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– Est-ce que vous désirez quelque chose chez nous? reprit-il.

– Mais certainement, sans quoi je ne serais pas venue… Avez-vous du foulard pour des matinées?

Elle espérait obtenir de lui le nom de la demoiselle, prise du besoin de la voir. Tout de suite, il avait appelé Favier; et il se remit à causer avec elle, en attendant le vendeur qui achevait de servir une cliente, justement «la jolie dame», cette belle perso

– Dépêchez-vous, c'est insupportable! cria Hutin à Favier, qui revenait de conduire sa cliente à une caisse. Quand cette dame est là, vous n'en finissez plus… Elle se moque bien de vous!

– Pas tant que je me moque d'elle, répondit le vendeur vexé.

Mais Hutin menaça de le signaler à la direction, s'il ne respectait pas davantage la clientèle. Il devenait terrible, d'une sévérité hargneuse, depuis que le rayon s'était ligué pour lui faire avoir la place de Robineau. Même il se montrait tellement insupportable, après les promesses de bo

– Allons, ne répliquez pas, reprit sévèrement Hutin. M. Bouthemont vous demande du foulard, les dessins les plus clairs.

Au milieu du rayon, une exposition des soieries d'été éclairait le hall d'un éclat d'aurore, comme un lever d'astre dans les teintes les plus délicates de la lumière, le rose pâle, le jaune tendre, le bleu limpide, toute l'écharpe flottante d'Iris. C'étaient des foulards d'une finesse de nuée, des surahs plus légers que les duvets envolés des arbres, des pékins satinés à la peau souple de vierge chinoise. Et il y avait encore les pongées du Japon, les tussors et les corahs des Indes, sans compter nos soies légères, les mille raies, les petits damiers, les semis de fleurs, tous les dessins de la fantaisie, qui faisaient songer à des dames en falbalas, se promenant par les matinées de mai, sous les grands arbres d'un parc.

– Je prendrai celui-ci, le Louis XIV, à bouquets de roses, dit enfin Mme Desforges.

Et, pendant que Favier métrait, elle fit une dernière tentative sur Bouthemont, resté près d'elle.

– Je vais monter aux confections voir les manteaux de voyage… Est-ce qu'elle est blonde, la demoiselle de votre histoire?

Le chef de rayon, que son insistance commençait à inquiéter, se contenta de sourire. Mais, justement, Denise passait. Elle venait de remettre entre les mains de Liénard, aux mérinos, Mme Boutarel, cette dame de province, qui débarquait à Paris deux fois par an, pour jeter aux quatre coins du Bonheur l'argent qu'elle rognait sur son ménage. Et, comme Favier prenait déjà le foulard de Mme Desforges, Hutin, croyant le contrarier, l'arrêta.

– C'est inutile, mademoiselle aura l'obligeance de conduire madame.

Denise, troublée, voulut bien se charger du paquet et de la note de débit. Elle ne pouvait rencontrer le jeune homme face à face, sans éprouver une honte, comme s'il lui rappelait une faute ancie

– Dites-moi, demanda tout bas Mme Desforges à Bouthemont, n'est-ce pas cette fille si maladroite? Il l'a donc reprise?… Mais c'est elle, l'héroïne de l'aventure!

– Peut-être, répondit le chef de rayon, toujours souriant et bien décidé à ne pas dire la vérité.

Alors, précédée de Denise, Mme Desforges monta lentement l'escalier. Il lui fallait s'arrêter toutes les trois secondes, pour ne pas être emportée par le flot qui descendait. Dans la vibration vivante de la maison entière, les limons de fer avaient sous les pieds un branle sensible, comme tremblant aux haleines de la foule. À chaque marche, un ma

Mme Desforges arrivait enfin au premier étage, lorsqu'une poussée plus rude que les autres l'immobilisa un instant. Elle avait maintenant, au-dessous d'elle, les rayons du rez-de-chaussée, ce peuple de clientes, épandu, qu'elle venait de traverser. C'était un nouveau spectacle, un océan de têtes vues en raccourci, cachant les corsages, grouillant dans une agitation de fourmilière. Les pancartes blanches n'étaient plus que des lignes minces, les piles de rubans s'écrasaient, le promontoire de flanelle coupait la galerie d'un mur étroit; tandis que les tapis et les soies brodées qui pavoisaient les balustrades, pendaient à ses pieds ainsi que des ba

Cependant, Mouret, toujours debout devant le salon de lecture, en compagnie de Vallagnosc, respirait cette odeur, s'en grisait, en répétant:

– Elles sont chez elles, j'en co

Cette plaisanterie fit sourire Paul, qui, dans l'e

– On doit rudement vous voler, murmura Vallagnosc, qui trouvait à la foule des airs criminels.

Mouret avait ouvert les bras tout grands.

– Mon cher, ça dépasse l'imagination.

Et, nerveusement, enchanté d'avoir un sujet, il do

– C'est donc ça que les femmes ont ici des yeux si drôles! murmurait Vallagnosc. Je les regardais, avec leurs mines gourmandes et honteuses de créatures en folie… Une jolie école d'ho

– Dame! répondit Mouret, on a beau les mettre chez elles, on ne peut pourtant pas leur laisser emporter les marchandises sous leurs manteaux… Et des perso

Il s'interrompit pour montrer l'inspecteur Jouve, qui précisément filait une femme enceinte, en bas, au comptoir des rubans. Cette femme, dont le ventre énorme souffrait beaucoup des poussées du public, était accompagnée d'une amie, chargée de la défendre sans doute contre les chocs trop rudes; et, chaque fois qu'elle s'arrêtait devant un rayon, Jouve ne la quittait plus des yeux, tandis que l'amie, près d'elle, fouillait à son aise au fond des casiers.

– Oh! il les pincera, reprit Mouret, il co

Mais sa voix trembla, il eut un rire contraint. Denise et Henriette, qu'il n'avait cessé de guetter, passaient enfin derrière lui, après avoir eu beaucoup de mal à se dégager de la foule. Et il se tourna, il salua sa cliente du salut discret d'un ami, qui ne veut pas compromettre une femme en l'arrêtant au milieu du monde. Seulement, celle-ci, mise en éveil, s'était très bien aperçue du regard dont il avait d'abord enveloppé Denise. Cette fille, décidément, devait être la rivale qu'elle avait eu la curiosité de venir voir.