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Une autre fois, Monsieur Waloumba est allé chercher cinq copains qui étaient tous ses tribuns et ils sont venus danser autour de Madame Rosa pour essayer de chasser les mauvais esprits qui s'attaquent à certaines perso
Monsieur Waloumba et les siens sont montés chez nous un soir quand Madame Rosa n'était pas là et se tenait assise l'œil rond dans son fauteuil. Ils étaient à moitié nus et décorés de plusieurs couleurs, avec des visages peints comme quelque chose de terrible pour faire peur aux démons que les travailleurs africains amènent avec eux en France. Il y en a eu deux qui se sont assis par terre avec leurs tambours à main et les trois autres se sont mis à danser autour de Madame Rosa dans son fauteuil. Monsieur Waloumba jouait d'un instrument de musique spécial à cet usage et pendant toute la nuit c'était vraiment ce qu'on pouvait voir de meilleur à Belleville. Ça n'a rien do
Si vous voulez mon avis, à partir d'un moment même les Juifs ne sont plus des Juifs, tellement ils sont plus rien. Je ne sais pas si je me fais bien comprendre mais ça n'a pas d'importance parce que si on comprenait, ce serait sûrement quelque chose d'encore plus dégueulasse.
Un peu plus tard, les frères de Monsieur Waloumba ont commencé à être découragés car Madame Rosa se foutait de tout dans son état et Monsieur Waloumba m'a expliqué que les mauvais esprits obstruaient toutes ses issues et les efforts n'arrivaient pas jusqu'à elle. On s'est tous assis par terre autour de la Juive et on a goûté un moment de repos car en Afrique ils sont beaucoup plus nombreux qu'à Belleville et ils peuvent se relayer par équipes autour des mauvais esprits comme chez Renault. Monsieur Waloumba est allé chercher des eaux-fortes et des œufs de poule et on a saucisso
Monsieur Waloumba, pendant qu'on se régalait, nous a expliqué que dans son pays il était beaucoup plus facile de respecter les vieux et de s'occuper d'eux pour les adoucir que dans une grande ville comme Paris où il y a des milliers de rues, d'étages, de trous et d'endroits où on les oublie et on ne peut pas utiliser l'armée pour les chercher partout où ils étaient car l'armée est pour s'occuper des jeunes. Si l'armée passait son temps à s'occuper des vieux, ce serait plus l'armée française. Il m'a dit que les nids de vieux, il y en a pour ainsi dire des dizaines de milliers dans les villes et à la campagne, mais il n'y a perso
Monsieur Waloumba parle très bien et toujours comme s'il était le chef. Il a le visage couvert de cicatrices qui sont des marques d'importance et lui permettent d'être très estimé dans sa tribu et de savoir de quoi il parle. Il vit toujours à Belleville et un jour j'irai le voir.
Il m'a montré un truc très utile à Madame Rosa, pour distinguer une perso
J'ai demandé à Monsieur Waloumba si on ne pouvait pas expédier Madame Rosa en Afrique dans sa tribu pour qu'elle jouisse là-bas avec les autres vieux des avantages dans lesquels on les tient. Monsieur Waloumba a beaucoup ri, car il a des dents très blanches, et ses frères de la tribu des éboueurs ont beaucoup ri aussi, ils ont parlé entre eux dans leur langue et après ils m'ont dit que la vie n'est pas aussi simple parce qu'elle exige des billets d'avion, de l'argent et des permis et que c'était à moi de m'occuper de Madame Rosa jusqu'à ce que mort s'ensuive. A ce moment-là, on a remarqué sur le visage de Madame Rosa un début d'intelligence et les frères de race de Monsieur Waloumba se sont vite levés et ont commencé à danser autour d'elle en battant les tambours et en chantant d'une voix pour réveiller les morts, ce qu'il est interdit de faire après dix heures du soir, à cause de l'ordre public et du sommeil du juste, mais il y a très peu de Français dans l'immeuble et ici ils sont moins furieux qu'ailleurs. Monsieur Waloumba lui-même a saisi son instrument de musique que je ne peux pas vous décrire parce qu'il est spécial, et Moïse et moi aussi on s'y est mis et on a tous commencé à danser et à hurler en rond autour de la Juive pour l'exorciser, car elle semblait do
Quand ils sont partis, Moïse et moi on a déshabillé Madame Rosa des pieds à la tête et on l'a nettoyée à l'eau de Javel parce qu'elle avait fait sous elle pendant son absence. Après on lui a poudré le cul avec du talc à bébés et on l'a remise en place dans son fauteuil où elle aimait régner. Elle a demandé un miroir et elle s'est refait une beauté. Elle savait très bien qu'elle avait des passages à vide mais elle essayait de prendre ça avec la bo
– Viens ici, Momo.
– Qu'est-ce qu'il y a? Vous allez pas encore foutre le camp?
– Non, j'espère que non, mais si ça continue, ils vont me mettre à l'hôpital. Je ne veux pas y aller. J'ai soixante-sept ans…
– Soixante-neuf.
– Enfin, soixante-huit, je ne suis pas aussi vieille que j'en ai l'air. Alors, écoute-moi, Momo. Je ne veux pas aller à l'hôpital. Ils vont me torturer.
– Madame Rosa, ne dites pas de co
– Ils vont me faire vivre de force, Momo. C'est ce qu'ils font toujours à l'hôpital, ils ont des lois pour ça. Je ne veux pas vivre plus que c'est nécessaire et ce n'est plus nécessaire. Il y a une limite même pour les Juifs. Ils vont me faire subir des sévices pour m'empêcher de mourir, ils ont un truc qui s'appelle l'Ordre des médecins qui est exprès pour ça. Ils vous en font baver jusqu'au bout et ils ne veulent pas vous do