tous les objets qui étaient dans sa petite chambre, et surtout un pistolet accroché au mur. C’était l’affaire d’une dizaine de pipes. Quand le pistolet était entièrement devenu invisible, il arrivait presque toujours que la fumée et le laudanum combinés endormaient Jacques, et il arrivait aussi souvent que sa tristesse l’abando

– Mon Dieu, que c’est e

Mais ayant aperçu de la lumière à travers la porte de Jacques, un instant de paresse, enté sur un sentiment de curiosité, lui conseilla d’aller demander de la lumière à l’artiste. C’est un service qu’on se rend journellement entre voisins, pensait-elle, et cela n’a rien de compromettant. Elle frappa donc deux petits coups à la porte de Jacques, qui ouvrit, un peu surpris de cette visite tardive. Mais à peine eut-elle fait un pas dans la chambre, que la fumée qui l’emplissait la suffoqua tout d’abord, et, avant d’avoir pu prononcer une parole, elle glissa évanouie sur une chaise et laissa tomber à terre son flambeau et sa clef. Il était minuit, tout le monde dormait dans la maison. Jacques ne jugea point à propos d’appeler du secours; il craignait d’abord de compromettre sa voisine. Il se borna donc à ouvrir la fenêtre pour laisser pénétrer un peu d’air; et, après avoir jeté quelques gouttes d’eau au visage de la jeune fille, il la vit ouvrir les yeux et revenir à elle peu à peu. Lorsqu’au bout de cinq minutes elle eut entièrement repris co

– Maintenant que je suis remise, ajouta-t-elle, je puis rentrer chez moi.

Et elle avait déjà ouvert la porte du cabinet, lorsqu’elle s’aperçut que non seulement elle oubliait d’allumer sa chandelle, mais encore qu’elle n’avait pas la clef de sa chambre.

– Étourdie que je suis, dit-elle en approchant son flambeau du cierge de résine, je suis entrée ici pour avoir de la lumière, et j’allais m’en aller sans.