Страница 12 из 58
«Et il le tua bravement.
Chacun cita quelque trait de l’adresse ou de l’humeur querelleuse de Comminges. La matière était riche, et cette conversation les mena jusque hors de la ville, à l’auberge du More , située au milieu d’un jardin, près du lieu où l’on bâtissait le château des Tuileries, commencé en 1564. Plusieurs gentilshommes de la co
Mergy, qui était assis à côté du baron de Vaudreuil, observa qu’en se mettant à table il faisait le signe de la croix et récitait à voix basse et les yeux fermés cette singulière prière:
Laus Deo, pax vivis, salutem defunctis, et beata viscera virginis Mariœ quœ portaverunt Æterni Patris Filium!
– Savez-vous le latin, monsieur le baron? lui demanda Mergy.
– Vous avez entendu ma prière?
– Oui, mais je vous avoue que je ne l’ai pas comprise.
– À vous dire le vrai, je ne sais pas le latin et je ne sais pas trop ce que cette prière veut dire; mais je la tiens d’une de mes tantes qui s’en est toujours bien trouvée, et, depuis que je m’en sers, je n’en ai vu que de bons effets.
– J’imagine que c’est un latin catholique, et par conséquent nous autres huguenots nous ne pouvons le comprendre!
– À l’amende! à l’amende! s’écrièrent à la fois Béville et le capitaine George.
Mergy s’exécuta de bo
La conversation devint bientôt plus bruyante, et Mergy profita du tumulte pour causer avec son frère sans faire attention à ce qui se passait autour d’eux.
Ils furent tirés de leur aparté à la fin du second service par le bruit d’une violente dispute qui venait de s’élever entre deux des convives.
– Cela est faux! s’écriait le chevalier de Rheincy.
– Faux! dit Vaudreuil.
Et sa figure, naturellement pâle, devint comme celle d’un cadavre.
– C’est la plus vertueuse, la plus chaste des femmes, continua le chevalier.
Vaudreuil sourit amèrement et leva les épaules. Tous les yeux étaient fixés sur les acteurs de cette scène, et chacun paraissait vouloir attendre, dans une neutralité silencieuse, le résultat de la querelle.
– De quoi s’agit-il, Messieurs, et pourquoi ce tapage? demanda le capitaine, prêt, selon son ordinaire, à s’opposer à toute infraction à la paix.
– C’est notre ami le chevalier, répondit tranquillement Béville, qui veut que la Sillery, sa maîtresse, soit chaste, tandis que notre ami de Vaudreuil prétend qu’elle ne l’est pas et qu’il en sait quelque chose.
Un éclat de rire général qui s’éleva aussitôt augmenta la fureur de Rheincy, qui regardait avec des yeux enflammés de rage et Vaudreuil et Béville.
– Je pourrais montrer de ses lettres, dit Vaudreuil.
– Je t’en défie! s’écria le chevalier.
– Eh bien! dit Vaudreuil avec un ricanement très méchant, je vais lire une de ses lettres à ces messieurs. Ils co
Et il parut fouiller dans sa poche comme pour en tirer une lettre.
– Tu mens par ta gorge!
La table était trop large pour que la main du baron pût toucher son adversaire, assis en face de lui.
– Je te ferai avaler le démenti jusqu’à ce qu’il t’étouffe! s’écria-t-il.
Et il accompagna cette phrase d’une bouteille qu’il lui jeta à la tête. Rheincy évita le coup, et, renversant sa chaise dans sa précipitation, il courut à la muraille pour décrocher son épée qu’il y avait suspendue.
Tous se levèrent, quelques-uns pour s’entremettre dans la querelle, la plupart pour éviter d’en être trop près.
– Arrêtez, fous que vous êtes! s’écria George en se mettant devant le baron, qui se trouvait le plus près de lui. Deux amis doivent-ils se battre pour une misérable femmelette?
– Une bouteille jetée à la tête vaut un soufflet, dit froidement Béville. Allons, chevalier, mon ami, flamberge [29] au vent!
– Franc jeu! franc jeu! faites place! s’écrièrent presque tous les convives.
– Holà! Jea
– Vous battrez-vous dans une salle à manger comme des lansquenets [30] ivres? poursuivit George, qui voulait gagner du temps; attendez au moins à demain.
– À demain, soit, dit Rheincy.
Et il fit le mouvement de remettre son épée dans le fourreau.
– Il a peur, notre petit chevalier, dit Vaudreuil.
Aussitôt Rheincy, écartant tous ceux qui se trouvaient sur son passage, s’élança sur son e
– Un e
Et il lui arracha son épée.
La blessure du chevalier n’était pas mortelle, mais il perdait beaucoup de sang. On le pansa du mieux qu’on put avec des serviettes, pendant qu’avec un rire forcé il disait entre ses dents que l’affaire n’était pas finie.
Bientôt parurent un moine et un chirurgien, qui se disputèrent quelque temps le blessé. Le chirurgien cependant eut la préférence, et, ayant fait transporter son patient au bord de la Seine, il le conduisit dans un bateau jusqu’à son logement.
Tandis que les valets emportaient les serviettes ensanglantées et lavaient le pavé rougi, d’autres mettaient de nouvelles bouteilles sur la table. Pour Vaudreuil, après avoir soigneusement essuyé son épée, il la remit au fourreau, fit le signe de la croix, puis, avec un imperturbable sang-froid, il tira de sa poche une lettre, réclama le silence, et lut la première ligne, qui excita de grands éclats de rire:
«Mon chéri, cet e
– Sortons d’ici, dit Mergy à son frère avec une expression de dégoût.
Le capitaine le suivit. La lettre occupait l’attention générale, et leur absence ne fut pas remarquée.
[29] Aux XVIIème et XVIIIème siècles, longue épée à lame fine, ayant une garde à coquille ajourée, un long pommeau et des quillons (chacune des deux tiges formant la croix dans la garde de l’épée) souvent retournés en spirale, généralement utilisée pour les duels.
[30] Fantassin allemand servant en France comme mercenaire aux XVème et XVIème siècles.
[31] Partie tranchante de l’épée.