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XII

Ce fut le 25 septembre que commencèrent les travaux de la nouvelle façade du Bonheur des Dames. Le baron Hartma

Le lendemain, aux confections, Clara Prunaire essaya d'être désagréable à Denise. Elle avait remarqué l'amour transi de Colomban, elle eut l'idée de plaisanter les Baudu. Comme Marguerite taillait son crayon en attendant les clientes, elle lui dit à voix haute:

– Vous savez, mon amoureux d'en face… Il finit par me chagriner dans cette boutique noire, où il n'entre jamais perso

– Il n'est pas si malheureux, répondit Marguerite, il doit épouser la fille du patron.

– Tiens! reprit Clara, ce serait drôle de l'enlever alors!… Je vais en faire la blague, parole d'ho

Et elle continua, heureuse de sentir Denise révoltée. Celle-ci lui pardo

– Mademoiselle Prunaire, vous feriez mieux de vous occuper de cette dame que de causer.

– Je ne causais pas.

– Veuillez vous taire, je vous prie. Et occupez-vous de madame tout de suite.

Clara se résigna, domptée. Lorsque Denise faisait acte de force, sans élever le ton, pas une ne résistait. Elle avait conquis une autorité absolue, par sa douceur même. Un instant, elle se promena en silence, au milieu de ces demoiselles devenues sérieuses. Marguerite s'était remise à tailler son crayon, dont la mine cassait toujours. Elle seule continuait à approuver la seconde de résister à Mouret, hochant la tête, n'avouant pas l'enfant qu'elle avait fait par hasard, mais déclarant que, si l'on se doutait des embarras d'une bêtise, on aimerait mieux se bien conduire.

– Vous vous fâchez? dit une voix derrière Denise.

C'était Pauline qui traversait le rayon. Elle avait vu la scène, elle parlait bas, en souriant.

– Mais il le faut bien, répondit de même Denise. Je ne puis venir à bout de mon petit monde.

La lingère haussa les épaules.

– Laissez donc, vous serez notre reine à toutes, quand vous voudrez.

Elle, ne comprenait toujours pas les refus de son amie.

Depuis la fin d'août, elle avait épousé Baugé, une vraie sottise, disait-elle gaiement. Le terrible Bourdoncle la traitait maintenant en sabot, en femme perdue pour le commerce. Sa frayeur était qu'on ne les envoyât un beau matin s'aimer dehors, car ces messieurs de la direction décrétaient l'amour exécrable et mortel à la vente. C'était au point que lorsqu'elle rencontrait Baugé dans les galeries, elle affectait de ne pas le co

– Tenez! il m'a suivie, ajouta-t-elle, après avoir conté vivement l'aventure à Denise. Le voyez-vous qui me flaire de son grand nez!

Jouve, en effet, sortait des dentelles, correctement cravaté de blanc, le nez à l'affût de quelque faute. Mais, lorsqu'il aperçut Denise, il fit le gros dos et passa d'un air aimable.

– Sauvée! murmura Pauline. Ma chère, vous lui avez rentré ça dans la gorge… Dites donc, s'il m'arrivait malheur, vous parleriez pour moi? Oui, oui, ne prenez pas votre air éto

Et elle se hâta de rentrer à son comptoir. Denise avait rougi, troublée de ces allusions amicales. C'était vrai, du reste. Elle avait la sensation vague de sa puissance, aux flatteries qui l'entouraient. Lorsque Mme Aurélie remonta, et qu'elle trouva le rayon tranquille et actif, sous la surveillance de la seconde, elle lui sourit amicalement. Elle lâchait Mouret lui-même, son amabilité grandissait chaque jour pour une perso

Seul, Bourdoncle ne désarmait pas. Dans la guerre sourde qu'il continuait contre la jeune fille, il y avait d'abord une antipathie de nature. Il la détestait pour sa douceur et son charme. Puis, il la combattait comme une influence néfaste qui mettrait la maison en péril, le jour où Mouret aurait succombé. Les facultés commerciales du patron lui semblaient devoir sombrer, au milieu de cette tendresse inepte: ce qu'on avait gagné par les femmes, s'en irait par cette femme. Toutes le laissaient froid, il les traitait avec le dédain d'un homme sans passion, dont le métier était de vivre d'elles, et qui avait perdu ses illusions dernières, en les voyant à nu, dans les misères de son trafic. Au lieu de le griser, l'odeur des soixante-dix mille clientes lui do

– Veillez, monsieur Jouve, répétait Bourdoncle à l'inspecteur. C'est moi qui vous récompenserai.

Mais Jouve y apportait de la mollesse, car il avait pratiqué les femmes, et il songeait à se mettre du côté de cette enfant, qui pouvait être la maîtresse souveraine du lendemain. S'il n'osait plus y toucher, il la trouvait diablement jolie. Son colonel, autrefois, s'était tué pour une gamine pareille, une figure insignifiante, délicate et modeste, dont un seul regard retournait les cœurs.

– Je veille, je veille, répondait-il. Mais, parole d'ho

Pourtant, des histoires circulaient, il y avait un courant de commérages abominables, sous les flatteries et le respect que Denise sentait monter autour d'elle. La maison entière, à cette heure, racontait qu'elle avait eu jadis Hutin pour amant; on n'osait jurer que la liaison continuât, seulement on les soupço

– Alors, rien du premier à la soie, rien du jeune homme des dentelles? répétait Bourdoncle.

– Non, monsieur, rien encore, affirmait l'inspecteur.

C'était surtout avec Deloche que Bourdoncle comptait surprendre Denise. Un matin, lui-même les avait aperçus en train de rire dans le sous-sol. En attendant, il traitait la jeune fille de puissance à puissance, car il ne la dédaignait plus, il la sentait assez forte pour le culbuter lui-même, malgré ses dix ans de service, s'il perdait la partie.

– Je vous recommande le jeune homme des dentelles, concluait-il chaque fois. Ils sont toujours ensemble. Si vous les pincez, appelez-moi, et je me charge du reste.

Mouret, cependant, vivait dans l'angoisse. Était-ce possible? cet enfant le torturait à ce point! Toujours il la revoyait arrivant au Bonheur, avec ses gros souliers, sa mince robe noire, son air sauvage. Elle bégayait, tous se moquaient d'elle, lui-même l'avait trouvée laide d'abord. Laide! et, maintenant, elle l'aurait fait mettre à genoux d'un regard, il ne l'apercevait plus que dans un rayo