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– Monsieur de Mergy, si vous n’êtes pas trop pressé pour dîner, voulez-vous faire un tour avec moi au bastion de l’Évangile? je voudrais voir où en sont les travaux de l’e
Il salua le maire, et, s’appuyant sur l’épaule du jeune homme, il se dirigea vers le bastion.
Ils y entrèrent un instant après qu’un coup de canon venait d’y blesser mortellement deux hommes. Les pierres étaient toutes teintes de sang, et l’un de ces malheureux criait à ses camarades de l’achever. La Noue, le coude appuyé sur le parapet, regarda quelque temps en silence les travaux des assiégeants; puis, se tournant vers Mergy:
– C’est une horrible chose que la guerre, dit-il; mais une guerre civile!… Ce boulet a été mis dans un canon français; c’est un Français qui a pointé le canon et qui vient d’y mettre le feu, et ce sont deux Français que ce boulet a tués. Encore n’est-ce rien que de do
– Ah! Monsieur, si vous aviez vu les massacres du 24 août! si vous aviez passé la Seine quand elle était rouge et qu’elle portait plus de cadavres qu’elle ne charrie de glaçons après une débâcle, vous éprouveriez peu de pitié pour les hommes que nous combattons. Pour moi, tout papiste est un massacreur…
– Ne calomniez pas votre pays. Dans cette armée qui nous assiège, il y a bien peu de ces monstres dont vous parlez. Les soldats sont des paysans français qui ont quitté leur charrue pour gagner la paye du roi; et les gentilshommes et les capitaines se battent parce qu’ils ont prêté serment de fidélité au roi. Ils ont raison peut-être, et nous… nous sommes des rebelles.
– Rebelles! Notre cause est juste; nous combattons pour notre religion et pour notre vie.
– À ce que je vois, vous avez peu de scrupules; vous êtes heureux, monsieur de Mergy.
Et le vieux guerrier soupira profondément.
– Morbleu! dit un soldat qui venait de décharger son arquebuse, il faut que ce diable-là ait un charme! depuis trois jours je le vise, et je n’ai pu parvenir à le toucher.
– Qui donc? demanda Mergy.
– Tenez, voyez-vous ce gaillard en pourpoint blanc, avec l’écharpe et la plume rouges? Tous les jours il se promène à notre barbe, comme s’il voulait nous narguer. C’est une de ces épées dorées de la cour qui est venue avec Monsieur.
– La distance est grande, dit Mergy; n’importe, do
Un soldat remit son arme entre ses mains. Mergy appuya le bout du canon sur le parapet, et visa avec beaucoup d’attention.
– Si c’était quelqu’un de vos amis? dit La Noue. Pourquoi voulez-vous faire ainsi le métier d’arquebusier?
Mergy allait presser la détente; il retint son doigt.
– Je n’ai point d’amis parmi les catholiques, excepté un seul… Et celui-là, j’en suis bien sûr, n’est pas à nous assiéger.
– Si c’était votre frère qui, ayant accompagné Monsieur…
L’arquebuse partit; mais la main de Mergy avait tremblé, et l’on vit s’élever la poussière produite par la balle assez loin du promeneur. Mergy ne croyait pas que son frère pût être dans l’armée catholique; cependant il fut bien aise de voir qu’il avait manqué son coup. La perso