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En parlant ainsi, il étendit la main jusqu’à la figure du jeune homme, et de l’extrémité de ses doigts il effleura sa moustache.

La figure du moine devint d’un pourpre éclatant. D’une main il prit au collet l’insolent bandit, et de l’autre, s’armant de la bouteille, il la lui cassa sur la tête si violemment, que Bois-Dauphin tomba sans co

– À merveille, mon brave! s’écria le vieux moine, et pour un calotin [65] vous faites rage.

– Bois-Dauphin est mort! s’écrièrent les trois brigands, voyant que leur camarade ne remuait pas. Ah! coquin! nous allons vous étriller d’importance.

Ils saisirent leurs épées; mais le jeune moine, avec une agilité surprenante, retroussa les longues manches de sa robe, s’empara de l’épée de Bois-Dauphin, et se mit en garde de la manière du monde la plus résolue. En même temps, son confrère tira de dessous sa robe un poignard dont la lame avait bien dix-huit pouces de long, et se mit à ses côtés d’un air tout aussi martial.

– Ah! canaille! s’écriait-il, nous allons vous apprendre à vivre, et vous montrer votre métier!

En un tour de main, les trois coquins, blessés ou désarmés, furent obligés de sauter par la fenêtre.

– Jésus! Maria! s’écria dame Marguerite, quels champions êtes-vous, mes bons pères! Vous faites ho

– Oh! que ne

Et il s’approcha du blessé, qu’il prit par les cheveux, et lui posant son poignard tranchant sur la gorge, il se mettait en devoir de lui couper la tête si dame Marguerite et son compagnon ne l’eussent retenu.

– Que faites-vous, bon Dieu! disait Marguerite; tuer un homme! et un homme qui passe pour bon catholique encore, quoiqu’il n’en soit rien, comme il paraît assez!

– Je suppose, dit le jeune moine à son confrère, que des affaires pressantes vous appellent, ainsi que moi, à Beaugency. Voici le bateau. Hâtons-nous.

– Vous avez raison, et je vous suis.

Il essuya son poignard et le remit sous sa robe. Alors, les deux vaillants moines, ayant payé leur écot, s’acheminèrent de compagnie vers la Loire, laissant Bois-Dauphin entre les mains de Marguerite, qui commença par se payer en fouillant dans ses poches; puis elle s’occupa d’ôter les morceaux de verre dont sa figure était hérissée, afin de le panser suivant toutes les règles usitées par les commères en cas semblables.

– Je me trompe fort, ou je vous ai vu quelque part, dit le jeune homme au vieux cordelier.

– Le diable m’emporte si votre figure m’est inco

– Quand je vous ai vu pour la première fois, il me semble que vous ne portiez pas cette robe.

– Et vous-même?

– Vous êtes le capitaine…

– Dietrich Hornstein, pour vous servir; et vous êtes le jeune gentilhomme avec qui j’ai dîné près d’Étampes.

– Lui-même.

– Vous vous nommez Mergy?

– Oui; mais ce n’est pas mon nom maintenant. Je suis le frère Ambroise.

– Et moi, le frère Antoine d’Alsace.

– Bien. Et vous allez?

– À la Rochelle, si je puis.

– Et moi de même.

– Je suis charmé de vous rencontrer… Mais, diable! vous m’avez furieusement embarrassé avec votre bénédicité. C’est que je n’en savais pas un mot; et moi, je vous prenais d’abord pour un moine, s’il en fut.

– Je vous en présente autant.

– D’où vous êtes-vous échappé?

– De Paris. Et vous?

– D’Orléans. J’ai été contraint de me cacher pendant plus de huit jours. Mes pauvres reîtres… mon cornette… sont dans la Loire.

– Et Mila?

– Elle s’est faite catholique.

– Et mon cheval, capitaine?

– Ah! votre cheval? J’ai fait passer par les verges le coquin de trompette qui vous l’avait dérobé… Mais, ne sachant où vous demeuriez, je n’ai pu vous le faire rendre… Et je le gardais en attendant l’ho

– Chut! ne prononcez pas ce mot si haut. Allons, capitaine, unissons nos fortunes, et entr’aidons-nous comme nous venons de faire tout à l’heure.

– Je le veux; et, tant que Dietrich Hornstein aura une goutte de sang dans les veines, il sera prêt à jouer des couteaux à vos côtés.

Ils se serrèrent la main avec joie.

– Ah çà! dites-moi donc quelle diable d’histoire me sont-ils venus conter avec leurs poules et leur Carpam , Percham ? Il faut convenir que ces papaux sont une bien sotte espèce.

– Chut! encore une fois: voici le bateau.

En devisant de la sorte, ils arrivèrent au bateau où ils s’embarquèrent. Ils parvinrent à Beaugency sans autre accident que celui de rencontrer plusieurs cadavres de leurs coreligio

Un batelier remarqua que la plupart étaient couchés sur le dos.

– Ils demandent vengeance au ciel, dit tout bas Mergy au capitaine des reîtres.

Dietrich lui serra la main sans répondre.

[65] Ecclésiastique, prêtre.

[66] Bouger, remuer.