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La vie, c'est pas un truc pour tout le monde.
Je me suis plus arrêté nulle part avant de rentrer, je n'avais qu'une envie, c'était de m'asseoir à côté de Madame Rosa parce qu'elle et moi, au moins, c'était la même merde.
Quand je suis arrivé, j'ai vu une ambulance devant la maison et j'ai cru que c'était foutu et que j'avais plus perso
Je suis vite monté, la porte était ouverte, les amis de Monsieur Waloumba étaient partis niais ils avaient laissé de la lumière pour que Madame Rosa se voie. Elle était répandue dans son fauteuil et vous pouvez vous imaginer le plaisir que j'ai eu quand j'ai vu qu'elle avait des larmes qui coulaient parce que ça prouvait qu'elle était vivante. Elle était même un peu secouée de l'intérieur comme chez les perso
– Momo… Momo… Momo… c'était tout ce qu'elle avait moyen de dire mais ça m'a suffi.
J'ai couru l'embrasser. Elle sentait pas bon parce qu'elle avait chié et pissé sous elle pour des raisons d'état. Je l'ai embrassée encore plus parce que je ne voulais pas qu'elle s'imagine qu'elle me dégoûtait.
– Momo… Momo…
– Oui, Madame Rosa, c'est moi, vous pouvez compter dessus.
– Momo… J'ai entendu… Ils ont appelé une ambulance… Ils vont venir…
– C'est pas pour vous, Madame Rosa, c'est pour Monsieur Bouaffa qui est déjà mort.
– J'ai peur…
– Je sais. Madame Rosa, ça prouve que vous êtes bien vivante.
– L'ambulance…
Elle avait du mal à parler car les mots ont besoin de muscles pour sortir et chez elle les muscles étaient tout avachis.
– C'est pas pour vous. Vous, ils savent même pas que vous êtes là, je vous le jure sur le Prophète. Khaïrem.
– Ils vont venir, Momo…
– Pas maintenant, Madame Rosa. On vous a pas dénoncée. Vous êtes bien vivante, même que vous avez chié et pissé sous vous, il n'y a que les vivants qui font ça.
Elle a paru un peu rassurée. Je regardais ses yeux, pour ne pas voir le reste. Vous n'allez pas me croire, mais elle avait des yeux de toute beauté, cette vieille Juive. C'est comme les tapis de Monsieur Hamil, quand il disait: «J'ai là des tapis de toute beauté.» Monsieur Hamil croit qu'il n'y a rien de plus beau au monde qu'un beau tapis et que même Allah était assis dessus. Si vous voulez mon avis, Allah est assis sur des tas de trucs.
– C'est vrai que ça pue.
– Ça prouve que ça fonctio
– Inch'Allah, dit Madame Rosa. Je vais bientôt mourir.
– Inch'Allah, Madame Rosa.
– Je suis contente de mourir, Momo.
– Nous sommes tous contents pour vous. Madame Rosa. Vous n'avez que des amis, ici. Tout le monde vous veut du bien.
– Mais il ne faut pas les laisser m'emmener à l'hôpital, Momo. A aucun prix, il ne faut pas,
– Vous pouvez être tranquille. Madame Rosa.
– Ils vont me faire vivre de force, à l'hôpital, Momo. Ils ont des lois pour ça. C'est des vraies lois de Nuremberg. Tu ne co
– J'ai jamais été trop jeune pour rien, Madame Rosa.
– Le docteur Katz va me dénoncer à l'hôpital et ils vont venir me chercher.
J'ai rien dit. Si les Juifs commençaient à se dénoncer entre eux, moi j'allais pas m'en mêler. Moi les Juifs je les emmerde, c'est des gens comme tout le monde.
– Ils vont pas me faire avorter à l'hôpital. Je disais toujours rien. Je lui tenais la main.
Comme ça, au moins, je mentais pas.
– Combien de temps ils l'ont fait souffrir, ce champion du monde en Amérique, Momo?
J'ai fait le con.
– Quel champion?
– En Amérique? Je t'ai entendu, tu en parlais avec Monsieur Waloumba.
Merde.
– Madame Rosa, en Amérique, ils ont tous les records du monde, c'est des grands sportifs. En France, à l'Olympique de Marseille, il y a que des étrangers. Ils ont même des Brésiliens et n'importe quoi. Ils vont pas vous prendre. A l'hôpital, je veux dire.
– Tu me jures…
– L'hôpital, tant que je suis là, c'est zobbi, Madame Rosa.
Elle a presque souri. De vous à moi, quand elle sourit, ça la fait pas plus belle, au contraire, parce que ça souligne tout le reste autour. Ce sont surtout les cheveux qui lui manquent. Il lui restait encore trente-deux cheveux sur la tête, comme la dernière fois.
– Madame Rosa, pourquoi vous m'avez menti?
Elle parut sincèrement éto
– Moi? Je t'ai menti?
– Pourquoi vous m'avez dit que j'avais dix ans alors que j'en ai quatorze?
Vous allez pas me croire, mais elle a rougi un peu,
– J'avais peur que tu me quittes, Momo, alors je t'ai un peu diminué. Tu as toujours été mon petit homme. J'en ai jamais vraiment aimé un autre. Alors, je comptais les a
Du coup, je l'ai embrassée, j'ai gardé sa main dans la mie
Mais Madame Rosa se gâtait de plus en plus et je ne peux pas vous dire combien c'est injuste quand on est en vie uniquement parce qu'on souffre. Son organisme ne valait plus rien et quand ce n'était pas une chose, c'était l'autre. C'est toujours le vieux sans défense qu'on attaque, c'est plus facile et Madame Rosa était victime de cette criminalité. Tous ses morceaux étaient mauvais, le cœur, le foie, le rein, le bronche, il n'y en avait pas un qui était de bo
Monsieur Charmette avait fait livrer une couro
Le père André est mort depuis d'un décrochement du cœur mais je pense que ce n'était pas perso
Le père André avait l'air d'être là pour un moment et je suis descendu dans la rue aux nouvelles, à cause d'une sale histoire qui était arrivée. Les mecs, pour l'héroïne, disent tous «la merde» et il y a eu un môme de huit ans qui avait entendu que les mecs se faisaient des piqûres de merde et que c'était le pied et il avait chié sur un journal et il s'était foutu une piqûre de vraie merde, croyant que c'était la bo
Quand je suis remonté, j'ai trouvé avec le père André le rabbin de la rue des Chaumes, à côté de l'épicerie kasher de Monsieur Rubin, qui avait sans doute appris qu'il y avait un curé qui rôdait autour de Madame Rosa et qui a eu peur qu'elle fasse une mort chrétie
Madame Rosa a fait une bo
Le lendemain matin le docteur Katz est venu do
– Il faut la transporter à l'hôpital. Elle ne peut pas rester ici. Je vais appeler l'ambulance.