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En traversant le village de Châtillon pour retourner à Paris, Rodolphe rencontra sur la place de l'église le cortége d'un baptême, dans lequel il reco
– Que diable faites-vous par ici? demanda l'ami, très-surpris de voir Rodolphe dans ce pays.
Le poëte lui conta ce qui lui arrivait.
Le jeune homme, qui avait co
– Cette pauvre Mimi, vous lui do
– Venez donc vite, si vous voulez arriver à temps, lui dit Rodolphe en le quittant.
Quand Rodolphe arriva à l'hôpital, Mimi, qui ne pouvait pas bouger, lui sauta au cou d'un regard.
– Ah! Voilà mes fleurs, s'écria-t-elle avec le sourire du désir satisfait.
Rodolphe lui conta son pèlerinage dans cette campagne qui avait été le paradis de leurs amours.
– Chères fleurs, dit la pauvre fille en baisant les violettes. Les bonbons la rendirent très-heureuse aussi. On ne m'a donc pas tout à fait oubliée! Vous êtes bons, vous autres jeunes gens. Ah! Je les aime bien, tous tes amis, va! dit-elle à Rodolphe.
Cette entrevue fut presque gaie. Schaunard et Colline avaient rejoint Rodolphe. Il fallut que les infirmiers vinssent les faire sortir, car ils avaient dépassé l'heure de la visite.
– Adieu, dit Mimi; à jeudi, sans faute, et venez de bo
Le lendemain, en rentrant chez lui le soir, Rodolphe reçut une lettre d'un élève en médecine, interne à l'hôpital, et à qui il avait recommandé sa malade. La lettre ne contenait que deux mots:
«Mon ami, j'ai une bien mauvaise nouvelle à vous apprendre: le numéro 8 est mort. Ce matin, en passant dans la salle, j'ai trouvé le lit vide.»
Rodolphe tomba sur une chaise et ne versa pas une larme. Quand Marcel rentra le soir, il trouva son ami dans la même attitude abrutie; d'un geste, le poëte lui montra la lettre.
– Pauvre fille! dit Marcel.
– C'est étrange, fit Rodolphe, je ne sens rien là.
Est-ce que mon amour était mort en apprenant que Mimi devait mourir?
– Qui sait! murmura le peintre.
La mort de Mimi causa un grand deuil dans le cénacle de la Bohème.
Huit jours après, Rodolphe rencontra dans la rue l'interne qui lui avait a
– Ah! Mon cher Rodolphe, dit celui-ci en courant au devant du poëte, pardo
– Que voulez-vous dire? fit Rodolphe éto
– Comment, répliqua l'interne, vous ne savez pas, vous ne l'avez pas revue!
– Qui? s'écria Rodolphe.
– Elle, Mimi.
– Quoi, dit le poëte qui devint tout pâle.
– Je m'étais trompé. Quand je vous ai écrit cette affreuse nouvelle, j'avais été victime d'une erreur; et voici comment. J'étais resté absent de l'hôpital pendant deux jours. Quand j'y suis revenu, en suivant la visite, j'ai trouvé le lit de votre femme vide. J'ai demandé à la sœur où était la malade; elle m'a répondu qu'elle était morte dans la nuit. Voici ce qui était arrivé. Pendant mon absence, Mimi avait été changée de salle et de lit. Au numéro 8 qu'elle avait quitté, on avait mis une autre femme qui mourut le même jour. C'est ce qui vous explique l'erreur dans laquelle je suis tombé. Le lendemain du jour où je vous ai écrit, j'ai retrouvé Mimi dans une salle voisine. Votre absence l'avait mise dans un état horrible; elle m'a do
– Ah! mon Dieu! s'écria Rodolphe, depuis que j'ai cru que Mimi était morte, je ne suis pas rentré chez moi. J'ai couché à droite et à gauche chez mes amis. Mimi est vivante! Ô mon Dieu! Que doit-elle penser de mon absence! Pauvre fille! pauvre fille! comment est-elle? quand l'avez-vous vue?
– Avant-hier matin, elle n'allait ni mieux ni plus mal; elle est très-inquiète et vous croit malade.
– Conduisez-moi sur-le-champ à la pitié, dit Rodolphe, que je la voie.
– Attendez-moi un instant, dit l'interne quand ils furent à la porte de l'hôpital, je vais demander au directeur une permission pour vous faire entrer.
Rodolphe attendit un quart d'heure sous le vestibule. Quand l'interne revint vers lui, il lui prit la main et ne lui dit que ces mots:
– Mon ami, supposez que la lettre que je vous ai écrite il y a huit jours, était vraie.
– Quoi! dit Rodolphe en s'appuyant sur une borne, Mimi…
– Ce matin, à quatre heures.
– Menez-moi à l'amphithéâtre, dit Rodolphe, que je la voie.
– Elle n'y est plus, dit l'interne. En montrant au poëte un grand fourgon qui se trouvait dans la cour, arrêté devant un pavillon, au-dessus duquel on lisait: Amphithéâtre , il ajouta: Elle est là.
C'était, en effet, la voiture dans laquelle on transporte dans la fosse commune les cadavres qui n'ont pas été réclamés.
– Adieu, dit Rodolphe à l'interne.
– Voulez-vous que je vous accompagne? Proposa celui-ci.
– Non, fit Rodolphe en s'en allant. J'ai besoin d'être seul.