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Et Marcel, qui s'était levé, alla prendre dans le tiroir d'une commode un petit carton dans lequel se trouvaient les souvenirs de Musette, un bouquet fané, une ceinture, un bout de ruban et quelques lettres.

– Allons, dit-il au poëte, imite-moi, ami Rodolphe.

– Eh bien, soit! s'écria celui-ci en faisant un effort, tu as raison. Moi aussi, je veux en finir avec cette fille aux mains pâles.

Et s'étant levé brusquement, il alla chercher un petit paquet contenant des souvenirs de Mimi, à peu près de la même nature que ceux dont Marcel faisait silencieusement l'inventaire.

– Ça tombe bien, murmura le peintre. Ces biblots vont vous servir à rallumer le feu qui s'éteint.

– En effet, ajouta Rodolphe, il fait ici une température capable de faire éclore des ours blancs.

– Allons, dit Marcel, brûlons en duo. Tiens, voilà la prose de Musette qui flambe comme un feu de punch; elle aimait joliment ça, le punch. Allons, ami Rodolphe, attention!

Et, pendant quelques minutes, ils jetèrent alternativement dans le foyer, qui flambait clair et bruyant, le reliquaire de leur tendresse passée.

– Pauvre Musette, disait tout bas Marcel en regardant la dernière chose qui lui restait dans les mains. C'était un petit bouquet fané, composé de fleurs des champs.

– Pauvre Musette, elle était bien jolie pourtant, et elle m'aimait bien, n'est-ce pas, petit bouquet, son cœur te l'a dit le jour où tes fleurs étaient à sa ceinture? Pauvre petit bouquet, tu as l'air de me demander grâce; eh bien, oui, mais à une condition, c'est que tu ne me parleras plus d'elle, jamais! jamais!

Et, profitant d'un moment où il croyait n'être pas aperçu par Rodolphe, il glissa le bouquet dans sa poitrine.

– Tant pis, c'est plus fort que moi. Je triche, pensa le peintre.

Et comme il jetait un regard furtif sur Rodolphe, il vit le poëte qui, arrivé à la fin de son auto-da-fé, mettait sournoisement dans sa poche, après l'avoir baisé avec tendresse, un petit bo

– Allons, murmura Marcel, il est aussi lâche que moi.

Au moment même où Rodolphe allait rentrer dans sa chambre pour se coucher, on frappa deux petits coups à la porte de Marcel.

– Qui diable peut venir à cette heure? dit le peintre en allant ouvrir.

Un cri d'éto

C'était Mimi.

Comme la chambre était très-obscure, Rodolphe ne reco

– Je vous dérange, dit Mimi, qui était restée sur le seuil de la porte.

– À cette voix, Rodolphe tomba sur sa chaise comme foudroyé.

– Bonsoir, lui dit Mimi en s'approchant de lui et en lui serrant la main, qu'il se laissa prendre machinalement.

– Qui diable vous amène ici, demanda Marcel, et à cette heure?

– J'ai bien froid, reprit Mimi en frisso

– C'est bien bon, dit-elle en approchant de l'âtre ses pauvres mains violettes. À propos, Monsieur Marcel, vous ne savez pas pourquoi je suis venue chez vous?

– Ma foi non, répondit celui-ci.

– Eh bien, reprit Mimi, je venais tout simplement vous demander si vous ne pouviez pas me faire avoir une chambre dans votre maison. On vient de me renvoyer de mon hôtel garni, parce que je dois deux quinzaines, et je ne sais pas où aller.

– Diable! fit Marcel en hochant la tête, nous ne sommes pas en bo

– Comment donc faire alors? dit Mimi, c'est que je ne sais pas où aller.

– Ah çà! demanda Marcel, vous n'êtes donc plus vicomtesse?

– Ah! mon Dieu, non, plus du tout.

– Mais depuis quand?

– Depuis deux mois déjà.

– Vous avez donc fait des misères au jeune vicomte?

– Non, dit-elle en jetant un regard à la dérobée sur Rodolphe, qui s'était mis dans l'angle le plus obscur de la chambre, le vicomte m'a fait une scène à cause des vers qu'on a composés sur moi. Nous nous sommes disputés, et je l'ai envoyé promener; c'est un fier cancre, allez.

– Cependant, dit Marcel, il vous avait joliment bien nippée, à ce que j'ai vu le jour où je vous ai rencontrée.

– Eh bien! fit Mimi, figurez-vous qu'il m'a tout repris quand je suis partie, et j'ai appris qu'il avait mis mes effets en loterie dans une mauvaise table d'hôte, où il m'emmenait dîner. Il est pourtant riche ce garçon, et avec toute sa fortune il est avare comme une bûche économique, et bête comme une oie; il ne voulait pas que je boive du vin pur, et me faisait faire maigre les vendredis. Croiriez-vous qu'il voulait que je misse des bas de laine noire, sous le prétexte que c'était moins salissant que les blancs! On n'a pas idée de sa; enfin, il m'a joliment e

– Et sait-il quelle est votre position? demanda Marcel.

– Je ne l'ai pas revu ni ne veux pas le voir, répliqua Mimi, il me do

– Mais, continua Marcel, depuis que vous l'avez quitté, vous n'êtes pas restée seule.

