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Non toujours, dans tous les comptoirs, dans les galeries de vente, dans les salles, dans les magasins entiers! Il allait de la soie à la draperie, du blanc aux dentelles; il montait les étages, s'arrêtait sur les ponts volants, prolongeait son inspection avec une minutie maniaque et douloureuse. La maison s'était agrandie démesurément, il avait créé ce rayon, cet autre encore, il gouvernait ce nouveau domaine, il étendait son empire jusqu'à cette industrie, la dernière conquise; et c'était non, toujours non, quand même. Aujourd'hui, son perso

Maintenant, le soir, lorsqu'il arrivait devant la caisse de Lhomme, il regardait encore par habitude le chiffre de la recette, inscrit sur une carte, que le caissier embrochait dans une pique de fer, à côté de lui; rarement le chiffre tombait au-dessous de cent mille francs, il montait parfois à huit ou neuf cent mille, les jours de grande exposition; et ce chiffre ne so

Mais les souffrances de Mouret devaient grandir. Il devint jaloux. Un matin, dans le cabinet, avant le conseil, Bourdoncle osa lui faire entendre que cette petite fille des confections se moquait de lui.

– Comment ça? demanda-t-il très pâle.

– Eh oui! elle a des amants ici même.

Mouret eut la force de sourire.

– Je ne songe plus à elle, mon cher. Vous pouvez parler… Qui donc, des amants?

– Hutin, assure-t-on, et encore un vendeur des dentelles, Deloche, ce grand garçon bête… Je n'affirme rien, je ne les ai pas vus. Seulement, il paraît que ça crève les yeux.

Il y eut un silence. Mouret affectait de ranger des papiers sur son bureau, pour cacher le tremblement de ses mains. Enfin, il dit sans lever la tête:

– Il faudrait des preuves, tâchez de m'apporter des preuves… Oh! pour moi, je vous le répète, je m'en moque, car elle a fini par m'agacer. Mais nous ne pourrions tolérer des choses pareilles chez nous.

Bourdoncle répondit simplement:

– Soyez tranquille, vous aurez des preuves un de ces jours. Je veille.

Alors, Mouret acheva de perdre toute tranquillité. Il n'eut plus le courage de revenir sur cette conversation, il vécut dans la continuelle attente d'une catastrophe, où son cœur resterait broyé. Et son tourment le rendit terrible, la maison entière trembla. Il dédaignait de se cacher derrière Bourdoncle, il faisait lui-même les exécutions, dans un besoin nerveux de rancune, se soulageant à abuser de sa puissance, de cette puissance qui ne pouvait rien pour le contentement de son désir unique. Chacune de ses inspections devenait un massacre, on ne le voyait plus paraître, sans qu'un frisson de panique soufflât de comptoir en comptoir. Justement, on entrait dans la morte-saison d'hiver, et il balaya les rayons, il entassa les victimes, poussant tout à la rue. Sa première idée était de chasser Hutin et Deloche; puis, il avait réfléchi que, s'il ne les gardait pas, il ne saurait jamais rien; et les autres payaient pour eux, le perso

Un jour surtout, la terreur régna. Un inspecteur croyait remarquer que le gantier Mignot volait. Toujours des filles aux allures étranges rôdaient devant son comptoir; et l'on venait d'arrêter une d'elles, les hanches garnies et la gorge bourrée de soixante paires de gants. Dès lors, une surveillance fut organisée, l'inspecteur prit Mignot en flagrant délit, facilitant les tours de main d'une grande blonde, une ancie

– Je devrais appeler un sergent de ville, criait-il au milieu des autres vendeurs. Mais répondez! quelle est cette femme?… Je vous jure que j'envoie chercher le commissaire, si vous ne me dites pas la vérité.

On avait emmené la femme, deux vendeuses la déshabillaient. Mignot balbutia:

– Monsieur, je ne la co

– Ne mentez donc pas! interrompit Mouret avec un redoublement de violence. Et perso

Des murmures se firent entendre. Les trois ou quatre clientes qui achetaient des gants, restaient effarées.

– Silence! reprit-il furieusement, ou je balaie la maison!

Mais Bourdoncle était accouru, inquiet à l'idée du scandale. Il murmura quelques mots à l'oreille de Mouret, l'affaire prenait une gravité exceptio

Cependant, la nouvelle s'était répandue dans les rayons. Les consciences inquiètes frisso

– Que faites-vous là, monsieur, à regarder les mouches?… Passez à la caisse!