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Quand je suis rentré à la maison et que je lui ai dit que j'ai vendu Super pour cinq cents francs et que j'ai foutu l'argent dans une bouche d'égout, Madame Rosa a eu une peur bleue, elle m'a regardé et elle a couru s'enfermer à double clé dans sa piaule. Après ça, elle s'enfermait toujours a clé pour dormir, des fois que je lui couperais la gorge encore une fois. Les autres mômes ont fait un raffut terrible quand ils ont su, parce qu'ils n'aimaient pas vraiment Super, c'était seulement pour jouer.

On était alors un tas, sept ou huit. Il y avait Salima, que sa mère avait réussi à sauver quand les voisins l'ont dénoncée comme pute sur trottoir et qu'elle a eu une descente de l'Assistance sociale pour indignité. Elle a interrompu le client et elle a pu faire sortir Salima qui était à la cuisine par la fenêtre au rez-de-chaussée et l'a cachée pendant toute la nuit dans une poubelle. Elle est arrivée chez Madame Rosa le matin avec la môme qui sentait l'ordure dans un état d'hystérie. Il y avait aussi de passage Antoine qui était un vrai Français et le seul d'origine et on le regardait tous attentivement pour voir comment c'est fait. Mais il n'avait que deux ans, alors on voyait pas grand-chose. Et puis je ne me souviens plus qui, ça changeait tout le temps avec les mères qui venaient reprendre leurs mômes. Madame Rosa disait que les femmes qui se défendent n'ont pas assez de soutien moral car souvent les proxynètes ne font plus leur métier comme il faut. Elles ont besoin de leurs enfants pour avoir raison de vivre. Elles revenaient souvent quand elles avaient un moment ou qu'elles avaient une maladie et partaient à la campagne avec leur mioche pour en profiter. J'ai jamais compris pourquoi on ne permet pas aux putes cataloguées d'élever leur enfant, les autres ne se gênent pas. Madame Rosa pensait que c'est à cause de l'importance du cul en France, qu'ils n'ont pas ailleurs, ça prend ici des proportions qu'on peut pas imaginer, quand on ne l'a pas vu. Madame Rosa disait que le cul c'est ce qu'ils ont de plus important en France avec Louis XIV et c'est pourquoi les prostituées, comme on les appelle, sont persécutées car les ho

Je vous disais donc que les mômes ont gueulé pendant des heures quand j'ai do

La première chose que Madame Rosa a fait le lendemain, c'était de me traîner chez le docteur Katz pour voir si je n'étais pas dérangé. Madame Rosa voulait me faire faire une prise de sang et chercher si je n'étais pas syphilitique comme Arabe, mais le docteur Katz s'est foutu tellement en colère que sa barbe tremblait, parce que j'ai oublié de vous dire qu'il avait une barbe. Il a engueulé Madame Rosa quelque chose de maison et lui a crié que c'étaient des rumeurs d'Orléans. Les rumeurs d'Orléans, c'était quand les Juifs dans le prêt-à-porter ne droguaient pas les femmes blanches pour les envoyer dans les bordels et tout le monde leur en voulait, ils font toujours parler d'eux pour rien.

Madame Rosa était encore toute remuée.

– Comment ça s'est passé, exactement?

– Il a pris cinq cents francs et il les a jetés dans une bouche d'égout.

– C'est sa première crise de violence? Madame Rosa me regardait sans répondre et

j'étais bien triste. J'ai jamais aimé faire de la peine aux gens, je suis philosophe. Il y avait derrière le docteur Katz un bateau à voiles sur une cheminée avec des ailes toutes blanches et comme j'étais malheureux, je voulais m'en aller ailleurs, très loin, loin de moi, et je me suis mis à le faire voler, je montai à bord et traversai les océans d'une main sûre. C'est là je crois à bord du voilier du docteur Katz que je suis parti loin pour la première fois. Jusque-là je ne peux pas vraiment dire que j'étais un enfant. Encore maintenant, quand je veux, je peux monter à bord du voilier du docteur Katz et partir loin seul à bord. Je n'en ai jamais parlé à perso

– Docteur, je vous prie d'examiner bien cet enfant. Vous m'avez défendu les émotions, à cause de mon cœur, et il a vendu ce qu'il avait de plus cher au monde et il a jeté cinq cents francs dans l'égout. Même à Auschwitz, on ne faisait pas ça.

Le docteur Katz était bien co

– Il aimait ce chien comme ce n'est pas permis, il le tenait dans ses bras même pour dormir et qu'est-ce qu'il fait? Il le vend et il jette l'argent. Cet enfant n'est pas comme tout le monde, docteur. J'ai peur d'un cas de folie brusque dans sa famille.

– Je peux vous assurer qu'il ne se passera rien, absolument rien, Madame Rosa.

Je me suis mis à pleurer. Je savais bien qu'il ne se passerait rien mais c'était la première fois que j'entendais ça ouvertement.

– Il n'y a pas lieu de pleurer, mon petit Mohammed. Mais tu peux pleurer si ça te fait du bien. Est-ce qu'il pleure beaucoup?

– Jamais, dit Madame Rosa. Jamais il ne pleure, cet enfant-là, et pourtant Dieu sait que je souffre.

– Eh bien, vous voyez que ça va déjà mieux, dit le docteur. Il pleure. Il se développe normalement. Vous avez bien fait de me l'amener, Madame Rosa, je vais vous prescrire des tranquillisants. C'est seulement de l'anxiété, chez vous.

– Lorsqu'on s'occupe des enfants, il faut beaucoup d'anxiété, docteur, sans ça ils devie

En partant, on a marché dans la rue la main dans la main, Madame Rosa aime se faire voir en compagnie. Elle s'habille toujours longtemps pour sortir parce qu'elle a été une femme et ça lui est resté encore un peu. Elle se maquille beaucoup mais ça sert plus à rien de vouloir se cacher à son âge. Elle a une tête comme une vieille grenouille juive avec des lunettes et de l'asthme. Pour monter l'escalier avec les provisions, elle s'arrête tout le temps et elle dit qu'un jour elle va tomber morte au milieu, comme si c'était tellement important de finir tous les six étages.

A la maison, nous avons trouvé Monsieur N'Da Amédée, le maquereau qu'on appelle aussi proxynète. Si vous co