– Ah! s'écria Mimi avec vivacité, je vous assure que si, Monsieur Marcel: j'ai travaillé pour vivre; seulement, comme l'état de fleuriste n'allait pas très-bien, j'en ai pris un autre: je pose pour les peintres. Si vous avez de l'ouvrage à me do

Et, ayant remarqué un mouvement échappé à Rodolphe qu'elle ne quittait pas des yeux tout en parlant à son ami, Mimi reprit:

– Ah! mais, je ne pose que pour la tête et pour les mains. J'ai beaucoup d'ouvrage, et on me doit de l'argent dans deux ou trois endroits; j'en recevrai dans deux jours, c'est d'ici là seulement que je voudrais trouver où loger. Quand j'aurai de l'argent, je retournerai dans mon hôtel. Tiens, dit-elle en regardant la table, où se trouvaient encore les préparatifs du modeste festin auquel les deux amis avaient à peine touché, vous allez souper?

– Non, dit Marcel, nous n'avons pas faim.

– Vous êtes bien heureux, dit naïvement Mimi.

– À cette parole, Rodolphe sentit son cœur qui se serrait horriblement; il fit à Marcel un signe que celui-ci comprit.

– Au fait, dit l'artiste, puisque vous voilà, Mimi, vous partagerez la fortune du pot. Nous nous étions proposé de faire réveillon avec Rodolphe, et puis… ma foi, nous avons pensé à autre chose.

– Alors, j'arrive bien, dit Mimi, en jetant sur la table où était la nourriture un regard presque affamé. Je n'ai pas dîné, mon cher, glissa-t-elle tout bas à l'artiste, de façon à ne pas être entendue de Rodolphe qui mordait son mouchoir pour ne pas éclater en sanglots.

– Approche-toi donc, Rodolphe, dit Marcel à son ami nous allons souper tous les trois.

– Non, dit le poëte en restant dans son coin.

– Est-ce que ça vous fâche, Rodolphe, que je sois venue ici? Lui demanda Mimi avec douceur; où voulez-vous que j'aille?

– Non, Mimi, répondit Rodolphe, seulement j'ai du chagrin à vous revoir ainsi.

– C'est ma faute, Rodolphe, je ne me plains pas; ce qui est passé est passé, n'y songez pas plus que moi. Est-ce que vous ne pourriez plus être mon ami, parce que vous avez été autre chose? Si, tout de même, n'est-ce pas? Eh bien, alors, ne me faites pas mauvaise mine, et venez vous mettre à table avec nous.

Elle se leva pour aller le prendre par la main, mais elle était si faible, qu'elle ne put faire un pas et retomba sur la chaise.

– La chaleur m'a engourdie, dit-elle, je ne peux pas me tenir.

– Allons, dit Marcel à Rodolphe, viens nous faire compagnie.

Le poëte s'approcha de la table et se mit à manger avec eux. Mimi était très-gaie.

Quand le frugal souper fut terminé, Marcel dit à Mimi:

– Ma chère enfant, il ne nous est pas possible de vous faire do

– Il faut donc que je m'en aille, dit-elle en essayant de se lever.

– Mais non! Mais non! s'écria Marcel, j'ai un autre moyen d'arranger l'affaire; vous allez rester dans ma chambre, et moi j'irai loger avec Rodolphe.

– Ça va bien vous gêner, fit Mimi, mais ça ne durera pas longtemps, deux jours.

– Comme ça, ça ne nous gêne pas du tout, répondit Marcel; ainsi, c'est entendu, vous êtes ici chez vous, et nous, nous allons nous coucher chez Rodolphe. Bonsoir, Mimi dormez bien.

– Merci, dit-elle en tendant la main à Marcel et à Rodolphe qui s'éloignaient.

– Voulez-vous vous enfermer? Lui demanda Marcel quand il fut près de la porte.

– Pourquoi? fit Mimi en regardant Rodolphe, je n'ai pas peur!

Quand les deux amis furent seuls dans la chambre voisine qui était sur le même carré, Marcel dit brusquement à Rodolphe:

– Eh bien, qu'est-ce que tu vas faire, maintenant?

– Mais, balbutia Rodolphe, je ne sais pas.

– Allons, voyons, ne lanterne pas, va rejoindre Mimi; si tu y retournes, je te prédis que demain vous serez remis ensemble.

– Si c'était Musette qui fût revenue, qu'est-ce que tu ferais, toi? demanda Rodolphe à son ami.

– Si c'était Musette qui fût dans la chambre voisine répondit Marcel, eh bien, franchement, je crois qu'il y a un quart d'heure que je ne serais plus dans celle-ci.

– Eh bien, moi, dit Rodolphe, je serai plus courageux que toi, je reste.

– Nous le verrons parbleu bien, dit Marcel qui s'était déjà mis au lit; est-ce que tu vas te coucher?

– Certes, oui, répondit Rodolphe.

Mais, au milieu de la nuit, Marcel s'étant réveillé, il s'aperçut que Rodolphe l'avait quitté.

Le matin, il alla frapper discrètement à la porte de la chambre où était Mimi.

– Entrez, lui dit-elle; et en le voyant elle lui fit signe de parler bas pour ne pas réveiller Rodolphe qui dormait. Il était assis dans un fauteuil qu'il avait approché du lit, sa tête posée sur l'oreiller à côté de celle de Mimi.