Страница 7 из 58
«- Seigneur, répondit le rat, il est si vieux qu’il ne peut plus marcher.
«- Va donc le chercher toi-même, répondit le magicien.
«Et le rat de rebrousser chemin vers la ville, d’où il ne tarda pas à revenir avec un vieux gros rat blanc, si vieux, si vieux, qu’il ne pouvait pas se traîner. Les deux rats, le plus jeune tirant le vieux par la queue, entrèrent tous les deux dans le Weser, et se noyèrent comme leurs camarades. Ainsi la ville en fut purgée. Mais, quand l’étranger se présenta à l’hôtel de ville pour toucher la récompense promise, le bourgmestre et les bourgeois, réfléchissant qu’ils n’avaient plus rien à craindre des rats, et s’imaginant qu’ils auraient bon marché d’un homme sans protecteurs, n’eurent pas honte de lui offrir dix ducats, au lieu des cent qu’ils avaient promis. L’étranger réclama: on le renvoya bien loin. Il menaça alors de se faire payer plus cher s’ils ne maintenaient leur marché au pied de la lettre. Les bourgeois firent de grands éclats de rire à cette menace, et le mirent à la porte de l’hôtel de ville, l’appelant beau preneur de rats ! injure que répétèrent les enfants de la ville en le suivant par les rues jusqu’à la Porte-Neuve. Le vendredi suivant, à l’heure de midi, l’étranger reparut sur la place du marché, mais cette fois avec un chapeau de couleur de pourpre, retroussé d’une façon toute bizarre. Il tira de son sac une flûte bien différente de la première et, dès qu’il eut commencé d’en jouer, tous les garçons de la ville, depuis six jusqu’à quinze ans, le suivirent et sortirent de la ville avec lui.
– Et les habitants de Hameln les laissèrent emmener? demandèrent à la fois Mergy et le capitaine.
– Ils les suivirent jusqu’à la montagne de Koppenberg, auprès d’une caverne qui est maintenant bouchée. Le joueur de flûte entra dans la caverne et tous les enfants avec lui. On entendit quelque temps le son de la flûte; il diminua peu à peu; enfin l’on n’entendit plus rien. Les enfants avaient disparu, et depuis lors on n’en eut jamais de nouvelles.
La bohémie
Le reître qui avait été à Hameln prit la parole et dit:
– Cette histoire est si vraie que, lorsqu’on parle à Hameln de quelque événement extraordinaire, on dit: Cela est arrivé vingt ans, dix ans, après la sortie de nos enfants… le seigneur de Falkenstein pilla noire ville soixante ans après la sortie de nos enfants.
– Mais le plus curieux, dit Mila, c’est que dans le même temps parurent, bien loin de là, en Transylvanie, certains enfants qui parlaient bon allemand, et qui ne pouvaient dire d’où ils venaient. Ils se marièrent dans le pays, apprirent leur langue à leurs enfants, d’où il vient que jusqu’à ce jour on parle allemand en Transylvanie.
– Et ce sont les enfants de Hameln que le diable a transportés là? dit Mergy en souriant.
– J’atteste le ciel que cela est vrai! s’écria le capitaine, car j’ai été en Transylvanie, et je sais bien qu’on y parle allemand, tandis que tout autour on parle un baragouin infernal.
L’attestation du capitaine valait bien des preuves comme il y en a tant.
– Voulez-vous que je vous dise votre bo
– Volontiers, répondit Mergy en passant son bras gauche autour de la taille de la bohémie
Mila la considéra pendant près de cinq minutes sans parler, et secouant la tête de temps en temps d’un air pensif.
– Eh bien! ma belle enfant, aurai-je pour ma maîtresse la femme que j’aime?
Mila lui do
– Heur et malheur, dit-elle; des yeux bleus font du mal et du bien. Le pire, c’est que tu verseras ton propre sang.
Le capitaine et le cornette gardèrent le silence, paraissant tous les deux également frappés de la fin sinistre de cette prophétie.
L’aubergiste faisait de grands signes de croix à l’écart.
– Je croirai que tu es véritablement sorcière, dit Mergy, si tu peux me dire ce que je vais faire tout à l’heure.
– Tu m’embrasseras, murmura la bohémie
– Elle est sorcière! s’écria Mergy en l’embrassant.
Il continua de s’entretenir tout bas avec la jolie devineresse, et leur bo
Trudchen prit une espèce de mandoline, qui avait à peu près toutes ses cordes, et préluda par une marche allemande. Alors, voyant autour d’elle un cercle de soldats, elle chanta dans sa langue une chanson de guerre, dont les reîtres ento
Tous les reîtres, échauffés par le vin, commencèrent à chanter chacun un air différent. Les plats et les bouteilles couvrirent le plancher de leurs débris; la cuisine retentit de jurements, d’éclats de rire et de chansons bachiques. Bientôt cependant, le sommeil, favorisé par les fumées du vin d’Orléans, fît sentir son pouvoir à la plupart des acteurs de cette scène de bacchanale. Les soldats se couchèrent sur des bancs; le cornette, après avoir posé deux sentinelles à la porte, se traîna en chancelant vers son lit; le capitaine, qui avait observé encore le sentiment de la ligne droite, monta sans louvoyer l’escalier qui conduisait à la chambre de l’hôte, qu’il avait choisie comme la meilleure de l’auberge.
Et Mergy et la bohémie