Добавить в цитаты Настройки чтения

Страница 30 из 57

LE ZERO ABSOLU: PASCALE ROZE

Le prix Goncourt 1996 est très significatif de l'évolution de la littérature pour amateurs éclairés vers le créneau vendeur. Le Chasseur Zéro, de Pascale Roze, représente le croisement parfait entre deux espèces, l'écriture blême post-durassie

On est d'emblée frappé par la dégénérescence de la plupart des organes: intrigue, perso

Le style devient vite crispant tant il est prévisible, dans l'emploi du détail significatif, par exemple. L'héroïne a des problèmes dans sa tête. Elle tente d'assassiner sa grand-mère en ne prévenant pas son grand-père qu'il risque de lui verser (sur la grand-mère) une casserole de lait chaud sur les cuisses. Accablée de remords, elle sort. Il pleut. Et c'est le choc, brutal, cruel: «Je me tordis la cheville dans un caniveau. Une eau boueuse me gicla sur les jambes et s'écrasa en étoile au bas de mon manteau.» fin du paragraphe, deux lignes de blanc. Quelle violence retentit dans le silence qui suit cette explosion de boue! C'est aussi sec que la réalité, aussi précis («en étoile»). Ça n'a pas l'air symbolique mais ça l'est tellement, la macule, l'étoile, la culpabilité après la pureté (le lait, bien sûr). Terrible. Tache de chocolat, tache de vin, tache de boue: les exégètes du futur vont se régaler. On imagine les essais: Le Roman au XXe siècle. Histoires de taches.

La petite phrase sèche, qui n'a l'air de rien mais qui en dit beaucoup, se porte bien en ce moment. Pascale Roze applique scrupuleusement la recette. Elle ne présente que des avantages: d'abord ce n'est pas fatigant pour l'auteur. Ensuite c'est confortable à la lecture, on ne risque pas de déraper dans les subordo

Ici, on espère un saut libérateur. Malheureusement, nous ne sommes qu'à la page 42, il nous faudra patienter, l'héroïne ne se suicide pas tout de suite.

Bien entendu, il fallait autre chose que l'éternelle histoire de la petite fille qui a eu des problèmes dans les a

Du côté du symbole, Pascale Zéro n'épargne rien à son lecteur. Les amateurs de clichés sont largement servis.

Cliché 1: la libération de la jeune fille coincée grâce à la nature découverte en colonies de vacances. C'est l'occasion de la figure obligée dite de l'«extase panthéiste»: «Ma maladresse avait disparu. Je me sentais devenir un buisson, un sapin, un oiseau, un caillou, un nuage.» Le sujet pris d'extase panthéiste s'identifie toujours à un nuage ou à un oiseau ou à un caillou (les deux premiers pour le céleste valorisant, le dernier pour l'humilité de bon goût). Jamais à rien de très précis. On a beau être panthéiste, il y a des limites. Jamais à une crotte de chevreuil, à un lépisme ou à un satyre puant, lesquels, d'un point de vue panthéiste, sont pourtant d'une égale dignité. Ce doit être que le panthéisme littéraire exige le flou et l'honorable.

Cliché 2: la jeune fille découvre son corps (et sa beauté) en se savo

Cliché 3: tout recommence à la fin, encore la même chose mais on fait comme si ce n'était pas la même chose, on fait semblant de ne pas voir ce qui est évidemment là, vieille ficelle des récits d'angoisse. L'héroïne repose à l'hôpital après son suicide: «Mes affaires sont rangées, maman va venir. On entend ici un curieux ronro

On ne s'attardera pas trop sur les clichés de détail, du plus pur style collection Harlequin, il y en a trop dans ce genre: «Ce fut pendant que j'étais assise à côté des étudiants […] que je sentis les premières atteintes du désir»; si on subit toujours «les premières atteintes» du désir chez Pascale Zéro, on est aussi forcément «inondé de larmes, de sueur, de sang, de joie» lorsqu'on fait l'amour. Quant à la discipline, elle n'est pas de zinc, elle n'est pas de tungstène, non, la discipline est «de fer». N'oublions pas l'indispensable « ça», accessoire obligé de tout lyrisme du corps: «Ça hurle. Ça rugit. Ça me traverse, me révulse.» L'épreuve passée, gare: «Je prends mon élan. Je deviens forte. Je vais boire un verre de sangria et je danse avec n'importe qui. Je crie ma joie en dansant.» On en reste impressio

Il y a certes peu d'ho