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– Et pourquoi on m'a renvoyé de l'école, Monsieur Hamil? Madame Rosa m'a dit que c'était parce que j'étais trop jeune pour mon âge, puis que j'étais trop vieux pour mon âge et puis que j'avais pas l'âge que j'aurais dû avoir et elle m'a traîné chez le docteur Katz qui lui a dit que je serais peut-être très différent, comme un grand poète?

Monsieur Hamil paraissait tout triste. C'est ses yeux qui faisaient ça. C'est toujours dans les yeux que les gens sont les plus tristes.

– Tu es un enfant très sensible, mon petit Mohammed. Ça te rend un peu différent des autres…

Il sourit.

– La sensibilité, ce n'est pas ce qui tue les gens aujourd'hui.

On parlait arabe et ça ne se dit pas aussi bien en français.

– Est-ce que mon père était un grand bandit, Monsieur Hamil, et tout le monde en a peur, même pour en parler?

– Non, non, vraiment pas, Mohammed. Je n'ai jamais rien entendu de tel.

– Et qu'est-ce que vous avez entendu, Monsieur Hamil?

Il baissait les yeux et soupirait.

– Rien.

– Rien?

– Rien.

C'était toujours la même chose, avec moi. Rien.

La leçon était terminée et Monsieur Hamil s'est mis à me parler de Nice, qui est mon récit préféré. Quand il parle des clowns qui dansent dans les rues et des géants joyeux qui sont assis sur les chars, je me sens chez moi. J'aime aussi les forêts de mimosas qu'ils ont là-bas et les palmiers et il y a des oiseaux tout blancs qui battent des ailes comme pour applaudir tellement ils sont heureux. Un jour, j'avais décidé Moïse et un autre mec qui s'appelait autrement de partir à Nice à pied et de vivre là-bas dans la forêt de mimosas du produit de nos chasses. Nous sommes partis un matin et nous sommes allés jusqu'à la place Pigalle mais là on a eu peur parce qu'on était loin de chez nous et on est revenu. Madame Rosa a cru devenir folle mais elle dit toujours ça pour s'exprimer.

Donc, comme j'ai eu l'ho

Monsieur N'Da Amédée s'asseyait sur le lit où on dormait quand on n'était pas plus de trois ou quatre, on allait dormir avec Madame Rosa, quand il y avait plus. Ou alors, il mettait un pied sur le lit et restait debout pour expliquer à Madame Rosa ce qu'elle devait dire par écrit à ses parents. Quand il parlait, Monsieur N'Da Amédée faisait des gestes et s'émouvait et finissait même par se fâcher sérieusement et par se mettre en colère, pas du tout parce qu'il était furieux mais parce qu'il voulait dire à ses parents beaucoup plus de choses qu'il ne pouvait s'offrir avec ses moyens de bas étage. Ça commençait toujours par cher et vénéré père et puis il se foutait en rogne car il était plein de choses merveilleuses qui n'avaient pas d'expression et qui restaient dans son cœur. Il n'avait pas les moyens, alors qu'il lui fallait de l'or et des diamants à chaque mot. Madame Rosa lui écrivait des lettres dans lesquelles il faisait des études d'autodidacte pour devenir entrepreneur de travaux publics, construire des barrages et être un bienfaiteur pour son pays. Quand elle lui Usait ça, il avait un immense plaisir. Madame Rosa lui faisait construire aussi des ponts et des routes et tout ce qu'il faut. Elle aimait quand Monsieur N'Da Amédée était heureux en écoutant toutes les choses qu'il faisait dans ses lettres et il mettait toujours de l'argent dans l'enveloppe pour que ce soit plus vrai. Il était enchanté, avec Son costume rosé des Champs-Elysées et peut-être même davantage et Madame Rosa disait après que quand il écoutait, il avait des yeux de vrai croyant et que les Noirs d'Afrique, car il y en a ailleurs, sont encore ce qu'il y a de mieux dans le genre. Les vrais croyants sont des perso

Monsieur N'Da Amédée avait un diamant dans sa cravate qui étincelait. Madame Rosa disait que c'était un vrai diamant et pas un faux comme on pourrait le croire, car on ne se méfie jamais assez. Le grand-père maternel de Madame Rosa était dans les diamants et elle en avait hérité des co

L'autre garde du corps avait une tête encore intacte mais c'était dommage. Moi j'aime pas les gens qui ont des visages où ça change tout le temps et fuit de tous les côtés et qui n'ont jamais la même gueule deux fois de suite. Un faux jeton, on appelle ça, et bien sûr, il devait avoir ses raisons, qui n'en a pas, et tout le monde a envie de se cacher, mais celui-là je vous jure avait l'air tellement falsifié qu'on avait les cheveux qui se dressaient sur la tête rien qu'à penser ce qu'il devait cacher. Vous voyez ce que je veux dire? Par-dessus le marché, il me souriait tout le temps et c'est pas vrai que les Noirs mangent des enfants dans leur pain, c'est des rumeurs d'Orléans, tout ça, mais j'avais toujours l'impression que je lui do