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VIII – DIALOGUE ENTRE LE LECTEUR ET L’AUTEUR

– Ah! monsieur l’auteur, quelle belle occasion vous avez là de faire des portraits! Et quels portraits! Vous allez nous mener au château de Madrid, au milieu de la cour. Et quelle cour! Vous allez nous la montrer, cette cour franco-italie

– Hélas! monsieur le lecteur, que me demandez-vous là? Je voudrais bien avoir le talent d’écrire une Histoire de France; je ne ferais pas de contes. Mais, dites-moi, pourquoi voulez-vous que je vous fasse faire co

– Mais vous avez le plus grand tort de ne pas leur y faire jouer un rôle. Comment! vous me transportez à l’a

– Mais, monsieur le lecteur, il n’y avait pas de salon au château de Madrid; les salons…

– Eh bien! La grande salle était remplie d’une foule… etc. parmi laquelle on distinguait… etc.

– Que voulez-vous qu’on y distingue?

– Parbleu! primo , Charles IX!…

– Secundo ?

– Halte-là. Décrivez d’abord son costume, puis vous me ferez son portrait physique, enfin son portrait moral. C’est aujourd’hui la grande route pour tout faiseur de romans.

– Son costume? Il était habillé en chasseur, avec un grand cor de chasse passé autour du cou.

– Vous êtes bref.

– Pour son portrait physique… attendez… Ma foi, vous feriez bien d’aller voir son buste au musée d’Angoulême. Il est dans la seconde salle, N° 98.

– Mais, monsieur l’auteur, j’habite la province; voulez-vous que j’aille à Paris tout exprès pour voir un buste de Charles IX?

– Eh bien! figurez-vous un jeune homme assez bien fait, la tête un peu enfoncée dans les épaules; il tend le cou et présente gauchement le front en avant; le nez est un peu gros; il a les lèvres minces, longues, et la supérieure très avancée; son teint est blafard, et ses gros yeux verts ne regardent jamais la perso

– Et Catherine de Médicis?

– Catherine de Médicis? Diable! je n’y songeais pas. Je pense que c’est pour la dernière fois que j’écris son nom: c’est une grosse femme encore fraîche, et, comme l’on dit, assez bien pour son âge, avec un gros nez et des lèvres pincées, comme quelqu’un qui éprouve les premières atteintes du mal de mer. Elle a les yeux à demi fermés, elle bâille à tout moment; sa voix est monotone, et dit du même ton: Ah! qui me délivrera de cette odieuse Béarnaise? et: Madeleine, do

– Bon! mais faites-lui dire quelques mots un peu plus remarquables. Elle vient de faire empoiso

– Point du tout; car, si cela paraissait, où serait cette dissimulation si célèbre? Ce jour-là, d’ailleurs, j’en suis bien informé, elle ne parla d’autre chose que du temps.

– Et Henri IV? et Marguerite de Navarre? Montrez-nous Henri, brave, galant, bon surtout; Marguerite glissant un billet doux dans la main d’un page, pendant que Henri, de son côté, serre la main d’une des dames d’ho

– Pour Henri IV, perso

– Et Marguerite?

– Elle était un peu indisposée, et gardait la chambre.

– Bo

– Ma foi, vous les co

– Ah! je m’aperçois que je ne trouverai pas dans votre roman ce que j’y cherchais.

– Je le crains.

[46] Valet de chasse qui, à cheval, conduit la meute et poursuit la bête.