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– Voyons, dit Mme de Boves, il faut pourtant avancer. Nous ne pouvons rester là.

Depuis qu'elle était entrée, l'inspecteur Jouve, debout près de la porte, ne la quittait pas des yeux. Lorsqu'elle se retourna, leurs regards se rencontrèrent. Puis, comme elle se remettait en marche, il lui laissa quelque avance, et la suivit de loin, sans paraître s'occuper d'elle davantage.

– Tiens! dit Mme Guibal, en s'arrêtant encore devant la première caisse, au milieu des poussées, c'est une idée gentille, ces violettes!

Elle parlait de la nouvelle prime du Bonheur, une idée de Mouret dont il menait tapage dans les journaux, de petits bouquets de violettes blanches, achetés par milliers à Nice et distribués à toute cliente qui faisait le moindre achat. Près de chaque caisse, des garçons en livrée délivraient la prime, sous la surveillance d'un inspecteur. Et, peu à peu, la clientèle se trouvait fleurie, les magasins s'emplissaient de ces noces blanches, toutes les femmes promenaient un parfum pénétrant de fleur.

– Oui, murmura Mme Desforges d'une voix jalouse, l'idée est bo

Mais, au moment où ces dames allaient s'éloigner, elles entendirent deux vendeurs qui plaisantaient sur les violettes. Un grand maigre s'éto

– Comment! dit Mme de Boves, M. Mouret se marie?

– C'est la première nouvelle, répondit Henriette qui jouait l'indifférence. Du reste, il faut bien finir par là.

La comtesse avait lancé un vif regard à sa nouvelle amie. Maintenant, toutes deux comprenaient pourquoi Mme Desforges était venue au Bonheur des Dames, malgré les batailles de la rupture. Sans doute, elle cédait au besoin invincible de voir et de souffrir.

– Je reste avec vous, lui dit Mme Guibal, dont la curiosité s'éveillait. Nous retrouverons Mme de Boves au salon de lecture.

– Eh bien! c'est cela, déclara celle-ci. Moi, j'ai affaire au premier… Viens-tu, Blanche?

Et elle monta, suivie de sa fille, pendant que l'inspecteur Jouve, toujours à sa suite, allait prendre un escalier voisin, pour ne pas attirer son attention. Les deux autres se perdirent dans la foule compacte du rez-de-chaussée.

Tous les comptoirs, au milieu des bousculades de la vente, ne causaient une fois encore que des amours du patron. L'aventure, qui depuis des mois, occupait les commis enchantés de la longue résistance de Denise, venait tout d'un coup d'aboutir à une crise: on avait appris la veille que la jeune fille quittait le Bonheur, malgré les supplications de Mouret, en prétextant un grand besoin de repos. Et les avis étaient ouverts: partirait-elle? ne partirait-elle pas? De rayon à rayon, on pariait cent sous, pour le dimanche suivant. Les malins mettaient un déjeuner sur la carte du mariage final; pourtant, les autres, ceux qui croyaient au départ, ne risquaient pas non plus leur argent sans de bo

Denise, cependant, ne songeait guère à ces choses. Elle n'avait jamais eu ni une exigence ni un calcul. Et la situation qui la décidait au départ, était justement résultée des jugements qu'on portait sur sa conduite, à sa continuelle surprise. Est-ce qu'elle avait voulu tout cela? est-ce qu'elle se montrait rusée, coquette, ambitieuse? Elle était venue simplement, elle s'éto

Lorsque Mouret reçut sa démission, il resta muet et comme froid, dans l'effort qu'il faisait pour se contenir. Puis, il déclara sèchement qu'il lui accordait huit jours de réflexion, avant de lui laisser commettre une pareille sottise. Au bout des huit jours, quand elle revint sur ce sujet, en exprimant la volonté formelle de s'en aller après la grande mise en vente, il ne s'emporta pas davantage, il affecta de parler raison: elle manquait sa fortune, elle ne retrouverait nulle part la position qu'elle occupait chez lui. Avait-elle donc une autre place en vue? il était tout prêt à lui do

Pendant la semaine que Denise dut passer encore au magasin, Mouret garda sa pâleur rigide. Quand il traversait les rayons, il affectait de ne pas la voir; jamais il n'avait semblé plus détaché, plus enfoncé dans le travail; et les paris recommencèrent, les braves seuls osaient risquer un déjeuner sur la carte du mariage. Cependant, sous cette froideur, si peu habituelle chez lui, Mouret cachait une crise affreuse d'indécision et de souffrance. Des fureurs lui battaient le crâne d'un flot de sang: il voyait rouge, il rêvait de prendre Denise d'une étreinte, de la garder, en étouffant ses cris. Ensuite, il voulait raiso

Justement, lorsque Bourdoncle, ce jour-là, entra dans le cabinet de Mouret, vers trois heures, selon son habitude, il le surprit les coudes sur le bureau, les poings sur les yeux, tellement absorbé, qu'il dut le toucher à l'épaule. Mouret leva sa face mouillée de larmes, tous deux se regardèrent, leurs mains se tendirent, et il y eut une étreinte brusque, entre ces hommes qui avaient livré ensemble tant de batailles commerciales. Depuis un mois, l'attitude de Bourdoncle s'était du reste complètement modifiée: il pliait devant Denise, il poussait même sourdement le patron au mariage. Sans doute, il manœuvrait ainsi pour ne pas être balayé par une force qu'il reco