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Mais le lendemain, le plus futile prétexte amenait une querelle, et l'amour épouvanté s'enfuyait encore pour longtemps.

À la fin, cependant, Rodolphe s'aperçut que, s'il n'y prenait garde, les mains blanches de Mademoiselle Mimi l'achemineraient à un abîme où il laisserait son avenir et sa jeunesse. Un instant la raison austère parla en lui plus fort que l'amour, et il se convainquit par de beaux raiso

– Je n'ai seulement pas cherché, répondait-elle. Cependant elle avait cherché, et même avant que Rodolphe lui en eût do

Le lycéen ne tarda pas à être remplacé par un gentilhomme breton, dont Mimi s'était rapidement affolée, et elle n'eut point besoin de prier longtemps pour devenir comtesse.

Malgré les protestations de sa maîtresse, Rodolphe eut vent de quelque intrigue; il voulut savoir au juste où il en était, et un matin, après une nuit où Mademoiselle Mimi n'était point rentrée, il courut à l'endroit où il la soupço

En voyant arriver son amant, Mademoiselle Mimi parut un peu surprise. Elle s'approcha de lui, et pendant cinq minutes ils s'entretinrent fort tranquillement. Ils se séparèrent ensuite pour aller chacun de son côté. Leur rupture était résolue.

Rodolphe rentra chez lui et passa la journée à disposer en paquets tous les objets qui appartenaient à sa maîtresse.

Durant la journée qui suivit le divorce avec sa maîtresse, Rodolphe reçut la visite de plusieurs de ses amis, et leur a

– Nous vous aiderons, ô mon poëte, lui disait un de ceux-là qui avaient été le plus souvent témoins des misères que Mademoiselle Mimi faisait endurer à Rodolphe, nous vous aiderons à retirer votre cœur des mains d'une méchante créature. Et avant peu, vous serez guéri et tout prêt à courir avec une autre Mimi les verts chemins d'Aulnay et de Fontenay-Aux-Roses.

Rodolphe jura que c'en était à jamais fini avec les regrets et le désespoir. Il se laissa même entraîner au bal Mabille, où sa tenue délabrée représentait fort mal l'Écharpe d'Iris qui lui procurait ses entrées dans ce beau jardin de l'élégance et du plaisir. Là, Rodolphe rencontra de nouveaux amis avec qui il se mit à boire. Il leur raconta son malheur avec un luxe inouï de style bizarre, et, pendant une heure, il fut étourdissant de verve et d'entrain.

– Hélas! Hélas! disait le peintre Marcel en écoutant la pluie d'ironie qui tombait des lèvres de son ami, Rodolphe est trop gai, beaucoup trop!

– Il est charmant! répondit une jeune femme à qui Rodolphe venait d'offrir un bouquet; et, quoiqu'il soit bien mal mis, je me compromettrais volontiers à danser avec lui s'il voulait m'inviter.

Deux secondes après, Rodolphe, qui avait entendu, était à ses pieds, enveloppant son invitation dans un discours aromatisé de tout le musc et de tout le benjoin d'une galanterie à 80 degrés Richelieu. La dame demeura confondue devant ce langage pailleté d'adjectifs éblouissants et de phrases contournées et régence au point de faire rougir le talon des souliers de Rodolphe, qui n'avait jamais été si gentilhomme vieux-sèvres. L'invitation fut acceptée.

Rodolphe ignorait les premiers éléments de la danse à l'égal de la règle de trois. Mais il était mû par une audace extraordinaire, il n'hésita point à partir, et improvisa une danse inco

– Hélas! disait le peintre Marcel, cela est incroyable, Rodolphe me fait l'effet d'un homme ivre qui se roule sur des verres cassés.

– En attendant, il a fait une femme superbe, dit un autre en voyant Rodolphe s'enfuir avec sa danseuse.

– Tu ne nous dis pas adieu, lui cria Marcel.

Rodolphe revint près de l'artiste et lui tendit la main. Cette main était froide et humide comme une pierre mouillée.

La compagne de Rodolphe était une robuste fille de Normandie, riche et abondante nature dont la rusticité native s'était promptement aristocratisée au milieu des élégances du luxe parisien et d'une vie oisive. Elle s'appelait quelque chose comme Madame Séraphine, et était pour le présent la maîtresse d'un rhumatisme, pair de France, qui lui do

– Lucile, dit-elle à sa femme de chambre, je n'y suis pour perso

– Vous ne me regardez plus, tu ne me parles pas, dit Séraphine éto

– Allons, se dit Rodolphe en relevant la tête, regardons-la, mais pour l'art seulement!

Et quel spectacle, alors, vint s'offrir à ses yeux!

comme dit Raoul dans les Huguenots .

Séraphine était admirablement belle. Ces formes splendides, habilement mises en valeur par la coupe de son vêtement, s'accusaient pleines de provocations sous la demi-transparence du tissu. Toutes les impérieuses fièvres du désir se réveillèrent dans les veines de Rodolphe. Un chaud brouillard lui monta au cerveau. Il regarda Séraphine autrement que pour l'amour de l'esthétique, et il prit dans ses mains celles de la belle fille. C'étaient des mains sublimes et qu'on eût dites sculptées par les plus purs ciseaux de la statuaire grecque. Rodolphe sentit ces admirables mains trembler dans les sie

– Cette créature est un véritable instrument de plaisir un vrai stradivarius d'amour, et dont je jouerais volontiers un air, pensa Rodolphe, en entendant d'une manière très-distincte le cœur de la belle battre une charge précipitée.

En ce moment un coup de so

– Lucile, Lucile, cria Séraphine à la femme de chambre, n'ouvrez pas; dites que je ne suis pas rentrée.

À ce nom de Lucile, deux fois prononcé, Rodolphe se leva.

– Je ne veux vous gêner en aucune façon, madame, dit-il. D'ailleurs, il faut que je me retire, il est tard et je demeure très-loin. Bonsoir.

– Comment! Vous partez? s'écria Séraphine en redoublant les éclairs de son regard. Pourquoi, pourquoi partez-vous? Je suis libre, vous pouvez rester.

– Impossible, répondit Rodolphe. J'attends ce soir un de mes parents qui arrive de la terre de feu, et il me déshériterait s'il ne me trouvait pas chez moi pour lui faire accueil. Bonsoir, madame!

Et il sortit avec précipitation. La servante alla l'éclairer, Rodolphe leva par mégarde les yeux sur elle. C'était une jeune femme frêle, à la démarche lente; son visage très-pâle faisait une charmante antithèse avec sa chevelure noire ondée naturellement, et ses yeux bleus semblaient deux étoiles malades.

– Ô fantôme! s'écria Rodolphe en se reculant devant celle qui portait le nom et le visage de sa maîtresse.

Arrière! Que me veux-tu? Et il descendit l'escalier à la hâte.

– Mais, madame, dit la camériste en rentrant chez sa maîtresse, il est fou, ce jeune homme!

– Dis donc qu'il est bête, répondit Séraphine exaspérée.

Oh! ajouta-t-elle, ça m'apprendra à être bo

Léon était le gentilhomme dont la tendresse portait une cravache.

Rodolphe courut chez lui tout d'une haleine. En montant l'escalier, il trouva son chat écarlate qui poussait des gémissements plaintifs. Il y avait deux nuits déjà qu'il appelait ainsi vainement son amante infidèle, une Manon Lescaut angora, partie en campagne galante sur les toits d'alentour. Pauvre bête, dit Rodolphe, toi aussi on t'a trompé; ta Mimi t'a fait des traits comme la mie