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– Y a pire que tout ça, interrompit Bags, de la onzième; les obus autrichiens: le 130 et le 74. Ceux-là i' m'font peur. I' sont nickelés, qu'on dit, mais c'que j'sais, vu qu'j'y étais, c'est qu'i' font si vite qu'y a jamais rien d'fait pour se garer d'eux; sitôt qu'tu l'entends ronfler, sitôt i' t'éclate dedans.
– Le 105 allemand non plus, tu n'as pas guère l'temps d't'écraser et d'planquer tes côtelettes. C'est c'que j'me suis laissé expliquer une fois par des artiflots.
– J'vas te dire: les obus des canons d'marine, t'as pas l'temps d'les entendre, faut qu'tu les encaisses avant.
– Et y a aussi ce salaud d'obus nouveau qui pète après avoir ricoché dans la terre et en être sorti et rentré une fois ou deux, sur des six mètres… Quand j'sais qu'y en a en face, j'ai les colombins. Je m'souviens qu'eune fois…
– C'est rien d'tout ça, mes fieux, dit le nouveau sergent, qui passait et s'arrêta. I' fallait voir c'qui nous ont balancé à Verdun, là d'où je deviens justement. Et rien que des maous: des 380, des 420, des deux 44. C 'est quand on a été so
– Tiens, r'gard' donc, caporal, ces gars, là-bas, i' sont mabouls?
On voyait, sur la position cano
– Ce sont des artiflots, dit Bertrand, qui, aussitôt qu'une marmite a éclaté, courent fouiner pour chercher la fusée dans le trou, parce que la position de la fusée, de la manière qu'elle est enfoncée, do
– Ça n'fait rien, i's sont culottés, ces zigues-là, d'sortir par un marmitage pareil.
– Les artieurs, mon vieux vient nous dire un bonhomme d'une autre compagnie qui se promenait dans la tranchée, les artieurs, c'est tout bon ou tout mauvais. Ou c'est des as, ou c'est de la roustissure. Ainsi, moi, qui t'parle…
– C'est vrai de tous les troufions, ça qu'tu dis.
– Possible. Mais j'te cause pas d'tous les troufions. J'te cause des artieurs, et j'te dis aussi que…
– Eh! les enfants, est-ce qu'on cherche une calebasse pour planquer ses os? On pourrait peut-être bien finir par attraper un éclat en poire.
Le promeneur étranger remporta son histoire, et Cocon, qui avait l'esprit de contradiction, déclara:
– On s'y fera des cheveux, dans ta cagna, puisque déjà, dehors, on s'amuse pas besef.
– Tenez, là-bas, i's envoient des torpilles! dit Paradis en désignant nos positions dominant sur la droite.
Les torpilles montent tout droit, ou presque, comme des alouettes, en se trémoussant et froufroutant, puis s'arrêtent, hésitent et retombent droit en a
– Dans l'Argo
– Y a pas pire que l'crapouillot, qui a l'air de courir après vous et de vous sauter dessus, et qui éclate dans la tranchée même, rasoche du talus.
– Tiens, tiens, t'as entendu?
Un sifflement arrivait vers nous, puis brusquement il s'est éteint. L'engin n'a pas éclaté.
– C'est un obus qui dit merde, constate Paradis.
Et on prête l'oreille pour avoir la satisfaction d'en entendre – ou de ne pas en entendre – d'autres.
Lamuse dit:
– Tous les champs, les routes, les villages, ici, c'est couvert d'obus non éclatés, de tous calibres; des nôtres aussi, faut l'dire. Il doit y en avoir plein la terre, qu'on n'voit pas. Je m'demande comment on fera, plus tard, quand viendra le moment qu'on dira: «C'est pas tout ça, mais faut s'remettre à labourer.»
Et toujours, dans sa monotonie forcenée, la rafale de feu et de fer continue: les shrapnells avec leur détonation sifflante, bondée d'une âme métallique et furibonde, et les gros percutants, avec leur to
Et même d'autres canons se mettent de la partie. Ce sont des nôtres. Ils ont une détonation semblable à celle du 75, mais plus forte, et avec un écho prolongé et retentissant comme de la foudre qui se répercute en montagne.
– C'est les 120 longs. Ils sont sur la lisière du bois, à un kilomètre. Des baths canons, mon vieux, qui ressemblent à des lévriers gris. C'est mince et fin du bec, ces pièces-là. T'as envie de leur dire «madame». C'est pas comme le 220 qui n'est qu'une gueule, un seau à charbon, qui crache son obus de bas en haut. Ça fait du boulot, mais ça ressemble, dans les convois d'artillerie, à des culs-de-jatte sur leur petite voiture.
La conversation languit. On bâille, par-ci, par-là.
La grandeur et la largeur de ce déchaînement d'artillerie lassent l'esprit. Les voix s'y débattent, noyées.
– J'en ai jamais vu comme ça, d'bombardement, crie Barque.
– On dit toujours ça, remarque Paradis.
– Tout d'même, braille Volpatte. On a parlé d'attaque ces jours-ci. J'te dis, moi, qu'c'est l'commencement de quelque chose.
– Ah! font simplement les autres.
Volpatte manifeste l'intention de «piquer un roupillon» et il s'installe par terre, adossé à une paroi, les semelles butées contre l'autre paroi.
On s'entretient de choses diverses. Biquet raconte l'histoire d'un rat qu'il a vu.
– Il était pépère et comaco, tu sais… J'avais ôté mes croquenots, et c'rat, i' parlait-i' pas de mettre tout l'bord de la tige en dentelles! Faut dire que j'les avais graissés.
Volpatte, qui s'immobilisait, se remue et dit:
– Vous m'empêchez de dormir, les jaspineurs!
– Tu vas pas m'faire croire, vieille doublure, qu'tu s'rais fichu d'dormir et d'faire schloff avec un bruit et un papafard pareils comme celui qu'y a tout partout là ici, dit Marthereau.
– Crôô, répondit Volpatte, qui ronflait.
– Rassemblement. Marche!
On change de place. Où nous mène-t-on? On n'en sait rien. Tout au plus sait-on qu'on est en réserve et qu'on nous fait circuler pour consolider successivement certains points ou pour dégager les boyaux – où le règlement des passages de troupes est aussi complexe, si l'on veut éviter les embouteillages et les collisions, que l'organisation du passage des trains dans les gares actives. Il est impossible de démêler le sens de l'immense manœuvre où notre régiment roule comme un petit rouage, ni ce qui se dessine dans l'énorme ensemble du secteur. Mais, perdus dans le lacis de bas-fonds où l'on va et vient interminablement, fourbus, brisés et démembrés par des statio
– Halte!
Une fusillade intensive, furieuse, inouïe, battait les parapets de la tranchée où on nous fit arrêter en ce moment-là.
– Fritz en met. I' craint une attaque; i' s'affole. Ah! c'qu'il en met!
C'était une grêle dense qui fondait sur nous, hachait terriblement l'espace, raclait et effleurait toute la plaine.
Je regardai à un créneau. J'eus une rapide et étrange vision:
Il y avait, en avant de nous, à une dizaine de mètres au plus, des formes allongées, inertes, les unes à côté des autres – un rang de soldats fauchés – et arrivant en nuée, de toutes parts, les projectiles criblaient cet alignement de morts!