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– Olivier de Basseville publie partout qu’il te doit la vie.
– Me voilà donc catholique, dit George d’une voix plus calme. Cette religion en vaut bien une autre; car il est si facile de s’accommoder avec leurs dévots! Vois cette jolie madone: c’est le portrait d’une courtisane italie
Mergy ne put s’empêcher de sourire.
– Tiens, poursuivit le capitaine, voici mon livre de messe.
Et il lui jeta un livre richement relié, dans un étui de velours, et garni de fermoirs d’argent.
– Ces Heures -là [34] valent bien vos livres de prières.
Mergy lut sur le dos: HEURES DE LA COUR.
– La reliure est belle, dit-il d’un air de dédain en lui rendant le livre.
Le capitaine l’ouvrit et le lui rendit en souriant. Mergy lut alors sur la première page: La vie très horrifique du grand Gargantua, père de Pantagruel, composée par Mr Alcofribas, abstracteur de Quintessence.
– Parlez-moi de ce livre-là! s’écria le capitaine en riant; j’en fais plus de cas que de tous les volumes de théologie de la bibliothèque de Genève.
– L’auteur de ce livre était, dit-on, rempli de savoir, mais il n’en a pas fait un bon usage.
George haussa les épaules.
– Lis ce volume, Bernard, et tu m’en parleras après.
Mergy prit le livre, et, après un moment de silence:
– Je suis fâché qu’un dépit, légitime sans doute, t’ait entraîné à une action dont tu te repentiras sans doute un jour.
Le capitaine baissait la tête, et ses yeux, attachés sur le tapis étendu sous ses pieds, semblaient en observer curieusement les dessins.
– Ce qui est fait est fait, dit-il enfin, avec un soupir étouffé. Peut-être un jour reviendrai-je au prêche, ajouta-t-il plus gaiement. Mais brisons la, et promets-moi de ne plus me parler de choses si e
– J’espère que tes propres réflexions feront plus que mes discours ou mes conseils.
– Soit! Maintenant, causons de tes affaires. Quelle est ton intention en venant à la cour?
– J’espère être assez recommandé à Mr l’Amiral pour qu’il veuille bien m’admettre au nombre de ses gentilshommes dans la campagne qu’il va faire dans les Pays-Bas.
– Mauvais plan. Il ne faut pas qu’un gentilhomme qui se sent du courage et une épée au côté, pre
– Je n’ai aucune envie d’entrer dans la garde du roi: j’y ai même quelque répugnance. J’aimerais assez être soldat dans ta compagnie, mais mon père veut que je fasse ma première campagne sous les ordres immédiats de Mr l’Amiral.
– Je vous reco
– Comment?
– Oui, le roi est toujours à vos yeux un tyran, un Achab , comme vos ministres l’appellent. Que dis-je? ce n’est pas même un roi, c’est un usurpateur, et, depuis la mort de Louis XIII [36] , c’est Gaspard Ier [37] qui est roi de France.
– Quelle mauvaise plaisanterie!
– Au reste, autant vaut que tu sois au service du vieux Gaspard qu’à celui du duc de Guise; Mr de Châtillon est un grand capitaine, et tu apprendras la guerre sous lui.
– Ses e
– Il y a cependant certain coup de pistolet qui lui a fait du tort.
– Il a prouvé son i
– Co
– Ce n’était, à tout prendre, qu’un homme de moins dans l’armée catholique.
– Oui, mais quel homme! N’as-tu donc jamais entendu ces deux mauvais vers, qui valent bien ceux de vos psaumes:
Autant que sont de Guisards demeurés,
Autant a-t-il en France de Mérés [38] .
– Menaces puériles, et rien de plus. La kyrielle serait longue si j’avais à raconter tous les crimes des Guisards. Au reste, pour rétablir la paix en France, si j’étais roi, voici ce que je voudrais faire. Je ferais mettre les Guises et les Châtillons dans un bon sac de cuir, bien cousu et bien noué; puis je les ferais jeter à l’eau avec cent mille livres de fer, de peur qu’un seul n’échappât. Il y a encore quelques gens que je voudrais mettre dans mon sac.
– Il est heureux que tu ne sois pas roi de France.
La conversation prit alors une tournure plus enjouée: on abando
Le son des cloches d’une église voisine se fit entendre.
– Parbleu! s’écria le capitaine, allons au sermon ce soir; je suis persuadé que tu t’y amuseras.
– Je te remercie, mais je n’ai pas encore envie de me convertir.
– Viens, mon cher, c’est le frère Lubin qui doit prêcher aujourd’hui. C’est un cordelier qui rend la religion si plaisante, qu’il y a toujours foule pour l’entendre. D’ailleurs toute la cour doit aller à Saint-Jacques aujourd’hui; c’est un spectacle à voir.
– Et madame la comtesse de Turgis y sera-t-elle, et ôtera-t-elle son masque?
– À propos, elle ne peut manquer de s’y trouver. Si tu veux te mettre sur les rangs, n’oublie pas, à la sortie du sermon, de te placer à la porte de l’église pour lui offrir de l’eau bénite. Voilà encore une des jolies cérémonies de la religion catholique. Dieu! que de jolies mains j’ai pressées, que de billets doux j’ai remis en offrant de l’eau bénite!
– Je ne sais, mais cette eau bénite me dégoûte tellement, que je crois que pour rien au monde je n’y mettrais le doigt.
Le capitaine l’interrompit par un éclat de rire. Tous deux prirent leurs manteaux et se rendirent à l’église Saint-Jacques, où déjà bo
[34] Prières publiques et prolongées devant le Saint Sacrement exposé, que l’on fait dans des circonstances extraordinaires ou, chaque a
[35] Corps de cavalerie légère de la garde du roi.
[36] Le prince Louis de Condé, qui fut tué à Jarnac, était accusé par les catholiques de prétendre à la couro
[37] L’amiral de Coligny s’appelait Gaspard.
[38] Poltrot de Méré, qui assassina le grand François, duc de Guise, au siège d’Orléans, au moment où la ville était réduite aux abois. Coligny se justifia assez mal d’avoir commandé ou de n’avoir pas empêché ce meurtre.